‹ Géographie mathématiqueChapitre 165 sur 308 · Choix des stations. Signaux · texte numérisé non relu

Choix des stations. Signaux

/". — lùili'oiis iliiiis le (k'Uiil il<'s opéi'ations iiréci'dciniiient résuluées, on laissant de côlé des iliscnssions sans inlcrèt éducatif, mais qui sont la joie des géodésiens de profession. Entre un technicien et un homme intelligent existe souvent un aljîmc que je n'ai pas la prétention île combler.

Il est d'abord évident que les triangles ne doivent pas être trop petits (ils seraient trop nombreux), ni s'écartex trop d'être équilatéraux (leurs côtés et leurs angles doivent servir au même titre) : démontrer de telles évidences me parait slupide. Au surplus, quand il s'agit d'un réseau fondamental, on n'a généralement pas l'embarras du choix; les signaux sont quasiment imposés. Je conseille la lecture du siwoureux Discoiiis prc/iminaire de Delambre; outre un tableau très amusant des campagnes françaises en 1792, on y verra qu'il n'est pas facile de trouver une série tle signaux assez distants, disposés de manière ((ue chacun soit visible de quatre autres signaux, au moins de trois, et donnant des triangles bien conditionnés.

Il est naturellement avantageux que les signaux se projettent c/ans le ciel; il faut éviter qu'ils se projettent sur des objets voisins [dans la terre). On doit les peindre en blanc dans ce dernier cas, en noir dans le premier.

Même ([uand on prend pour signal des tours, des pics,... on doit préciser le point visé en construisant une pyramide, un màt,... bref un objet assez haut et assez étroit. Il est clair qu'alors, le lieu d'observation ne peut coïncider avec le centre de la station constitué par le mat.

2\ — Je voudrais donner au lecteur un aperçu des difficultés que Delambre éprouvait, certes en raison du trouble des temps, mais aussi en raison des difficultés propres à ces sortes d'observations. Je transcris donc quelques lignes relatives à des stations qui se trouvent dans la figure 1.39.

Delambre observe du haut de la lanterne du Panthéon. Il trouve pour la distance angulaire Montlhéry Brie 61° 13' 48", 13. Il ajoute :

« Du 10 février 1793. Le signal de Montlhéry a été dérangé par le vent; il penche du côté de Brie. Dix jours après ces observations, on a visité le signal pour le faire redresser et lui donner plus de solidité. Il penchait alors de manière à diminuer l'angle entre Mont- Ihéry et Brie de 3, 50.

« L'angle corrigé serait de 61° 13' 51", 63.

« Mais il vaut mieux rejeter cette série, car rien n'assure que le signal ait toujours penché de la même quantité: »

Delambre recommence trois séries et trouve :

47",57 50",56 47",24 Moyenne 48",40.

L'angle réduit à l'horizon est 61° 13' 48", 50,

Ce qui donne une idée de la concordance et aussi de la signification plutôt vague des centièmes de seconde.

238 GÉOGIiAl'l/IE MA TU LM A I/QIE

Transporlons-noiis à Monllhéry sur la loiir bien connue : elle est à droite du chemin de fer d'Orléans quand on va de Paris à Etampes. Le signal est placé sur un mur : » C'est une pyramide tronquée, dont l'axe est à quelques pouces en avant tlu mur, à la distance de 3,5 toises de l'angle curviligne formé par le mur et la toui-. Je m'étais d'a!)ord contenté d'y placer un tronc d'arbre : il fut renversé et mis en pièces le lendemain. Le procureur de la commune en fit replacer un autre aux frais du délinquant. Mais ce nouvel arbre

Fig. 141.

était trop petit, et je ne pus l'apercevoir de Brie. Je fus obligé d'aller à Montlhéry pour commander le signal actuel... »

A Alalvoisine le signal était une cheminée; la station d'observation était au-dessous et placée latéralement. Un fil à plomb, passant dans le milieu de la cheminée, permettait de déterminer la dilférence des hauteurs et la correction au centre. Je cite cet exemple pour montrer qu'il est parfois difficile de voir le signal d'une station A à partir des stations voisines B, C, ... (à cause des arbres ou des constructioils qui environnent A), cependant que de A on voit sans difficulté les signaux B, C,... même en se plaçant au-dessous du signal A. D'où la nécessité fréquente d'éloigner plus ou moins l'un de l'autre le signal proprement tlit et l'appareil d'observation, d'oîi enfin la nécessité de la réduction an ccnlre de, Ui sUiùon [% 169).

Sur un pic tel (|ue le Bugarach (qui est très escarpé), le signal était une pyramide quadi-augulaire tronquée d'une hauteur voisine

j;iAii/.issEM/:.\r Dtw iikskai- de vu IASCI.ES 239

de 'i nu'li'cs, large en liant d'un nintro environ. On l'avait surmonté d'un prisme <|ue U> vent n'eut rien de plus pressé (|ue d'enlever.

Dans le nord de la France, les signaux étaient des eloehers; le cercle était donc placé nécessairemenl plus bas et latéralement. D'autre part <[uand ces clochers sont des pyramides, l'expérience montre que la visée dépend notablement de l'éclairage : « d'oii des iuégali-' tés qui l'ont le tourment des observateurs. » Ici Delambre s'élève vraiment jus(|u'au bon sens : je dois le citer : « Jlais, ce qui doit consoler [les observateurs], c'est qu'a|)rès avoir multiplié les séries de ces angles douteux, on en trouve toujours j)liisieurs qui tiennent assez exactement le milieu entre toutes les autres, et c|ue le milieu entre toutes sans exception did'ére très peu de celles (jui ont été laites dans les circonstances les plus favorables. Le résultat est donc à très peu prés le même, soit (ju'on supprime les séries dans lesquelles l'écart est le plus sensible, soit qu'oai les réunisse à celles (pii sont évidemment les meilleures. Mais quel que soit le parti que l'on préfère, il me semble cpie l'on doit tout publier. Ces irri'gularités mêmes sont des faits qu'il importe de connaître. »

Bravo! En style plus sim[)le, jouez à la manille quand vous voyez mal les signaux, et attendez ([u'il fasse beau. En multipliant les mauvaises mesures, vous vous fatiguez inutilement, — et zut pour la théorie des probabilités! Quanil aux irrégularités, comme leur cause n'est pas douteuse, il est inutile de les cataloguer pour n'en rien faire par la suite.

Page 1