‹ Extraits des grands philosophesChapitre 60 sur 331 · I. - De rÉtat · texte numérisé non relu

I. - De rÉtat

Tout Etat est évidemment une association ; et toute associatios ne se forme qu'en vue de quelque bien, puisque les hommes, quels qu'ils soient, ne font jamais rien qu'en vue de ce qui leur parait être bon. Il est donc clair que toutes les associations visent à uii bien d'une certaine espèce, et que le plus important de tous les biens doit être Tobjet de la plus importante des associations, da celle qui renferme toutes les autres ; et celle-là on la noAimepré* cisément État et association politique.

... L'État est un fait de nature, car naturellement l'homme B^ un être sociable, et celui qui reste sauvage par organisation non par Tefiet du hasard, est certainement ou un être dégradé on

10 être supérieur à Tespèce humaine. C'est bien à lui qu'on pourrait adresser ces parole d*Honière :

SaoR famille, sans lois, sans foyer...

ïhomnae qui serait par nature tel que celui du po6te ne respirerait alors que la guerre ; car il serait incapable de toute union, somme les oiseaux de proie.

Si rhomme «st infiniment plus sociable que les abeilles et tous les autres animaux qui vivent en troupes, c'est évidemment, comme je l'ai dit souvent, que la nature ne fait rien en vain. Or elle accorde la parole à l'homme exclusivement.

Ce qui prouve bien la nécessité naturelle de l'État et sa supériorité sur l'individu, c'est que, si on ne l'admet pas, Tindividu peut alors se suffire à lui-même dans l'isolement de tout, ainsi que du reste des parties ; or celui qui ne peut vivre en société, et dont l'indépendance n*a pas de besoins, celui-là ne saurait jamais être membre de l'État. C'est une brute ou un dieu.

La nature pousse donc instinctivement tous les hommes à l'association politique. Le premier qui l'institua rendit un immense service ; car, si l'homme, parvenu à tonte sa perfection, est le premier des animaux, il en est bien aussi le dernier quand il vit sans lois et sans justice. Il n'est rien de plus monstrueux, en eSet, que l'injustice armée. Mais l'homme a reçu de la nature les armes de la sagesse et de la vertu, qu'il doit surtout employer contre ses passions mauvaises. Sans la vertu, c'est l'être le plus pervers et le plus féroce ; il u*a que les emportements brutaux de l'amour et de la faim. La justice est une nécessité^sociale ; car le droit est la règle de l'association politique, et la décision du juste est ce qui constitue le droit. Aristote. Politique, 1. 1, c. i.

(Trad. Barthélémy Saint-Hilaire.)

n. — But de rËtat.

Si l'association politique n'était formée qu'en vue des richesses, la part des associés serait dans l'État en proportion directe de leurs propriétés, et les partisans de l'oligarchie auraient alors pleine raison ; car il ne serait pas équitable que l'associé qui n'a ■iis qu'une mine sur cent eût la même part que celui qui aurait fcumi tout le reste. Mais l'association politique a pour objet non- ^ulement Texistence matérielle des associés* mais leur bonheur

et leur vertu (1). Autrement, elle pourrait s'établir entre d'aufirtt êtres que les hommes. Ces êtres ne la forment point cependant, étant incapables de bonheur ou de libre arbitre. L'association politique n'a point non plus pour objet unique l'alliance offensive et défensive entre les individus, ni leurs relations mutuelles, ni les services qu'ils peuvent se rendre... La cité ne consiste pu seulement dans la communauté du domicile, ni dans la garantie des droits individuels, ni dans les relations de commerce et d'échange; ces conditions préliminaires sont bien indispensables pour que la cité existe ; mais, même quand elles sont toutes réa* \ nies, la cité n'existe point encore. La cité, c'est l'association da i bonheur et de la vertu pour les familles et les classes diverses d'habitants, en vue d'une existence complète qui se suffise àellemême (2). Aristote, Politique^ 1. III, c. t.

(Trad. Barthélémy Saint-Hilaire.)

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