‹ Extraits des grands philosophesChapitre 53 sur 331 · I. — La philosophie · texte numérisé non relu

I. — La philosophie

Tons les homiTip*^ ont un désir naturel de connaître ; nous aimons, même intérêt à part, les perceptions de nos sens, surtout celles de la vue, parce que c'est le sens par lequel nous apprenons davantage, et qui nous montre le plus de différences.

Tous les animaux sont doués de sensation, et plusieurs de mémoire ; ceux qui de plus ont l'ouïe peuvent apprendre ; mais ceux-ci mêmes ne sont guère capables d'expérience. L'homme seul a l'art et le raisonnement : la mémoire lui donne l'expérience ; l'expérience, l'art et la science.

La sagesse est indépendante de l'utilité ; elle est même d'auiant plus haute qu'elle est moins utile, et elle a pour objet des principes, des causes.

Voyons de quelles causes s'occupe la sagesse.

Si nous nous en rapportons à l'opinion générale, le sage est celui qui sait tout, sans savoir les. choses parliculières ; c'est celui qui sait les choses les plus difiQciles, et qui peut démontrer avec rigueur ; enfin, la science la plus haute est celle qui n'a d'autre but qu'elle-même et la connaissance pure. Or, les choses les plus difficiles à connaître pour les hommes, ce sont les plus éloignées des sens, c'est-à-dire les plus générales ; les sciences les plus rigoureuses sont celles qui remontent aux principes ; les plus démonstratives, celles qyii considèrent les causes ; la science qui se

84 PHIL090PHIB GRECQUE.

donne pour fin à soi-même, c'est celle du conoaissable par excellence, c'est-à-dire du primitif et de la cause ; enfin, la science souveraine, c'est celle du but et de la fin des êtres, qui est le bien dans cbaqne chose, et dans toute la nature le bien absolu.

Cette science est la seule libre, puisque seule elle n'est qu*à cause d'elle-même; elle est donc la moins utile, et, par cela même, la plus excellente de toutes les sciences. C'est à la fois la science la plus divine, comme dit Simonide, et celle qui considère les choses les pins divines et Dieu lui-même.

L'ignorant s'étonne que les choses soient comme elles sont, et cet étonnement est le commencement de la science ; le sage s'étonnerait au contraire que les choses fussent autres qu'il ne les sait. Aristote. Métaphysique^ 1. 1. (Trad. Zévort et Pierron.)

Page 1