LUCRÈCE
Lucrèce naquit à Rome, dans les premières années du siècle gui précéda notre ère, de l'an 98 à l'an 95. Il appartenait à la noble tamule Lucrétia et pouvait aspirer aux charges publiques ; mais il préféra un repos studieux aux honneurs. On croit quMl alla à Athènes se perfectionner dans les lettres, et qu*il fut disciple d*un philosophe épicurien, nommé Zenon. C'est sans doute à son retour qu'il composa, pour son ami Memmius, le poème où il explique la doctrine d'Epicure. Lucrèce se tua de sa propre main, dit saint Jérôme, dans la quarante-quatrième année de son âge. D'après d^autres calculs, il n*ayait que trente-huit ou trente-neuf ans.
Ijutte d*B«plcure contre la supr stltlon*
Dans le temps où l'homme avili rampait sous les chaînes pesantes du fanatisme, tyran qui, du milieu des nues, montrait sa tête épouvantable, et dont l'œil effrayant menaçait d'en haut les mortels, un homme né dans la Grèce osa le premier lever contre lui ses regards, et le premier refusa de s'incliner. Ni ces dieux si vantés, ni leurs foudres, ni le bruit menaçant du ciel en courroux ne purent l'intimider : son courage s'irrita par les obstacles ; impatient de briser l'étroite enceinte de la nature, son génie vainqueur s'élança au delà des bornes enflammées du iDonde, parcourut à pas de géant les plaines de l'immensité, et, Womphant, revint dire aux hommes ce qui peut ou ne peut pas nattre, et comment la puissance des corps est bornée par leur essence même. Ainsi la superstition fut à son tour foulée aux pieds, et sa défaite nous rendit égaux aux dieux.
Mais je crains, ô Memmius ! que tu ne m'accuses de t'ouvrir Une école d'impiété, et de te conduire dans la route du crime: <i'est au contraire la superstition qui trop souvent inspira des actions impies et criminelles. Ainsi jadis en Aulide l'élite des <ihef8 de la Grèce, les premiers héros du monde, souillèrent l'autel de Diane du sang d'Iphigénie. Quand le bandeau funèbre eut Ext. 6B. Philos. 8
paré la chevelure de la jeune princesse et flotté le long de ses joues innocentes, quand elle vit son père, debout et morne, au pied de Taufcel, à côté de lui les sacrificateurs qui cachaient sous leurs robes le couteau sacré, et le peuple en larmes autour d'elle, muette d'effroi, elle tomba sur ses genoux comme une suppliante. Que lui servait, dans cet instant fatal, d'avoir la première donné le nom de père au roi de Mycènes? Des prôtres la soulèvent et la portent tremblante à Tautei, non pour la reconduire au milieu d*un pompeux cortège après la cérémonie de l'hyménée, mais pour la faire expirer, pure victime d'une rage odieuse, sous les coups de son père, au moment même que l'amour destinait à son mariage. Et pourquoi ? pour que la flotte des Grecs obtienne un heureux départ. Tant la superstition inspire aux hommes de barbarie!
Toi-même, 6 Memmius ! fatigué par les récits effrayants des poètes de tous les siècles, tu me fuiras peut-être, craignant de trouver aussi dans mon poème des songes lugubres, capables de troubler tout le système de ta vie et d'empoisonner ton bonheur par la crainte. Et tu aurais raison : car, si l'homme voyait un terme fixé à ses maux, il aurait au moins quelque ressource contre les menaces de la superstition et des poètes. Mais il n'a aucun moyen pour se défendre, aujourd'hui qu'il a des peines éternelles à redouter après la mort. Car il ignore quelle est la nature de son âme. Lucrèce. De Natura rerum, 1. I, v. 63.
Déollnalson de» atomes»
Quoique les éléments tendent par leur propre poids vers les régions inférieures, sache néanmoins, ô Memmius 1 qu'ils s'é* cartent tous de la ligne droite dans des temps et des espaces indéterminés ; mais ces déclinaisons sont si peu de chose qu'à peine elles en méritent le nom.
Les atomes, sans écarts, seraient tombés parallèlement dans le vide, comme les gouttes de la pluie ; jamais ils ne se seraient ni rencontrés, ni heurtés, et jamais la nature n'eût rien produit.
Litt liberté hiimaloe»
Enfin, si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature^ si un ordre nécessaire les fait naître les uns des autres, si h déclinaison des éléments ne produit pas une nouvelle comÛuui-