‹ Gastronomie: récits de tableChapitre 96 sur 99 · LA CLEF DU CAVEAU · texte numérisé non relu

LA CLEF DU CAVEAU

L'autre jour, chez un bouquiniste, Parmi plusieurs in-octavo.

J'ai, de Nodier suivant la piste, Acheté la Clef du Càyeau,

A la fois jovial et tendre, Ce bon vieux recueil délaissé Renferme, comme une autre cendre.

Tous les airs dont je fus bercé.

Les chants ont eu première place, Dans la mémoire, près du cœur.

Tout fuit, tout change, tout s'efface.

Hors un refrain triste ou moqueur.

La serinette des grand'mères, IVoni la note semble une toux, Souvent sur les heures amères Jette un son consolant et doux.

Et voilà pourquoi je vous aime, timbres naïfs du Caveau, Où je me retrouve moi-même.

Dans un amusant renouveau !

Caveau, — disons plutôt bocage — Au galant et facile accès !

Clef charmante, rouvrant la cage Où gazouille l'esprit français !

Il n'est pas de Paris au Caire Lèvres n'ayant fredonné la Famille de V Apothicaire, Ou Turlurette, ou Lon lan la.

Il suffit d'une ritournelle, D'un vague et tremblotant solo.

Pour qu'aussitôt je me rappelle Un homme pour faire un tableau.

Quels éclats de rire à la ronde !

Oà courez-vous y monsieur Vabhé?

Sur Ce mouchoir, belle Raimonde, Cet abbé-la sera tombé.

Que de Tircis et de Grégoire !

Combien de baisers, de glouglous !

Elle aime à rire, elle aime à boire.

Elle aime à chanter comme nous !

J'en guette un petit de mon âge !

Dit Lise, au bord d'un frais ruisseau.

Sa voix charme le voisinage, Car... Vne fille est un oiseau,

Fanchon, Dans les Gardes françaises^ S'en va réclamer son amant :

Des fraises^ des fraises ^ des fraises, Lui répond ce beau garnement.

Quand je parcours ces folles pages, Je reconnais tous ces lurons, Bergers sournois, effrontés pages.

Dénichant merles et tendrons ;

Satyres transformés en drille?, S'en allant, dés le point de jour.

Chasser, derrière les charmilles, Gibier des boiSy gibier d'afnour,

11 cache encore sa fauvette, Le gros Lucas sous son chapeau ; La Harpe dit : ma Musette !

Barré dit : Mon père était pot !

Aimable musique de poche !

Alors, en ces temps ingénus, Un air nouveau de M, Doclie M'ouvrait des mondes inconnus.

Aussi, lorsque j'entends bruire L'écho lointain d'un flageolet, Je me surprends à reconstruire Une époque avec un couplet.

Je vous revois, sensibles femiiies, Avec vos manches à gigot :

Et vous, Enfants chéris des dames.

Roucoulant dans votre jabot.

N'ayant rien qui le réconforte, On rimeur dit, d'un ton fatal :

Pégase est un cheval qui porte Les grands hommes à Vhôpital !

Pendant toute une matinée,

La Clef du Caveau dans les mains.

J'ai rêvé, l'âme abandonnée

Au courant des anciens chemins,

Jusqu'au moment où, jeu féroce.

Une voix soudain me souffla :

Allez-vous-en^ gens de la noce !

C'est l'air de la fin, celui-là.

Et puis j'ai refermé le livre^ Sans me cacTier d'être attendri.

Le livre qui m'a fait revivre

A la façon de Barbari !

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