VI. — Nous portons un dieu en nous
Toi, tu es né pour commander ; tu es un fragment détaché de la divinité ; tu as en toi une partie de son être, Pôurguoi méconnais-tu ta noble origine ? Ne sais-tu pas d'où tu es venu ?... C'est un dieu gue tu exerces I Un dieu gue tu portes partout ; et tu n'en sais rien, malheureux I
Et crois-tu gue je parle ici d'un dieu d'argent ou d'or en dehors de toi? Le dieu dont je parle, tu le portes en toi-même; et tu ne t'aperçois pas gue tu le souilles par tes pensées impures et tes actions infâmes ! En présence de la statue d'un dieu, tu n'oserais rien faire de ce gue tu fais ; et guand c'est le dieu lui-même qui est présent en toi, voyant tout, entendant tout, tu ne rougis pas de penser et d'agir de cette façon, ô toi gui méconnais ta propre nature et gui attires sdir toi la colère divine !
Si tu étais une statue de Phidias, la Minerve ou le Jupiter, tu te souviendrais de toi-même et de l'artiste gui t'aurait fait ; et, si tu avais Tintelligen-ce, tu voudrais ne rien faire gui fût indigne de ton auteur ou de toi, et ne jamais paraître aux regards sous des dehors inconvenants. Vas-tu, maintenant, parce gue c'est Jupiter gui t'a fait, être indifférent à l'aspect sous leguel tu te montreras ? Est-ce gu'il y a égalité entre les deux artistes, égalité entre les deux créations? Est-il une œuvre de l'art gui ait réellement en elle les facultés gue semble y attester la façon dont elle est faite ? En est-il une gui soit autre chose gue de la pierre, de Tairain, de l'or ou de l'ivoire ? La Minerve même de Phidias, une fois gu'elle a étendu la main, et reçu la Victoire gu'elle y tient, reste immobile ainsi pour l'éternité; tandis gue les œuvres de Dieu ont le mouvement, la vie, l'usage des idées «t le jugement.
ÉPJCTÊTE. 131
Quand tu es la ciéation d*un pareil artisan, voudras-tu le déshonorer ?
VIL — Dieu nous a confiés à nous-mêmes.
Bleu ue s'est pas I)omé à te créer ; il t'a confié à toi-même, remis en garde à toi-même. Ne te le rappelleras-tu pas? Et souilleras-tu ce qu'il t'a confié ? Si Dieu avait remis un orphelin à ta garde, est-ce que tu le négligerais ainsi ? Il t'a commis toi-même à toi-même, et il t'a dit : a Je n'ai personne à qui je me fie plus c qu'à toi : garde-moi cet homme tel qu'il est né, honnête, c sûr, à l'âme haute, au-dessus de la crainte, des troubles et des a perturbations. » Et toi, tu ne le gardes pas 1