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Comme au pays normand font les petits pommiers. L'âge d’or dans son sein a renouëé la trame
Des anciens jours de paix, de labeur et de foi; Ses clochers ont des sons qui vont remuer l’âme ; On y croit aux sorciers, on adore le roi.
Ge ne sont au soleil que joyeuses familles,
Jeunes femmés, enfants, brunes et fortes filles Dans les sillons rougis suivant les chariots ; Alertes compagnons aiguillonnant l'allure
Des grands bœufs mugissants , qui portent pour parure Des grappes à leur tête en guise de grelots.
Ce ne sont tous les jours que danses et délires, Que chansons appelant un chœur d’éclats de rires, Un tableau rencontré de Léopold Robert.
C’est Le pays fertile. Alentour le désert.
Alentour, l'étendue immobile et brûlante,
La terre qui se tait quand la lumière chante,
Le néant qui fait peur à l’âme et peur aux yeux. Alentour, la misère et sa nudité pâle ;
Le hâve paysan, frileux et souffreteux,
Hissé sur ses grands buis, avec son chien honteux, Pourchassant en silence un noir troupeau qui râle; Le pêcheur dont on voit le talon s’essayer
Sur le sable endormi qui peut se réveiller. …
Un jour sera, dit-on, où le vieux dieu Neptune Cessera de briser ses leviers souverains
Et d'ébrécher son sceptre aux cailloux de la dune : Jadis il a juré, par sa barbe aux longs crins,
Qu'il viendrait engloutir ie Médoc, à la lune,
Avec tous ses tritons et ses vassaux marins |
Près du fleuve gascon, urne aux-ondes moqueuses, Entre Dignac, Loirac, Queyrac, Seurac, Gyvrac, Au milieu des grands crus et des villas fameuses, S'égare en vingt détours le bourg de Valeyrac,
De loin, on le pressent à ses plaines bénies,
À ses oiseaux bavards, à ses poudreux buissons,
À sa blanche fumée aux torsades bleuies.
C'est ce riant hameau que tous nous connaissons : Les meules de foin vert à l'horizon groupées,
Les vaches, les canards et les petits garçons.
Des charrettes gisant dans un coin, éclopées ;
La place aux huit ormeaux ; l’église vis-à-vis,
Où nous avons, enfants, communié jadis ;
Le bois, des deux côtés emprisonnant la vue,
Qui penche sans un bruit ses massifs noirs et lourds Et finit au tournant de la maison prévue,
La maison du berceau qui sait nos heureux jours, Et les jardins déserts où veillent nos amours !
On était en automne, et, par une embellie, L'aurore se levait, frissonnante et pâlie;
Ses voiles teints de pourpre, échappés à ses doigts, Balançaient vaguement, comme une large écume, Les coteaux d’orient endormis dans la brume,
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