‹ GastronomieChapitre 16 sur 132 · COMTE DE CAGLIOSTRO · texte numérisé non relu

COMTE DE CAGLIOSTRO

Que dites-vous du ton de cette lettre?

L’illustré charlatan savait aussi bien écrire que parler.

A la réception de cette épitre, Morande dut se gratter la tête et faire la grimace.

Un duel au cochon de laut!

Au cochon de lait à l’arsenic!

Les Anglais, grands amateurs de paris excentriques, le pressaient d'accepter. Il ne se hâtait pas. Mais, comme il avait un vif désir de gagner les cinq mille guinées, il proposa de se faire représenter à ce déjeuner par un animal carniwvore.

« Un animal carnivore ! répliqua Cagliostro, ce n’est pas là mon compte ; un semblable convive ne vous représenterait que fort imparfaitement. Où trouveriez-vous un animal carnivore qui fût,-parmi les animaux de son espèce, ce que vous êtes parmi les hommes? D’ailleurs, ee n’est pas votre représentant, c’est vous que je veux traiter. Il m'importe de gagner cinq mille guinées, mais il importe beaucoup à la société d’être délivrée d’un fléau périodique. »

On ne turlupine pas les gens avec plus d’impertinence et d'esprit. |

Cagliostro ajoutait encore :

« L'usage de combattre par champions est passé de mode depuis longtemps; mais quand bien même on vous rendrait le service de le remettre en vigueur, l'honneur me défendrait de lutter contre le champion que vous m'offrez. Un champion ne doit pas être traîné dans l’arène, 1l doit s’y montrer de bonne grâce; ct vous conviendrez, pour peu que vous supposiez de raison aux animaux, qu'il ne s’en trouvera pas un, soit carnivore, soit herbivore, qui consente à devenir le vôtre. »

De mieux en mieux.

Morande comprit qu'il était battu, et il garda le silence,

Et il y eut, de par le monde, un cochon de lait, un joli petit cochon de lait, qui ne se douta pas du péril effroyable auquel il venait d'échapper.

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