‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 167 sur 406 · Il portait sans doute la lance appuyée sur le pied · texte numérisé non relu

Il portait sans doute la lance appuyée sur le pied

4. Ou a de Mon Espel n, dans P. Ce personnage qui ne réparait plus dans la suite, a proljablemenl été învenid pour le betoio de ti

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n grillon, si je ne le pousse l'épée à la main de telle sorte » que son beaumeauradelapeineàflui garantir la tête; et si n Dieu veut que je me rencontre face à face avec lui en bail taille, jamais roi n'aura éprouvé douleur comparable à la

> sienne! i

58. Les trois messagers s'apprêtent ; 11 ne veulent pour rien au monde, faillir à leur droit seigneur et ne pensent qu'à servir Girart à son gré. Ils sortirent par une petite porte, sans être vus de Charles ni des siens, et vont chercher du secours. Mais, avant de le revoir, Girart aura lieu de soupirer. Il eut une idée folle : ce fut de faire occuper les murs par ses bourgeois. Il les pria de veiller comme s'il y allait de leur vie. 1 Et si Charles vient vous assaillir, jetez pierres et ro-

> ches, avec telle violence que vous les faciez reculer loin en » arrière. > Ils se soucient bien de ses recommandations! Dieu les ' maudisse ! Ils les oublièrent dès qu'il se (ut éloigné : qui a gentille femme va jouer avec, et qui n'en a pas, va trouver sa mie. Tous par le château, vont se coucher, vous n'auriez entendu parler ni sooiîer mot, ni sentinelle jouer de la flûte, ni cor retentir. On n'aura pas de peine désormais à les honnir. Le garçon se leva, celui qui devait les trahir et faire entrer Charles et les siens.

59. Girart fit une autre chose qui lui porta malheur. Il envoya à la tente du roi don Fouchier le maréchal '. Foucbier Bt un tel enchantement qu'il ne reste plus ni pavillon ni iref ", ni pomme- d'or cuit d'Arabie ou de cristal 3. Puis il vint sous te Mont Laçois 4, dans la plaine. Là paissent cent

1. Cù personnage, qui cet ici représenta comme un enchanteur, comme Maugis dans Renaut de Montauban, est peut-âtre à rapprocher du Folcers h laire qui figure au v. laSi des fragments A'Aigar et Mauria, publiés récemment par M. Scheier.

1. Sorte de tenie. Il faut conserver ce mot. - 3. Les boules qui surmontaient les tentes.

4. Mont Lascoa, Oxf., Mon Leo dans P. (v. 35 ij. Le mont Laçois, connu mainienanl sous le nom de montagne de Vix (Vil est un vil-

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28 GIRABT DE ROUSSILLON

mulets et cent chevaux. H les emmène tous, les fait charger de butin, passe sous Roussillon au premier chant du coq, et entre â Escarpion ■ par la grande porte. La vaisselle d'or qu'il y mit en sûreté, je ne saurais en évaluer seulement le poids. Girart cependant reçut un terrible échec, car il perdit Roussillon, le château souverain, par Richîer de Sordane son sénéchal.

60. Ah Dieu ! qu'il est mal récompensé le bon guerrier qui de fils de vilain fait chevalier, et puis son sénéchal et son conseiller ' ! comme 6t le comte Girart de ce Richier, à qui il donna femme et grande terre; puis celui-ci vendit Roussillon à Charles le fier. Dieu ! pourquoi fallut>il que le comte ne le sût point la veîUet il y aurait eu à la porte un meilleur portier.

6 1 . Girart avait un ami, son homme de confiance (c'était bien mal employer ses soins), â qui il donna femme et fief. Ce garçon résolut un soîr, étant couché, de trahir son seigneur pendant son sommeil \ il se chaussa et se vêtit sans tarder,

lage voisin), est situé entre Polhières et Châti lion -sur-Seine. Il tirait son nom de l'ancienne ville de Laiisco, détruit à l'époque des invasions barbares. Sur les limites du pagus Latiscensis , voy. d'Arbois de Jubainville, Bibliothèque de l'école des Chartes, 4' série, IV, 34.9-54.

1. Ici et plus loin {J 75) Carpion dans Oif., mais Escarpion au I 91, Escorpio, dans P. (v. 336); ce lieu, d'où Boson, l'un des cousins de Girart, tirait son surnom, a r<!sislé â toutes mes reclierches.

3. Cette défiance à l'égard des vilains est constante au ,iiioyen Jge el se manifeste densdes écrits de nature très-différente, et même dans des compositions (par exemple Baudouin de Sebourg], qui se distinguent par une grande liberté d'idées. Dans le Couronnement de Louis, Charlemagne, conseillant son lïls, lui dit (édit. Jonckbioet, v. 306-10; :

El autre chose t« v«ill. (ii, accoinlier

Dans le Roman d'Alexandre, Aristoie donne des conseils, tout sem-

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vint au lit du comte, prit les clés, ouvrit précipitamment la porte, et vint courant à la tente de Charles. Arrivé à la porte, 11 Dites-moi votre pensée : celui qui vous rendrait » Roussillon, en serait-il récompensé? aurait-tl en France » aucun fief? » Et Charles répondit aussitôt : .( A sa vo- » lonté, ou Ravennc, ou Bénévent ; je lui laisse le choix ; > et il ne l'aura pas si pauvrement qu'il n'eu ait, s'il peut » longuement tenir la terre, mille chevaliers sous ses or- II dres. — A cette condition, je me donne à toi et te rend le ■ château. > Charles, tout le premier, s'apprête, ses hommes s'arment également, et avant que l'aube eût paru , ils occupaient les approches de Roussillon, et le gardon leur rendait les clés de la porte. Je ne sais ce que deviendra Girart : si Dieu ne le conseille, il est perdu.

62. Charles prit Roussillon sans qu'il y eût porte brisée, pierrière ni palissade dressée, ni donné coup de bâton ou de hache, sans qu'aucun chevalier aitreçuliorionni blessure(?). Les bourgeois firent cette nuit une folle garde. Ce fut eux qui y perdirent le plus ; toute la maie honte retomba sur eux. Ah ! Girart, riche comte, que t'ont-t'ils fait lâ 1

blables à son royal élève (voy. édii. Michelant, p. U, v. 35, et p. a3i, V. 4 et sutv.) On lit dans Cleomadès (&lit. Van Hasselt, v. 161-4) ■ Li baua homi moutt folcmcnl œuvre Qui gr.nl cvDKil v[laia descueïre, Ç»r qui par vilain veul ouvrer De 9'onaour bien doit msurrer.

Dons Baudouin de Sebourg. (I, iio, v. 739) :

Qui d'un serf fait signour il a malviis loier. Adam de la Halle (^. Cousscmakcr, p. 45) dit de m£nie : Car qui de Mrf fait «ignour Ses anemia mouteplie.

La mâme idée a été exprimée avec concision en latin : o Non exala tabis servum «, est l'un des conseils qu'un chevalier français, sur lu point de mourir, donne à son fils, selon Gautier Mape , De nugis curialium, p. 106.

3o GIRART DE ROUSSILLON

63. Le comte Girart reposait dans use tour; il n'y avait avec lui que trois comtors '. Ceui-ci s'étaient endormis au frais. Le comte se réveilla au bruit; il entend le tumulte et la rumeur que font au dehors damoiseaux et vavasseurs, étrangers e: hommes de la ville, grands et petits, qui appellent Girart leur droit seigneur : il revêt son haubert et met son heaume le plus fort; il prend sonécu et sa meilleure lance, et court où il savait qu'était son cheval. Déjà quatre vauriens l'entraînaient; à chacun il fait voler la tète, puis il monte vitement et s'enfuit plein de tristesse par une petite porte, en appelant le roi traître parjuré. Dieu ! quelle atllictton pour un comte de perdre sa terre !

64. La nuit était ténébreuse lorsque les hommes deCharles entrèrent par le mur. Ils occupèrent vigoureusement les rues, et parmi eux il n'en était pas un qui ne complotât ou ne jurât la mort de Girart. Le comte s'enfuit, malgré tout, par une petite porte' peinte d'azur. Son cheval l'emporte d'une telle allure que je ne crois pas qu'aucune bête meil< leure paisse l'herbe. Il jura par saint Martin le bon tafur ^,

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