PREMIER TABLEAU
Même décor. — Le gastronome à table. — Six heures du soir.
LA BISQUE D'ÉCREVISSES. — Je suis harmonieuse et : .fondante. J'ai la suavité dans la force. Vénus m'’accueille à ses banquets avec un bienveillant sourire.
L'ESTOMAC. — C’est possible, mais tu es diantrement épicée.
LA BISQUE D'ÉCREVISSES. — La saison est brülante ; tu as besoin de toniques.
L'ESTOMAG. — Oh ! que de poivre !
UN VERRE DE XÉRÈS. — Voici le remède.
L'ESTOMAC. — À la bonne heure! cela se laisse boire, au moins; et comme dit le poëte :
Xérès des Chevaliers n’a rien produit de tel!
LE xÉRÈs. — Tu as de la mémoire.
L'ESTOMAC, modestement. — Oh! la mémoire de l'estomac.
LA TRUITE SAUMONÉE. — Je viens te rappeler les bords du Rhin, la bonne Allemagne qui aime tant les écus des petits Français.
L'ESTOMAC. — Soit; je me sens vraiment dispos, et cette sauce génevoise a de l'accent.
LE FILET A LA ROYALE. — Alors, que diras-tu donc de moi? Étudie et savoure.
L’ESTOMAC. — À boire !
LE VIN DE CHATEAU-LAROZE. — Présent! (Le dîner continue.) |
LE RÔTI DE CAILLE. — Paye tes dettes ! paye tes dettes !
L’ESTOMAC. — Ah bien! oui, le moment est heureusement choisi. On n’a que faire de vos conseils, ma mie caillette.