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CHAPITRE PREMIER

COMMENCONS PAR LE COMMENCEMENT. — L'absinthe. — Origine de l'absinthe. — Deux versets de l’Apocalypse. — Autres variétés d’apéritifs : vermouth, madère, bitter. — Le capitaine Monistrol. — L'art d'étouffer des perroquets. — Une visite imaginaire, — Nouvelles de la tante d’Hazcebrouck.— La canne oubliée.— On ne peut pas partir sur une seule jambe. — Allons déjeuner.

ÉMEURE LE, :L'ABSINTHE

On avait déjà l'heure du berger; voici venir mantenant l’heure de labsinthe.

Paris n’est continuellement occupé qu'à se créer des habitudes. A l'habitude du tabac, à l'habitude de la bière, il a ajouté l'habitude de l'absinthe.

Qu'on ne s’attende pas à de banales imprécations contre ce breuvage-émeraude, comme dirait Victor

Hugo. Je sais les désordres que son abus entrainé” Donc, Paris n'avait guère autrefois qu’un seul motif pour aller au café, motif honnête, plausible, ; celui de savourer, entre six et sept heures du soir, |

La fève de Moka dans l’émail du Japon.

Bientôt il s’aperçut que ce n’était pas assez pour Jui d'aller au café après diner; il voulut encore y aller avant.

Dès lors, l'heure de l’absinthe fut imagmée.

L'heure de l’absinthe commence vers quatre heures de lPaprès-midi.

À ce moment, tous les cafés, principalement ceux du boulevard, présentent l'aspect le plus animé. C’est la Bourse des oisifs après la Bourse des aïfairés.

Des groupes de trois ou quatre personnes s’organisent autour de chaque table, — à l'extérieur pendant l'été, à l'intérieur pendant l'hiver.

Cest un va-et-vient de plateaux; les garçons, la bouteille d’absinthe au poing, demandent aux consommateurs :

— \onsieur, pure ou avee de la gomme?

Car 1l y a cent manières de prendre Pabsinthe, et puis aussi de la faire, c’est à-dire de la troubler avec l'eau, de la mêler, de la lier. On a connu des professeurs d’absinthe.

La Muse verte! ainsi l'ont baptisée quelques poëtes désespérés. Un fléau moderne! a-t-on ajouté.

GASTRONOMIE. gi

— Pas si moderne, car on trouve dans lApocalypse deux versets consacrés à l’absinthe et aux buveurs d’absinthe. L’Apocalypse à tout vu, tout annoncé; c'est encore le livre le plus actuel que nous ayons. |

Voici ces deux versets, détachés du chapitre vi :

@ 10. Puis le tiers ange sonna de la trompette, et il cheut du ciel une estoille ardente comme un flambeau, et cheut en la tierce partie des fleuves et ès fontaines des eaux.

«11. Et le nom de l’estoille est Absinthe, et la troisième partie des eaux devint absinthe, et plusieurs des hommes moururent par les eaux à cause qu'elles devinrent amères. »

Mais pour peu que la couleur vous effraye ou vous semble suspecte, lecteur, on a à vous proposer l’ab- Sinthe blanche, l’absinthe hypocrite, qui rassure le passant sur votre moralité et Lui fait croire que vous buvez de l’orgeat.

Du reste, ainsi que je l'ai dit, l’absinthe n'est qu’un prétexte chez beaucoup de gens. Gela est si vrai, que la moitié d’entre eux se font apporter du vermouth, du madère, du marsalla ou du bitter.

O le bitter! — Quelques-uns le {prennent en le mélangeant avec du cognac, du curaçao, de la menthe ei deux morceaux de sucre. Je m’abstiens de tout commentaire.

Cela n'en est pas moins l’heure de Pabsinthe.

Elle est tellement passée dans nos mœurs, cette heure-là, que rien n’est plus fréquent que de sur-

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prendre au coin d’une rue le dialogue suivant : — Tiens! c’est vous! Qu'est-ce que vous devenez? on ne vous voil nulle part. | — Mais si!

— Où donc?

— Tous les soirs au café de **.

— À quelle heure ?

— À l'heure de labsinthe, parbleu !

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