Expériences d'Abbadie sur la variation de la verticale
/". — Les expériences d'Abbadie ont été effectuées près d'Ilendaye, à 'lOO mètres de l'Océan, dans la cave d'un château construit sur de la roche marneuse, à 62 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer.
L'appareil est une sorte de lunette verticale, dirigée de haut en bas, dont le tuyau de 10 mètres de longl est formé d'un puits creusé dans la roche, surmonté d'un cône de maçonnerie percé d'un trou axial. Le cône a 8 mètres, le puits 2 mètres. Des escaliers permettent d'aller au fond du puits et d'observer au sommet du cône.
Au sommet du cône est cimentée une |)laque de laiton P, percée d'un trou central; elle porte un oculaire micrométrique autocollimateur m. Au fond du puits est installée une cuve à mercure M; la surface supérieure du mercure joue le rôle de miroir liorizoïilal. Au-dessus du mercure est un objectif achromatique 0 de 10 cm. de diamètre et de 10 mètres de distance focale. Les. fils du micromètre sont éclairés : on voit dans le champ oculaire leur image directe et leur image après deux transmissions à travers l'objectif et une réflexion sur le mercure.
1" à 10 mètres vaut 174,5 jnilliuiètres;
1" — — 48,4 microns.
Fig. 196.
340 GliOGIïArniE MA THÉMATIQUE
La réflexion sur le mercure double le déplacement angulaire : c'est donc 97 microns par seconde d'arc.
Abbadie prétend estimer un déplacement de 0",()3.
'2". — C'est le lieu de nous deniander ce qu'on mesure.
Il est d'abord évident qu'à supposer le sol iniiiiuablc, on mesure la variation de la verticale. La surface du mercure se dispose d'ellemême horizontalement. Peu importent ses déplacements verticaux dus aux changements de volume du mercure, aux déplacements du vase qui le contient,... : en raison du dispositif utilisé, la distance à l'objectif de la surface réfléchissante n'intervient pas. On peut donc espérer déceler, non seulement les déviations de la verticale produites par l'action luni-solaire directe, mais encore les déviations dues aux marées de l'Océan ([ui est voisin, déviations par conséquent dues à l'action indirecte de la Lune et du Soleil.
Malheureusement le sol se déplace. Il se déplace même tant qu'il est beaucoup plus exact de dire qu'on mesure ses déplacements au moj'en de la verticale supposée invariable, que de dire qu'on mesure les déviations de la verticale par rapport au sol pris comme repère fixe. Il est impossible de faire le départ entre les deux causes de variation, puisqu'on ne mesure que le mouvement relatif de deux mobiles. Suivant le déplacement qu'on attribue à l'un, on déduit pour l'autre un déplacement qui par sa composition avec le premier fournit le déplacement total : le problème est indéterminé.
Les remarques s'appli({uent évidemment aux pendules de Zôllner, de Rebeur, de Darwin,... comme aux niveaux de Plantamour, d'Orff..., comme à tous les appareils destinés à mesurer les déviations de la verticale.