‹ Extraits des grands philosophesChapitre 71 sur 331 · PYRRHON · texte numérisé non relu

PYRRHON

a, né à Ëlée, fut d'abord peintre. Il devint disciple de Dryson, Stilpon. Il s'attacha ensuite à Anaxarque, qu'il suivit partout ; ke qu'il eut occasion de connaître les gymnosophistes dans es, et de converser avec les mages. C'est de là qu'il parait ré une philosophie hardie, ayant introduit l'incertitude universoutenait que rien n'est honnête ou honteux, juste ou injuste ; L est de même de tout le reste ; que rien n'est tel (^u'il le paraît ; hommes n'agissent comme ils font que par institution et par e, et qu'une chose n'est dans le fond pas plus celle-ci que . Sa manière de vivre s'accordait avec ses discours ; car il ne se lait pour rien, ne pensait à éviter quoi que ce fût, et s'exposait à qui se rencontrait dans son chemin. Chariots, précipices, chiens, *es choses semblables, tout lui était égal; il n'accordait rien s. Ses amis le suivaient, et avaient soin de le garder, dit Anti- 3 Caryste ; mais iEnésidème veut que, quoiqu'il établit le sysi l'incertitude dans ses discours, il ne laissait pas d'agir avec ion. Il vécut près de quatre-vingt-dix an^ jour qu' Anaxarque était tombé dans une fosse, Pyrrhon passa !t ne Taida point à le tirer de là. Il en fut blâmé, mais loué iraue lui-même de ce qu'il portait l'indifférence jusqu'à ne s'ér d'aucun accident. On le surprit dans un moment qu'il parlait nème, et comme on lui en demanda la raison : a Je médite, na-t-il, sur les moyens de devenir homme de bien. » bis qu'il se vit attaqué par un chien, il le repoussa ; sur quoi té repris de sa vivacité, il dit : « Il est difficile à l'homme de se liller tout à fait de l'humanité. Il faut y travailler de toutes ses s, d'abord en réglant ses actions ; et si on ne. peut réussir par voie, on doit employer la raison contre tout ce oui révolte ens. » DiOGÈNE Laerge. VIII (trad. Lefèvre).

ÉPICURB.

i naquit à Athènes ; il avait pour père un maître d'école, et pour le magicienne. Ce grand homme a d'illustres témoins de son équité i reconnaissance: l'excellence de son bon naturel lui a toujours idre justice par tout le monde. Sa patrie célébra cette vérité par ues ({u'elle dressa pour éterniser sa mémoire. Elle fut consacrée amis, dont le nombre fut si grand qu'à peine les villes pouelles les contenir, aussi bien que par ses disciples, qui s'attachèrent ir le charme de sa doctrine, laquelle avait, pour ainsi dire, la r des sirènes. Il n'y eut que le seul Métrodore de Stratonice qui, e accablé par Pexcès de ses bontés, suivit le parti de Garnéade.

a La perpétuité de son école triompha de ses envieux; et parmi la dfr cadence de tant de sectes, la sienne se conserva toujours, par unefooli continuelle de disciples qui se succédaient les uns aux autres.

« Sa vertu fut marquée en d'illustres caractères par la reconnaissance et la piété qu'il eut envers ses parents, et par la douceur avec laquelli il traita ses esclaves ; témoin son testament, où il donna la liberté^ ceux qui avaient cultivé la philosophie avec lui, et particulièrement fameux Mus, dont nous avons déjà parlé.

« Cette même vertu fut enfin généralement connue grâce à la de son naturel, qui lui fit donner universellement à tout le monde marques d'honnêteté et de bienveillance. Sa piété envers les dieux et amour pour sa patrie ne se démentirent jamais jusqu'à la fin de jours. Ce philosophe eut une modestie si eitraord maire, qu'il ne voi jamais se mêler d'aucune charge de la république.

c II est certain néanmoins que, malgré les troubles qui affligèrei Grèce, il y passa toute sa Tie, excepté deux ou trois voyages qiril fiti les confins de l'Ionie pour visiter ses amis. Ceux-ci s'assemblaient tous côtés pour venir vivre avec lui dans ce jardin, qu'il avait pour le prix de quatre-vingts mines.

« Ce fut là que, selon Dioclès, ils gardaient une sobriété admii et se contentaient d'une nourriture très-médiocre, a Un demi-seti< vin leur suffisait, dit-il, et leur breuvage ordinaire n'était qoef l'eau. »

« Il ajoute qu'Epicure n'approuvait pas la communauté de biens ses sectateurs, contre le sentiment de Pythagore, gui voulait que ' choses fussent communes entre amis, parce que, disait notre phil( c'était là plutôt le caractère de la défiance que de l'amitié. . « Il écrit lui-même dans ses Lettres qu'il était content d'avoir de et du pain bis. a Envoyez -moi, dit ce philosophe à un de ses peu de fromage cythridien, afin que je fasse un repas plus exe lorsque l'envie m en j) rendra. » Voilà quel était celui qui avait la tation de placer le souverain bien dans la volupté.

« Il établit son école dans Mitylène à trente -deux ans. Etant à Athènes, il y mourut à l'âge de soixante-douze ans et laissa la duite de son école à Hermachus de Mitylène.

« Le même Hermachus rapporte dans ses Lettres qu'après avoir] tourmenté par de cruelles douleurs pendant quatorze jours, s'étant ' mettre dans une cuve d'airain pleine d'eau chaude pour donner intervalle à son mal, et ayant bu un peu de vin, il exhorta ses se souvenir de ses préceptes, et finit sa vie dans cet entretien.

« Telles furent la vie et la mort de ce philosophe. »

DiOGÈNË Laergb. X (trad. Lefèvre).

Fracpoient» de la lettre d*Eplcure ik M6néeée«

Lorsque nous assurons que la volupté est la fin d'une bienheureuse, il ne faut pas s'imaginer que nous entenc parler de ces sortes de plaisirs qui se trouvent dans la j( sance de l'amour ou dans le luxe et l'excès des bonnes comme quelques ignorants Tout voulu insinuer, aussi bieni les ennemis de notre secte, qui nous en ont imposé sur cette)

ÉPIGURE. 109

ère, par l'interprétation maligne qu'ils ont donnée à notre pinion.

Cette yolupté, qui est le centre de notre bonheur, n'est autre hose que d'avoir l'esprit sans aucune agitation, et le corps xempt de douleur; l'ivrognerie, l'excès des viandes, le comlerce criminel des femmes, la délicatesse des boissons et tout e qui assaisonne les bonnes tables n*ont rien qui conduise l'une agréable vie : il n'y a que la frugalité et la tranquillité de teprit qui puissent produire cet effet heureux; c'est ce calme qui inus facilite l'éclaircissement des choses qui doivent ûxer notre tboix, ou de celles que nous devons fuir.

.' La liberté que nous avons d'agir comme il nous plaît

Ijfadmet aucune tyrannie qui la violente ; aussi sommes-nous Rmpables des choses criminelles ; de même que ce n'est qu'à BUS qu'appartiennent les louanges que mérite la prudence de kftre conduite, n est donc beaucoup plus avantageux de se rendre à l'opinion mieuse que le peuple a des dieux, que d'agir, comme le souinent quelques physiciens, par la nécessité du destin ; la preopinion ne laisse pas d'imprimer du respect, et l'on espère jours du succès à ses prières ; mais lorsque l'on s'imagine certaine nécessité dans l'action, c'est vouloir se jeter dans le jpoir.

6ardez-vous donc bien d'imiter le vulgaire, qui met la forau nombre des dieux ; la bizarrerie de sa conduite l'éloigné tièrement du caractère de la divinité, qui ne peut rien faire ^avec ordre et justesse. Ne croyez pas non plus que cette volage itribue en aucune manière aux événements ; le simple peuple

bien laissé séduire en faveur de sa puissance.... A^rrachez donc autant qu'il vous sera possible cette pensée de Hre esprit, et soyez persuadé qu'il vaut mieux être malheureux is avoir manqué de prudence, que d'être au comble de ses ^Uhaits par une conduite déréglée, à qui néanmoins la fortune ^ donné du succès ; il est beaucoup plus glorieux d'être redel^e à cette prudence de la grandeur et du bonheur de ses acl^nSy puisque c'est une marque qu'elles sont l'effet de ses iflezions et de ses conseils.

Ne cessez donc jamais de méditer sur ces choses ; soyez jour t nuit dans la spéculation de tout ce qui les regarde, soit que dus soyez seul, ou avec quelqu'un qui ait du rapport avec vous: est le moyen d'avoir un sommeil tranquille, d'exercer dans le

ilO PHILOSOPHIE GaBOQCE.

calme ternies tos facultés, et de Tivre oomme on dieu paimilei moitels. Celui-là est plus qa^im homme, qui jouit pendant k| Tie des mêmes biens qni font le bonheur de la dirâiité.

EpicDiB. LsUre à Ménicie.

ZÈKOS.

« Zenon était de Citlom en Ch^rpre. Ce^ ooe petite Tille grecooe oà $\ établie ooe colonie de Phéniciens. D eot Cntès pour maître. On qa'ensoite il prit les leçons de Stilpon, et que pendant dix ans il anditeor de Xénocrate. Polémon est encore un philosophe dont il qœnta l'école.

« Il choisit le portiqae appelé Poecile, qn*on nommait anssi le premier de ces noms fat donné aa portique, à cause des pemtnres doot Polygnote l'avait enrichi. Sous les trente tyrans,, quatre cents citoyens y avaient été mis à mort. Zenon, voulant 1 odieux de cet endroit, le choisit pour y tenir ses discours. Ses di Y vinrent Técouter, et furent pour cette raison appelés stoïciens^ Bien que ceux qui suivirent leurs opinions.

« Leê Athéniens eurent tant d'estime pour ce phflosophe, qu'ils i sèrent chez lui les clefs de leur ville, l'honorèrent d'une couronne et lui dressèrent une statue d'airain.

« Zenon disait que rien ne sied plus mal que l'orgueU, surtout jeunes gens, et qu'il ne suffît pas de retenir les phrases et les ta d'un bon discours, mais qu'il faut s'appliquer à en saisir l'esprit, de ne pas le recevoir comme on avale un bouillon ou quelque i aliment. Il recommandait la bienséance aux jeunes gens dans lear marche, leur air et leur habillement, et leur citait fréquemment vers d'Euripide sur Canapée :

« Ouoiqu*îl eût de quoi vivre, il ne s'enorgueillissait pas de sa foitoati D*av«it pas plus de vanité que n'en iTun nécessiteux. »

« Zenon soutenait que rien ne rend moins propre aux sciences* poésie. Il disait que le temps était de toutes les choses celle dont avons le plus besoin. On raconte qu'un esclave qu'il pumssait cause de vol imputant cette mauvaise habitude à sa destinée, il répc -» Elle a aussi réglé que tu en serais puni.

« Vn jeune garçon parlait inconsidérément : — Nous avons, loi deux oreilles et une seule bouche, pour nous apprendre qœ devons beaucoup plus écouter que parler. — Il assistait à un reptfj il ne disait pas un mot: on voulut en savoir la raison-: — Afin, il, <|ue vous rapportiez au roi qu'il y a ici quelqu'un qui sait se Jl faut remarquer que ceux à qui il faisait cette réponse étaient exprés de la part de Ptolémée pour épier la conduite du philosoplK en faire un rapport à leur prince.

« On demandait à Zenon comment il en agirait avec un homme Taei^tblerait «l'injures: - Gomme avec un envoyé que Ton congédies répons^;, répliqua-t-il. Apollonius de Tyr rapporte que Cratès le tirti mfU habit pour Tempécher de suivre Stilpon^ et que Zenon loi i iJmUtn^ ou ne peut bien prendre les philosophes que par V(xi (iuHiiii vous m aurez persuadé, tirez-moi par là ; autrement, si v: i$m faites violence, je serai bien présent de corps auprèsdevoai,H. j'aurai Tesprît auprès de Stilpon. » ; *'

« 'lÀmu, dans sa manière de vivre, pratiquait la patience et la ib

GLÉANTHE. lU

cité. Il se nourrissait de choses qui n'avaieût pas besoin d'être cuites, et s'habillait légèrement. De là vient ce qu'on disait de lui, que « m « les rigueurs de l'hiver, ni les pluies, ni l'ardeur du soleil, ni les a maladies accablantes, ni tout ce qu'on estime communément, ne « purent jamais vaincre sa constance, qui égala toujours l'assiduité ff avec laquelle ii s'attacha jour et nuit à Fétude. » En effet, il surpassait tout le monde, tant du côté de la tempérance et de la gravité, qu'à l'égard de son grand âge, puisqu'il mourut âgé de quatre-vingt-dix-huit ans, qu'il passa heureusement sans maladie. )>

DiOGÉNB Laerce. XII (trad. Lefèvre).

GLÉANTHE.

: Qéanthe, fils de Phanius, naquit dans la ville d'Asse, au témoignage p d'Antîsthène. Sa première profession fut celle d'athlète. Il vint à Athènes, l n'ayant, dit-on, que quatre drachmes pour tout bien. Il fit connaissance

avec Zenon, se donna tout entier à la philosophie et persévéra toujours jr.dans le même dessein. On a conservé le souvenir du courage avec lequel ( il supportait la peine, jusque-là que, contraint par la misère de servir

comme domestique, il pompait la nuit de l'eau dans les jardins, ets'oclenpaitle jour à l'étude ; ce qui lui attira le surnom de Puiseur d'eau. On \ raconte aussi qu'appelé en justice pour rendre raison de ce qu'il faisait

pour vivre et se porter si bien, il comparut avec le témoignage du iar- ^ dinier dont il arrosait le jardin, et que, l'ayant produit avec le certificat

Id'ane marchande chez laquelle il blutait la farine, il fut renvoyé absous. Â cette circonstance, on ajoute que les juges de l'aréopage, épris d'ad* miration, décrétèrent qu'il lui serait donné dix mines, mais que Zenon l'empêcha de les accepter. L'histoire porte qu'Antigone, son disciple, lai demanda pourquoi il pompait de l'eau, et s'il ne faisait rien de plus, ^ et qu'à cette question Gléanth^. répondit: a Est-ce que je ne bêche I et n'arrose point la terre ? Ne fais-je pas tout au monde par amour F |K)ur la philosophie ? » Zenon lui-même l'exerçait à ces travaux, et

I voulait qu'il lui apportât chaque fois une obole de son salaire. En ayant rassemblé une assez grande quantité, il les montra à ses amis et leur dit.: a Gléanthe pourrait, s'il le voulait, entretenir un autre Cléanthe, t tandis que ceux qui ont de quoi se nourrir cherchent à tirer d'autres t les choses nécessaires à la vie, quoiqu'ils ne s'appliquent que faiblet ment à la philosophie. »

\ a 11 endurait patiemment les risées de ses compagnons. Quelqu'un ^l'ayant appelé âne, il convint qu'il était celui de Zenon, dont U pouvait teul porter le paquet. On lui faisait honte de sa timidité. « G'est un iieureux défaut^ dit-il ; j'en commets moins de fautes. »

a II préférait sa pauvreté à l'opulence. « Les riches, disait-il, jouent à « la boule ; mais moi j'ôte à la terre sa dureté et sa stérilité à force « de travail, b Diogène Laehge. XI (trad. Lefèvre).

H^mue de €::iéaotlie«

« Salut à toi, ô le plus glorieux des immortels, être qu^oa adore qIub mille aoms, Jupiter éternellement puissant ; à toi, maître e la nature ; à toi, qui gouvernes avec loi toutes choses ! G'est è devoir de tout mortel de t'adresser sa prière ; car c^est de toi

que nous sommes nés, et c'est toi qui nous as doués du don de la parole, seuls entre tous les êtres qui vivent et rampent sur la terre. A toi donc mes louanges, à toi l'éternel hommage de mes chants ! Ce monde immense qui roule autour de la terre conforme à ton gré ses mouvements, et obéit sans murmure à tes ordres... Roi suprême de l'univers, ton empire s'étend sur toutes choses. Rien sur la terre. Dieu bienfaisant, rien ne s'accomplit sans toi, rien dans le ciel éthéré et divin, rien dans la mer; hormis les crimes que commettent les méchants par leur folie... , Jupiter, auteur de tous les biens, dieu que cachent les sombres nuages, maître du tonnerre, retire les hommes de leur funeste ignorance ; dissipe les ténèbres de leur âme, ô notre père, et donne-leur de comprendre la pensée qui te sert à gouverner le monde avec justice. Alors nous te rendrons en hommages le prix de tes bienfaits, célébrant sans cesse tes œuvres ; car il n'est pas de plus noble prérogative, et pour les mortels et pour les dieux, que de chanter éternellement, par de dignes accents, la loi commune de tous les êtres. »

argésilâs.

« Arcésilas naquit à Pitane, ville de l'Eolie. Ce philosophe fonda la moyenne académie, et admit le principe du doute, a cause des contradicti(»is qui se rencontrent dans les opinions. Il fut le premier qui disputa sur les mêmes choses pour et contre, et qui établit dans les écoles la minière de raisonner par demandes et par réponses, que Platon anut introduite, mais que personne n'avait encore mise en vogue. ».

GARNÉADB.

a Carnéade de Cyrène réfuta les stoïciens avec beaucoup de retenue, avouant même que sans Chrysippe il ne serait pas ce qu'il était. Il aimait Tétud^ mais il s'appliquait moins à la physique qu'à la morale. Il était si assidu, qu'il négligeait le soin de son corps, et se laissait croître les ong|eii et les cheveux. Son habileté dans la philosophie excita même la curicW| des orateurs, qui renvoyaient leurs écoliers pour avoir le plî^isir et; l'entendre. » DiOGÈNB Lakrce. VIII, XI (trad. Lefèvre).

Page 1