II. — LA POÉSIE. — GIRART DE ROUSSILLON XIX
Dans une autre occasion, il renouvelle la même objection :
( Drois empereres, entendes ci a mi :
• Cbarles Martiaus, qui maint estor vainqui
• (Jfaesu de gloire ait de s'ame merci!) ( Envers le duc Girart gueroia il;
• Maint orfe firent et maint homme niorir, t Dont mainte dame remesrent sans mari.
• Mort sunt li père, si sunt petit li fil,
• Tes regn£ est povres et d'argent escheris.
(fbid., I, 76-7.)
Et plas loin :
t La terre est povre et li pals gastés
• Par dant Gerart qu'est de Roucillon nés,
• Et par paiens, les culvers defaés.
[Ibid., r,8i.)
Jusqu'ici il ne s'agit que de ravages effroyables, résul- ' tats d'une guerre prolongée. De telles allusions pourraient être rapportées à la chanson renouvelée, si le renouvellement n'était, selon toute apparence, postérieur à Garin le Lorrain. Mais voici une autre allusion qui ne peut, en aucune -façon, s'expliquer par la chanson renouvelée. Henri de Montaigu, cousin de Garin, s'adresse en ces termes à Pépin :
• Drois empereres, • ce dîsi li dux Henrïs, < Montagu tieng de vous et mon pats,
• Et sui cosins germains au duc Garin,
• Et sa seror fu ma mere Helols.
• Onques mes aives li Loherens Hervis
• Le vostre père, par mon chief, ne trait, ■ Si comme fat Hardrés li vîésjloris
• Envers Girart qui Roucillon maintint. ■
XZ INTRODUCTION
Le traître Hardré ne figure pas dans le Girart de Roussilîon qui noua est parvenu, et les querelles entre Charles Manel et Girart y sont déterminées par de tout autres motifs.
Voici enfin un dernier témcHgnage, signalé pour la première fois par M. Longnon ■, et qui mérite une attention toute particulière. Il ne nous est pas fourni par un écrit bien ancien. La rédaction de Renaut de Montauban (autrement dit les Quatre fils Aimon)^ d'où il est tiré, ne remonte sûrement pas au-delà des dernières années du xii' siècle, mais le récit auquel ce témcMgnage se rapporte est bien antérieur, comme on le verra plus loin. Notons que ce récit ne figure point dans notre chanson de Girart 'àe Roussilîon, d'oiî il est permis de présumer que l'allusion de Renaut de Monlauban se réfère au vieux poème perdu de Girart de Roussilîon. Le fonds de ce récit, c'est que l'empereur Charlemagne aurait été battu et pourchassé jusque sous Paris par Girart de Roussilîon. Voici comment l'allusion est amenée dans Renaut de Montauban. On apporte à Charlemagne la tSte de son ennemi, le duc Beuve d' Aigrement. L'empereur manifeste son contAitement. Puis l'auteur continue ainsi (édit. Michelant, p. 4^1) :
Se li rois ta fu liés, puis en ot marrement. Girars l'en guerroie cui Rossilloas apant Et Doon de Nantueil 0 le grenon ferrant. Cil mandèrent a Karle molt grant desfiement, Puis l'enchaucierent il, le confanon pendant, Dusque desos Paris en .). pré verdoiant; L'esperon ne donast por plain .j. val d'argent; Mais puis se racorderem par le los de lor gent.
^.R^v.k^ll.,\\ll, aj3.