XIV. ^ La bonté divine, principe de la création
Disons maintenant pour quelle raison l'Auteur du monde a fait naître Tunivers. Il était bon, et un âtre bon ne porte jamais envie à quoi que ce soit ; exempt de ce sentiment, il a voulu que toutes choses fussent aussi semblables que possible à lui-même. Voilà donc la raison principale que les hommes les plus sages donnent de la naissance du monde, et on n'aura pas tort de l'admettre après eux. Dieu voulait que tout fût bon, autant que possible, et que rien ne fût mauvais...
Il trouva donc, dans sa raison suprême, que, parmi les objets de nature visible, une œuvre privée d'intelligence ne serait jamais plus belle qu'une œuvre douée d'intelligence, si Ton considère ces deux objets dans leur ensemble ; il vit aussi que rien ne peut avoir une iuielligence sans avoir une àme. Par sui'.e de ces considérations, il plaça rintelligfence dans l'âme (1), l'âme dans le corps, et organisa ainsi l'univers, de manière à produire Tœuvre la plus belle et la meilleure de sa nature qui fût possible.
XV. — Pour justifier la providence divine, il faut embrasser à la fois le Tout de la création, et ne pas s'attacher seulement à quelques parties.
0 mon fils, tu crois que les dieux existent, parce qu'il y ^ peut-être entre leur nature et la tienne une parenté divine, qui te porte à les honorer et à les reconnaître. Mais tu te jettes daa^ l'impiété à la vue de la prospérité qui couronne les entreprises publiques et particulières des hommes injustes et méchants^ prospérité qui dans le fond n'a rien de réel, mais que l'on s'exa' gère contre toute raison, et que les poètes et mille autres ont c6' lébrée à l'envi dans leurs ouvrages. Peut-être encore qu'ayant v^ des impies parvenir heureusement au terme de la vieilless^i laissant après eux les enfants de leurs enfants dans les postes 1^^ plus honorables, ce spectacle a jeté le trouble dans ton âme. T^
1. II s'agit de Tâme du monde, qui est selon Platon le principe à^ mouvement et de la vie dans Tunlvers.
auras entendu parler, ou tu auras élé spectateur d'un grand nombre d'actions impies et criminelles qui ont servi à quelquesuns de degrés pour s'élever de la plus basse condition jusqu'aux plus hautes dignités et môme jusqu'à la tyrannie. Alors, je le vois bien, ne voulant pas, à cause de cette affinité qui t'unit aux dieux, les accuser d'être les auteurs de ces désordres, mais poussé par des raisonnements insensés, comme tu ne pouvais exhaler ton indignation contre les dieux, tu en es venu à dire qQ*à la vérité ils existent, mais qu'ils méprisent les affaires humaines et ne daignent pas s'en occuper.....
Persuadons à ce jeune homme que celui qui prend soin de toutes choses les a disposées pour la conservation et le bien de l'ensemble... Toi-même, chétif mortel, tout petit que tu es, tu entres pour quelque chose dans l'ordre général, et tu t'y rapportes sans cesse. Mais tu ne vois pas que toute génération se fait en vue du Tout, afin qu'il vive d'une vie heureuse ; que l'univers n'existe pas pour toi, mais que tu existes toi-même pour l'univers. Tout médecin, tout artiste habile, dirige ses opérations vers un tout et tend à la plus grande perfection du tout ; il fait la partie à cause du tout, et non le tout à cause de la partie ; et si tu murmures, c'est faute de savoir comment ton bien propre se rapporte à la fois et à toi-même et au tout, selon les lois de Texistence universelle. Platon. République.