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Position du problème

Le problème de la Cosmogonie consiste en ceci : quel état faut-il supposer au temps zéro pour que, par le simple jeu des lois de la Mécanique, nous trouvions au temps t le monde que nous voyons?

Surgissent immédiatement une foule de points d'interrogation .

Qu'appelez-vous temps zéro?

— J'appelle temps zéro ou origine des temps, le temps où il me plaît de mettre le commencement de mes déductions : ce temps n'a rien de commun avec l'origine du monde. Suivant mes prémisses, je le rapprocherai plus ou moins : par exemple, il pourra devenir tantôt 20 millions, tantôt 200 millions d'années, à compter du jour où j'écris, en arrière.

Qu'appelez-vous monde tel que nous le coi/ons?

Ici, cher lecteur, réfléchissez quelques minutes.

On ne retrouve au bout d'un sorite que ce qu'on a mis dans les prémisses. Les savants sont comme Robert Houdin et son chapeau. De son chapeau, Robert Houdin faisait sortir une cage, un oiseau, un dîner, voire une maison. Pour que cela sortît du chapeau, il avait fallu l'y mettre, soigneusement plié de manière que ça ne tînt qu'une place réduite. Développé, c'était gigantesque; tout de même au début cela tenait dans le chapeau.

Vous me demandez si de notre chapeau cosmogonique, nous ferons sortir le nez de Gléopâtre? Le nez de Gléopâtre, le fils de César et le ceinturon d'Antoine sortiront du chapeau, si nous prenons d'abord la précaution de les y mettre. Jusqu'à présent, on n'est pas arrivé à les fourrer dans le chapeau sans que le pied de Gléopâtre sortît; ce qui est contraire à toute bonne prestidigitation .

Vous ne verrez donc pas apparaître le nez de Gléopâtre.

Mais alors quel intérêt cela va-t-il présenter?

— Oh! ne me poussez pas; car je vous avouerais que les théories cosmogoniques me paraissent une énorme bouffonnerie quand on les présente avec ce sérieux de prêtres officiants que les savants mettent dans ces affaires. S'ils me disaient : «Amusons-nous à chercher le minimum d'hypothèses nécessaires pour constituer tel ou tel système mécanique! » je répondrais : « Allons-y! » comme

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quand on me propose une partie de dominos. Mais ils opèrent sur un autre ton! Au lieu de montrer que c'est à coup d'iiypothèses surajoutées qu'on finit par obtenir ce qu'on veut, ils se prennent au tour de passe-passe qu'une théorie cosmologique ne peut pas ne pas être : ils feignent de croire qu'ils créent le monde à partir d'une formule, tandis qu'ils ne font que sortir une formule développée d'une formule mise d'abord en moins de volume.

La science n'a jamais créé quoi que ce soit. Les propriétés des triangles sont dans les définitions et postulats dont vous partez; les théorèmes de Mécanique sont dans les définitions admises pour les forces. Si vous désirez faire apparaître le Soleil, les planètes et leurs satellites, vous serez forcés de mettre dans vos hypothèses le Soleil, les planètes et leurs satellites. Seulement comme vous tenez à épater le bourgeois (qui pourtant se soucie de vous comme d'une guigne), vous les introduirez subrepticement et sans avoir l'air d'y toucher. Vous croyez déduire le monde d'une nébuleuse indéterminée, tandis que vous le sortez de lui-même.

Là-dessus vous affectez des airs mystiques! Vous êtes aussi parfaitement grotesques que l'enfant qui feint de retrouver un mouchoir qu'il vient de déposer dans un coin.

Ceci posé et à la condition qu'on les prenne pour ce qu'elles valent, les théories cosmogoniqucs sont amusantes; elles méritent de retenir notre attention... quelques minutes.

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