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Quatrième partie

Cartes culinaires pour les albuminuriques et les néphrétiques.

Il n existe aucun régime officiel, ni aucun traitement uniforme pour les albumino-néphrétiqueSi. Chacun des cinq groupes que nous avons établis entraîne des indications spéciales de thérapeutique alimentaire et pharmacologique .

I. Albuminuries fonctionnelles et physiologiques. — On les observe surtout, et le plus souvent d’une manière intermittente, soit dans la matinée, sans raison connue, soit à d autres heures du jour après un exercice quelconque, surtout une marche forcée, pcut- C'tre sous 1 influence des ptomaïnes développées dans ces conditions ; notez ensuite l’action du bain froid et du repas. Mais il est à remarquer que la nature des aliments n’y fait rien. Nous n’avons donc pas à formuler de régime, ni de moyens de traitement. Ces al-

buminuries sans lésions connues réclament tout au plus les précautions hygiéniques contre l’action du froid, contre la musculation exagérée, et comme les résultats ne répondront sans doute pas à la rigueur des prescriptions, il sera d’autant plus inutile de résister, que ces albuminuries, tout en se perpétuant, ne présentent aucun danger, et laissent le malade , c’est-à-dire l’albuminurique, dans la pleine jouissance de sa santé, malgré les affirmations contraires de Milliard et de Talamon.

II. Albuminuries cardiaques. — Ici nous avons à lutter contre un préjugé à peu près général. Dès qu’un cardiaque présente les moindres traces d’albumine, vite on prescrit la cure de lait, même exclusive, et cela dans la crainte, soit d’un trouble de compensation, avec développement des hydropisies, soit de la formation d’une néphrite grave. Or, j’ai établi depuis longtemps l’innocuité de cespetites albuminuries, leur insignifiance quantitative et qualitative, leur ténacité malgré tous les remèdes spéciaux, et malgré la cure de lait la plus rigoureuse. Nous savons, de par l’anatomie fine, qu’il s’agit simplement d’une stase veineuse, d’un rein cyanotique,

qui n'a rien à démêler avec le rein brightique. Prescrivez le traitement ordinaire des affections du cœur ; donnez la digitale ou les iodures, s’il y a des indices de troubles associés de la circulation ; donnez enfin des diurétiques cardiaques ou simplement la lactose s’il survient un œdème par continuation et généralisation des stases veineuses.

III. Albuminuries par néphrites. — Néphrites parenchymateuses chroniques . — C’est là la condition la mieux établie pour instituer le régime lacté, et à son défaut, le régime blanc, combiné avec les fécules azotées. Formulez 3 litres de lait par jour ; au-dessous de cette dose, c’est l’inanition. A 3 litres, on obtient à peu près la valeur chimique, et, comme nous le verrons, la ration thermochimique du régime d’entretien pour un individu qui, en définitive, est un malade. Mettez le malade au repos absolu, préservez-le du froid, proscrivez les bains chauds ou froids, et surveillez son estomac qui, généralement,

est atteint, sous forme de catarrhe gastrique.

Le lait devra-t-il être prescrit à l’état cru? Le lait bouilli perd de ses qualités, sinon digestives, du moins assimilables et profitables, surtout si la cuisson se fait à 110 ou 120 et

prolongée, comme elle doit l’être. Le lait bouilli à ce degré préserve manifestement de toute ingérence bactérique, tandis que le lait froid ne donne à cet égard aucune garantie. Pour être en parfaite sécurité, le moyen le plus sûr, c’est le lait stérilisé par les procé dés de Soxlet et Yinay.

Mais tout en étant parfaitement aseptique et stérilisé, il peut, tiède ou froid, être intoléré par l’estomac, qui est presque toujours malade. On parle bien de deux mois, de quatre mois de cure de lait sans interruption, et sans trouble ; mais on ne parle pas de l’affaiblissement et de l’inanition qui en sont résultés. Il est du moins certain que pour atteindre la durée de la cure, il faut commencer par 1/2 litre pour arriver graduellement à 2 litres, puis fractionner les doses, supprimer toute autre boisson, tout autre aliment ; ce supplice ne saurait se perpétuer. La plupart du temps il est interrompu par les troubles digestifs, la diarrhée ou la constipation, les vomissements, le ballonnement du ventre. Or tout moyen adjuvant du lait est inefficace ; il n’y a que les préparations de chaux qui peuvent lutter contre l’intolérance du

lait, et meme alors le résultat n’est pas certain.

Voici donc le lait supprimé de rigueur. Que faut-il faire pour y suppléer ? 11 y a un choix à faire dans la liste des aliments albumineux. La carte culinaire qui me paraît la plus utile et la plus facilement acceptée se compose ainsi: 1 Q fécules azotées, du pain grillé , que je fais griller en tranches minces, croûte et mie de pain blanc, trempées dans le thé et non la croûte seule, des purées de lentilles ou de pois, ou plutôt la farine de ces légumes ; 2° des fécules non ou mal azotées, des pommes de terre qu’on doit donner cuites à l’eau et beurrées, ou bien du riz avec du lait en petite quantité ; 3° des œufs durs ; 4° du thé. Voici un autre menu pour les individus débilités, cachectisés par la maladie et réfractaires au lait : 1° du bouillon avec un jaune d’œuf, c’est-à-dire sans albumine ; 2° du poisson , appelé blanc, comprenant le merlan, le turbot, la sole. Cuits au court bouillon, les truites saumonées, le maquereau, le saumon sont exclus ; ce dernier malgré sa quantité de phosphore, mais à cause de sa quantité de graisse ; 3° le macaroni , fécule azotée et préparée avec du lait ou du jaune d’œuf, qu’on

sait composé surtout de lécithine. Un autre repas qui ne sera recommandé qu’aux néphritiques très avancés, hydropiques et fortement albuminuriques comprendra : 1° la viande blanche de veau ou de volaille ; 2° le ris de veau; 3° la cervelle qui, comme le jaune d’œuf, présente une graisse phosphorée, Provient d’autre part, de la lécithine ; 4° les corps gras ; sans parler du beurre qui est indispensable pour la préparation et l’assimilabilité de la plupart des aliments, j’indique le lard préparé avec des choux souvent parfaitement supportés et même le foie gras ; 5° n’oublions pas la crème, corps gras ; 6° comme boisson, si le thé finit par fatiguer, je permets du café non délayé; 7° enfin j’ai essayé parfois le théphir, qui est un alcool du lait. Pour juger tous ces régimes, il n’y a, du moins dans les néphrites parenchymateuses, qui sont toujours marquées par une albuminurie très prononcée qu’à mesurer la quantité d’albumine. Dans les autres néphrites ce moyen d’estimation ne saurait exister.

Néphrites interstitielles . — Gela est vrai surtout pour les néphrites interstitielles, et applicable, jusqu’à un certain point, aux néphrites mixtes et diffuses. Que peut faire à

un albuminurique atteint de sclérose du rein, rendant à peine 0 gr. 30 à 0 gr. 30 d’albumine, rendant au contraire des masses énormes d'urine, que peut faire, dis-je, la cure du lait, la prohibition de l’œuf et de la viande, pour atteindre la lésion du rein, et la diurèse qui en est la suite ? Rien. Ici il y a une indication vitale à remplir, c’est de soutenir les forces du malade qu’on ne peut pas guérir de la profonde altération des reins. Je veux bien, tout en remplissant cette indication, ne pas donner au malade une alimentation qui soit irritante pour ses organes sécréteurs ; je consens à supprimer par exemple les épices, les viandesfaisandées, la charcuterie, le fromage, mais je n'hésite pas à prescrire un régime véritablement fortifiant, aussi albumineux que pour et dans l’état de santé, aussi rempli de valeurs caloriques (graisses et hydrates de carbone) que l’exige la conservation des énergies. Prescrivez le lait, les œufs, pourvu qu’ils ne soient pas crus (car vous augmenteriez ainsi la petite albuminurie scléreuse) ; donnez des viandes blanches ou noires, des légumes azotés, amylacés, et ne craignez pas de prescrire un vin rouge peu alcoolisé et fortement tanique, comme le bordeaux.

IY. Albuminurie hématogène alimentaire .

— Ici nous sommes dans les hypothèses. Il n’est pas bien sûr qu’il existe une altération des albumines du sang, capable de les faire filtrer par les reins. Il n’est pas non plus démontré qu’il y ait une albuminurie par le froid ou par les brûlures, parle rhumatisme et l’herpétisme. Le seul fait certain de néphrite hématogène se rapporte à la malaria. Dans ces cas, les indications curatives de la lésion rénale disparaissent pour faire place à l’idée de la spécificité à l’emploi de la quinine qui est là, comme dans toutes les affections malariques bien comprises, la sauvegarde contre l’impaludisme.

Il n’existe pas davantage d’albuminurie par les aliments albumineux : cela est certain pour l’ovo-albumine, qiLon peut injecter ou faire prendre impunément pourvu que cette quantité ne soit pas excessive, que l’absorption ne se fasse pas à jeun, et que l’albumine ne soit pas crue.

Y. Albuminuries toxiques, bactériques , toxiniques, ptomaïques , chimiotroph iques . — Les intoxications minérales qui portent sur tout l’organisme et en plus sur les reins ne nous intéressent pas. Je n’ai pas à insister non

plus sur les néphrites infectieuses aiguës, la plupart n’ont rien de spécial ; qu’elles proviennent du bacille typhique ou du bacterium coli commune, de l’érysipèle ou de la variole, elles suivent une évolution commune ; je n’en retiens que la néphrite scarlatineuse (dont on ne connaît pas le microbe) qui réclame la cure lactée, et guérit généralement. J’en dirai autant de la néphrite gravidique (dont on ne connaît pas l’origine) que le lait guérit sûrement ; il n’y a pas d'autre moyen curatif. Les néphrites des tuberculeux provoquent le plus souvent de la néphrite parenchymateuse, qui réclamerait le traitement et le régime habituels, si les phtisiques n’étaient pas sans cesse tourmentés par le mauvais état de l’estomac et des intestins, de sorte que la cure lactée devient presque toujours impossible. Il faut rentrer alors dans les prescriptions alimentaires, dans l’alimentation azotée-amylacée, qui sont du domaine de la néphrite parenchymateuse. La syphilis du rein, qui n’a pas son virus authentique, réclame cependant un traitement spécifique bien plutôt que le régime banal de l’albuminurique. Que la néphrite syphilitique soit précoce et parenchymateuse, ou tardive et interstitielle, la mé-

dication mercurielle et surtout iodique n’est pas à craindre, malgré la soi-disant obstruction du rein ou des reins.

Parlons des albuminuries dues aux toxines et aux ptomaïnes. Le type le mieux connu est celui de la diphtérie ; la toxine y est démontrée ; la néphrite diphtérique détermine une albuminurie abondante qui n’est pas grave par elle-même et ne réclame ni régime ni traitement spécial.

Les albuminuries ptomaïques se rattachent surtout aux aliments qui ont été envahis par les alcaloïdes de ce nom lors de la décomposition des albuminates ; c’est la cause de la terreur inspirée par le bouillon, les viandes fortes, la charcuterie, etc., mais ces ptomaïnes ne sont pas toujours visibles ni présentes. Il semble qu’il n’y ait là à prendre que des mesures prophylactiques, et non des mesures radicales de traitement. En quoi consisteraient celles-ci? Dans la de'sobstruction du rein, qui passe pour être oblitéré et incapable de livrer passage aux ptomaïnes alimentaires et aux toxines de toute espèce et de les éliminer. Or, ces oblitérations sont toujours incomplètes et partielles, car le rein fonctionne à droite ou à gauche, et toujours

encore à côté de la partie malade ou obstruée. La preuve la plus curieuse est fournie par le retard d'élimination de l’azote, comme nous l’avons indiqué.

Pour les albuminuries chimiotrophiques , ainsi, pour les albuminuries goutteuses et diabétiques, je n’ai rien à ajouter à ce que j’en ai dit. La goutte a une origine chimique nouvellement définie et les néphrites goutteuses sont généralement interstitielles. Les albuminuries diabétiques sont sous la dépendance de la glycosurie et très résistantes, quoique sans gravité intrinsèque.

b) Système nouveau. Aliments calculés en calories ou énergies.

Il s’agit maintenant de déterminer pour chaque repas proposé, et pour chacune des substances qui le composent, la quantité de calories qui y sont contenues. Si on n’arrive pas au chiffre d’entretien des énergies, le régime sera défectueux, et pour sauver l’estomac et les reins on compromettra l’individu.

Prenons deux exèmples.

1er Exemple. — Le lait. — Cure de lait.

1,000 grammes de lait contiennent, pour la plupart des laits :

36 grammes d’albumine 147 calories

36 grammes de graisse 324 —

48 grammes de sucre 196 —

667 calories

Ces chiffres représentent 9 calories pour 1 litre de lait.

Si vous multipliez par 3, vous aurez 2,000 calories en chiffre rond. Ceci est parfaitement insuffisant.

Avec 4 litres, vous arrivez à 2,367 calories, c’est le chiffre réglementaire, absolument nécessaire pour le maintien des forces, mais quel est le malade qui va supporter 4 litres de lait sans addition ni de boisson, ni d’aliments. Le régime mixte va s’imposer; voici un exemple combiné à peu près d’après notre premier menu.

2e Exemple . — Régime combiné.

Hydrate

de

Azote Graisse

carbone

1° Lait, 1,000 grammes. . . .

(au moins).

2° Pain blanc grillé, 250 gr . . .

3° Beurre, 50 grammes. . . .

4° Sucre, 50 grammes ....

5° Soupe, 500 grammes. . . .

6° Café ou thé

7° Macaroni, 100 grammes . .

Total. . .

Total en albumine, 5,8 X 0.25

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