‹ Extraits des grands philosophesChapitre 77 sur 331 · SÉNÉQUE · texte numérisé non relu

SÉNÉQUE

adonner aux hommes ; mais, à mérite égal, on n'est pas meilleur

pour être plus riche ; pas plus qu*entre deux marins gui entendent

également hien la ravigation vous ne direz que celui qui a le

flus beau vaisseau soit le plus habile. Qu*a Jupiter qui le mette

iQ-dessus de Thomme de bien ? C'est d'être bon plus longtemps.

De même qu'entre deux sages, celui qui^st mort plus âgé n'est

pas plus heureux que celui dont la vertu fut limitée à un plus

petit nombre d'années, de même Dieu ne surpasse pas le sage

en félicité, quoiqu'il le surpasse en âge. Ce n'est pas la durée de

la vertu qui en fait la grandeur. Jupiter possède tous les biens»

mais pour en abandonner la jouissance aux autres : le seul usage

qu*il en fasse, c'est de les faire servir au bonheur de tous ; le

sage voit avec tout autant de tranquillité et de dédain que Jupiter

.les richesses concentrées dans les mains des autres ; il a même

^t avantage sur Jupiter, que ce dieu ne peut pas en user ; tandis

que lui, sage, ne le veut pas. Suivons donc Sextius qui, en nous

montrant la bonne route, nous crie : « C'est par là qu'on arrive

m ciel ; c'est la frugalité, c'est la tempérance, c'est le courage qui

[f conduisent. » Les dieux ne sont pas dédaigneux, non plus que

jaloux ; ils admettent ceux qui veulent monter avec eux, et leur

tendent volontiers la main. Vous paraissez surpris que l'homme

puisse pénétrer chez les dieux. Mais Dieu lui-même descend chez

les hommes, et, bien plus, dans les hommes. Il n'y a point d'âme

Vertueuse là où Dieu n'est pas. (Lettre LXXIII.)

lY. — Notre mal n'est pas au dehors, il est au dedans de nous.

Pourquoi nous faire illusion ? Notre mal n'est pas au dehors, il est au dedans de nous-mêmes : il a son siège dans nos entrailles. Si nous recouvrons difficilement la santé, c'est que nous ne nous ^vons pas malades. (Lettre XII.)

V. — Doctrine de Sénèque et des stoïciens sur la mort volontaire.

Quoi de plus beau que cette maxime que je conûe à ma lettre pour vous la soumettre î « Il est dur de vivre sous le joug de la nécessité ; mais je ne vois pas la nécessité d'y vivre assujetti. • Ehl pourquoi le subir en effet î partout des routes nous mènent à la liberté, nombreuses, courtes, faciles. Rendons grâces à la Di- '^té ; elle n'a enchaîné personne à la vie ; on peut fouler aux Tiôds jusqu'à la nécessité. {Lettre XII.)

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