I. «^ L'acte et le plaisir
Le plaisir achève l'acte et le complète ;.... il s'y ajoute, ainsi, qu'à la jeunesse sa fleur.
Gomment le plaisir ou la peine ne durent-ils pas continuellement ? C'est que toutes les facultés humaines sont incapables d'agir continuellement; le plaisir ne peut donc durer toujours ; car il n'est que la conséquence de l'acte. C'est pour la même raison que certaines choses nous plaisent dans leur nouveauté, et que ce plaisir diminue ensuite. Car dans le premier moment, l'intelligence est vraiment remuée, toutes ses forces sont tendues vers l'objet, comme le regard quand il se fixe. Mais ensuite cet acte n'est plus aussi vif, il se relâche, et voilà pourquoi aussi le plaisir s'émousse.
L'activité de chaque être s'applique aux choses qu'il aime
ledit Âristote, Métaphysique (liv. IV, chap. v) ; il alla jusqu'à coodamner les hommes au silence absolu, à cause de l'absolue iacertitude de toutes choses.
le mieux, et se déploie pour elles ; celui qui est épris de la musique n'a d'oreilles que pour la mélodie ; celui qui est passionné pour la science consacre son intelligence à l'étude, et ainsi de tous les autres. Mais le plaisir complète leurs actes ; et il complète aussi la vie, que tous les êtres chérissent avec passion; ils ont donc raison de chérir le plaisir, puisque poui' chacun d'eux il est le complément de cette vie à laquelle ils sont si fort
attachés.
Aristote. Morale à Nicomaque, (Trad. de
M. Barthélémy Saint-Hilaire.)
II. — Germes de Tidée de liberté chez Aristote. Les conditions de la vertu.
Il est une différence qu'il convient de signaler entre les vertus et les arts. Les choses que produisent les arts portent la perfection qui leur est -propre en elles-mêmes, et il suffît par conséquent qu'elles soient d'une certaine façon. Mais les actes que produisent les vertus ne sont pas justes et tempérants uniquement parce qu'ils sont eux-mêmes d'une certaine façon. Il faut en outre que celui qui agit soit, au moment même où il agit, dans une certaine disposition morale.
La première condition, c'est qu'il sache ce qu'il fait ; la seconde, qu'il le veuille par un choix réfléchi, et qu'il veuille les actes qu'il produit à cause de ces actes eux-mêmes ; enfin la troisième, c'est qu'en agissant il agisse avec une résolution ferme et inébranlable de ne jamais faire autrement.
Aristote. Morale à Nicomaque^ 1. III.
III, — La liberté, d'après Aristote.
Peut-on délibérer sur toutes choses sans exception ? Tout est-il matière à délibération ? ou bien n'y a-t-il pas certaines choses où la délibération n'est pas possible ? Personne ne délibère sur les choses et les vérités éternelles, par exemple sur le monde ; ni sur cet axiome que le diamètre et le côté sont incommensurables. On ne peut délibérer davantage sur certaines choses qui sont soumises au mouvement, mais qui s'accomplissent toujours suivant les mêmes lois, soit par une nécessité invincible, soit par leur nature, soit par toute autre cause; comme sont par exemple les
mouyements d*équinoxe et de solstice pour le soleil. Il n'est pas possible non plus qu'on délibère sur les choses qui sont tantôt d'une façon et tantôt d'une autre, les sécheresses et les pluies ; ni sur les événements qui dépendent uniquement du hasard, comme la trouvaille d'un trésor.
Nous ne délibérons que sur les choses qui sont en notre pou- Toir; et ces choses-là sont précisément toutes celles dont nous n'avons pas parlé jusqu'ici. Ainsi la nature» la nécessité, le hasard, paraissent être les causes de bien des choses ; mais il faut compter de plus l'intelligence, et tout ce qui se produit par la volonté de l'homme. Les hommes délibèrent, chacun en ce qui le concerne, sur les choses qu'ils se croient en pouvoir de faire. La délibération s'applique donc spécialement aux choses qui, tout en étant soumises à des règles ordinaires, sont cependant obscures dans leur issue particulière, et pour lesquelles on ne peut rien préciser à l'avance.... Au reste, nous ne délibérons pas en général sur le but que nous nous proposons ; c'est plutôt
sur les moyens qui doivent nous y conduire.
Aristote. Morale à Nicomaque^ 1. III, c. rv.