‹ Extraits des grands philosophesChapitre 52 sur 331 · CHAPITRE CINQUfÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUfÈME

(( Aristote, de Staçira, vécut longtemps à la cour d'Amyntas, roi de Macédoine, dont il était aimé pour son expérience dans' la médecine. Il fit ses études sous Platon, et l'emporta en capacité sur tous ses autres disciples. U quitta Platon pendant que ce philosophe vivait encore ; et on rapporte qu'il dit à ce sujet : Aristote a fait envers moi comme un poulain qui regimbe contre sa mère. Hermippe dit, dans ses "Fies, qu* Aristote ayant été envoyé, de la part des Athéniens, en ambassade auprès de Philippe, Xénocrate prit la direction de l'Académie pendant son absence ; qu'à son retour, voyant qu'un autre tenait sa place, il choisit dans le Lycée un endroit où il enseignait la philosophie en se promenant, et que c'est de là qu'il fut surnommé péripatéticien. Il passa en Macédoine, à la cour de Philippe, qui lui confia l'éducation d'Alexandre ; et, pour récompense de ses services, il pria le roi de rétablir sa patrie dans l'état où elle était avant sa ruine. Philippe lui ayant accordé cette grâce, Aristote donna des lois à Stagira. Jugeant qu'il avait employé assez de temps à l'éducation d'Alexandre, il retourna à Athènes, où il continua de professer la philosophie pendant treize ans; au bout de ce temps il se retira secrètement en Chalcide, pour se soustraire aux poursuites du prêtre Eurymédon qui l'accusait d'im- ^ piété... Eumële dit qu'Aristote mourut après avoir bu du poison, la | soixante et dixième année de son âge. j

« On a de lui plusieurs belles sentences. On lui demandait ce que j gagnent les menteurs en déguisant la vérité : il leur arrive, dit-il, qu'on j ne les croit pas, lors même qu'ils ne mentent point. On lui reprochait qu'il avait assisté un méchant homme : Je n'ai pas eu égard à ses mœurs, dit-il, mais à sa qualité d'homme. Il disait continuellement à ses amis et à ses disciples que la lumière corporelle vient de l'air qui nous

usage des autres pour se conduire. Il disait que les sciences ont des racines amères, mais qu'elles rapportent des fruits doux ; que le bienfeit est ce qui vieillit le plus tôt ; que l'espérance est le songe d'un homme qui veille. On l'avertit qu'un médisant faisait tort à sa réputation : Laissez -le faire, dit-il, et qu'il me batte même, pourvu que je ne m'y rencontre pas. Il disait que la beauté est la plus forte de toutes les recommandations ; mais d'autres veulent aue ce soit Diogène qui li définissait ainsi, el qu'Aristote disait que la beauté est un don; Socrate, qu'elle est une tyrannie de peu de durée ; Théophraste, une tromperie muette ; Théocrite, un beau mal ; Carnéade, une reine sans gardes. Oft demandait à Aristote quelle différence il y avait entre un homme savant et un ignorant : Celle qu'il y a, dit-il, entre un homme vivant et un cadavre. Il disait que la culture de l'esprit sert d'ornement dans la prospérité, et de consolation dans l'adversité; de sorte que les parents qui

font instruire leurs enfants méritent plus d'éloges que ceux qui se con-

autres dans

r— T — prendre

garde, mais qu'il fallait voir si on était dijçne d'une patrie honorable. On lui demanda ce que c'était qu'un ami: il dit que c'était une Amo qui animait deux corps. Il disait qu'il y a des hommes aussi avares de leurs biens que s'ils devaient toujours vivre, et d'autres aussi prodigues que s'ils devaient mourir à chaque iostant... A quoi, lui dit-on, la philosophie est-elle utile? A faire volontairement, répartit-il, ce qwct d'autres font par la crainte des lois. Sur ce qu'on lui demanda comment des disciples doivent être disposés pour faire des progrès : Ils doivent, dit-il, tâcher d'atteindre ceux qui sont devant eux, et ne pas s'arrêter pour attendre ceux qui vont plus lentement qu'eux. On lui demandait quelle conduite nous devons tenir avec nos amis : Celle, dit-il, que nous voudrions qu'ils tinssent avec nous. Il proférait souvent ces paroles qu'on lit aussi dans sa philosophie morale : Chers amis, il n'y a point de vrais amis. » DioGÊNE Laerge. (Trad. Lefèvre.)

Métaphysique générale.

Page 1