II. — LA POÉSIE. GIBART DE ROUSSILLON XVII
Arrivons maintenam à Girart de Roussillon . Le poème que nous possédons sur ce personnage, et dont la traduction occupe le présent volume, n'est pas plus ancien que la seconde moitié du xu' siècle. Mais ce n'est pas une œuvre originale. C'est une oeuvre nouvelle dans la forme, non dans le fond. Notre chanson de Girart de Roussillon a été rédigée en la forme qui nous est parvenue d'après un poème plus ancien, dont elle a conservé en une mesure variable les récits. C'est une chanson rajeunie, ou, si l'on veut, renouvelée. Ces diverses propositions seront établies dans la suite de cette introduaion. Actuellement je vais faire passer sous les yeux du lecteur quelques témoignages d'où il résulte que Girart de Roussillon était connu comme personnage épi- ; que bien avant le temps oià fut renouvelée la chanson qui lui est consacrée. Ce serait peut-être ici lieu d'expliquer l'origine du surnom de Roussillon, Mais l'occasion de dire ce que l'on sait à ce sujet se présentera plus naturellement dans le chapitre suivant, où nous aurons à étudier un texte légendaire qui prétend indiquer le lieu où était situé le château de Roussillon '.
Les premières apparitions de Girart de Roussillon dans la poésie remontent au xi' siècle, plus probablement à la seconde moitié de ce siècle qu'à la première. Dans Roïant{\y. 797, 218g, 2409), il est l'un des pairs les plus âgés de Charlemagne, et périt, comme tous ses compagnons, à Roncevaux. Il y a là, comme OD voit, oubli complet du Girart de l'histoire qui devait être encore bien jeune lorsque Charlemagne mourut. Les données de l'épopée, qui placent Girart sous un roi
XVIll INTRODUCTION
du nom de Charles Martel, ne sont pas mieux respec- I tée$. Il est visible que l'auteur de Rolant a pris au ba- I sard ce nom de Girart de Roussillon dans ia poésie de ' son temps, sans se soucier le moins du monde de lui ' prêter un rôle qui pût s'accorder avec les récits courants.
Nous trouvons des allusions plus précises à l'histoire fabuleuse de Girart de Roussillon dans des chansons de geste moins anciennes, à ta vérité, que Rolani, mais dont les témoignages n'en ont pas moins une très grande valeur, parce qu'on peut prouver qu'ils se rapponent à une chanson de Girart de Roussillon différente de celle qui nous est parvenue, et sans aucun doute plus ancienne. Dans Tordre chronologique, nous rencontrons d'abord le témoignage de la vieille chanson de Garin le Lorrain. Ce qui résulte de ce témoignage, c'est que des guerres interminables avaient eu lieu entre Charles Martel et Girart et que le pays en était resté appauvri jusqu'au temps du roi Pépin, le successeur de Charles Martel. Citons les textes. Nous voyons d'abord le traître Hardré dire à Pépin, pour le détourner de secourir Hervis ftttaqué par les Hongres :
■ Hyvis est riches et enforciés d'amis,
■ Très bien se puet salver et garantir. > Tes règnes est soufreteus et chetis,
I II n'i a homme qui s'i puisse esbaudir, t Tant a Gerars, qui le RossiUon tint, a Gasté la terre, et trestout le païs.
{Garin le Lokerain, éd. P. Paris, l, 53.)