II. — LA POÉSIE. — GIRART DE FRETE XV
à Charlemagne. Oa pouvait conjecturer avec vraisemblance que ce récit n'avait point été inventé par Andrea da Barberino qui vivait à la fin du xiv" siècle et au commencement du XV : le vraisemblable est devenu certain, maintenant que nous savons qu'il est fait allusion à ce même récit dans l'Entrée de Spagne qui est de la fin du xiu« siècle >■. On peut donc croire qu'il a existé une chanson 1 de geste de Girart de Frète qui ne nous est pas- parvenue. !
Il y a longtemps déjà qu'on s'est accoutume à considérer les histoires fabuleuses de Giràrt de Vienne et de Girart de Frète comme deux variantes du même récit *. Elles ont, en effet, deux traits communs : i^l'idée d'une lutte entre un vassal orgueilleux appelé Girart et Gharlemagne ; 2° le rôle imponant que joue la ville de Vienne dans l'un et l'autre roman. Mais c'est tout, et c'est bien peu. L'idée, du reste séduisante, sur laquelle repose l'assimilation des deux histoires, est qu'il s'est conservé dans la mémoire du peuple quelques parcelles de l'histoire réelle du comte Girart, et que ces parcelles ont servi de base à des compositions poétiques indépendantes les unes des autres. Mais qu'y a-t-il de commun entre les romans qu'on a faits au xii' siècle sur Girart de Vienne et Girart de Frète, et ce que nous savons de la vie du comte Girart? Le nom de Girart et celui de la ville de Vienne, qui -se rencontrent de part et d'autre, ne suffisent assurément pas à établir la continuité de traditions ayant pour point de départ le comte Girart.
1. Ant Thomas, Nouvelles recherches sur i'Enlrée de Spagne, chaAîoa de geste franco-ilalienne. Paria, 1882 {Bîblioth. des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome), p. 41.
ï. P. Paris, Hist, litt., XXII, 3q5 ; G. Paris, Hist. poél. de Charlem., 325 ; Longaon, l. l., 176.
XVI INTRODUCTION
On a récemment essayé de donner , par une preuve nouvelle, un peu plus de corps à l'hypothèse selon laquelle .le personnage fabuleux de Girart de Frète serait la transformation épique du comte Girart. ■ Girard de « i^rai/eoudef fv/c, »ditM.Longnon,a:estsans doute Il le produit des traditions provençales sur Girard, car son € surnom est tiré de Frète ou Fréta, localité du haut- « moyen âge qu'une charte de 982 montre avoir été le chef- « lieu d'un ager du comté d'Arles, et dont l'identité avec « la bourgade aciuelle de Saint-Remy ' (Bouches-du- « Rh6ne) semble sufhsamment établie, grâce au roman « artésien de TersinqueM.PaulMeyerafait connaître*. » M. Longnon avance ici comme un fait évident ce qui n'est qu'une hypothèse, et j'ajoute, une hypothèse dénuée de fondement. La cité de € Fréta », du roman de Tersin, Vager Fretensis cité dans une charte de 982, étaient, en effet, situés en Provence, à l'endroit qu'indique M. Longnon ', mais il est absolument impossible que la forme Fréta ait produit, soit en français, soit en provençal, la forme fraite ou frète *. Girart de Frète ou de Fraite tirait probablement son surnom de quelque Heu dont le nom latin était /rJC/â.
j En somme, on ne peut prouver que les poèmes de Gif ran de Vienne et de Girart de Frète n'ont pas cotiservé I quelque vague souvenir du comte Girart, mais l'hypothèse inverse, trop facilen^ent adoptée jusqu'ici, n'est ; pas non plus susceptible de preuve.
t. Saint-Remy est beaucoup plus qu'une bourgade.
3.. M. Longnon ne fait, du reste, que répéter ce que ('avais dit en 1871 dans la Romania, 1, 5()-6o.
4. On tait que le ( entre deux voyelles s'e^cc en franfais cl devient d en provençal.