‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 18 sur 406 · III. — L ANCIENNE ET LA. NOUVELLE CHANSON XXIH · texte numérisé non relu

III. — L ANCIENNE ET LA. NOUVELLE CHANSON XXIH

Quave épouse Eloyse soeur cadette de Bette. A ^ mort des parents de ces deux femmes, une guerre a lieu entre Charles et Girart, chacun prétendant avoir droit à l'héritage. Le roi chasse du rayRume Girart, qui, réduit à se cacher, exerce pendant sept ans, par esprit de pénitence, le métier de charbonnier, tandis que sa femme s'est faite couturière. (19) Au bout de ce temps, une veille de Pentecôte, Girart et sa femme se présentent en habit de F>élerîn a la reine, qui les reconnaît, et bientôt réussit à rétablir la paix et l'amitié entre le roi et Girart. (3t) Girart et sa femme se livrent à la pratique des bonnes oeuvres. (34) Mais bientôt le roi, excité par de mauvais conseillers, cherche une querelle à Girart. (44) Girart, suivant le conseil d'un sage vieillard de sa cour, envoie au roi un messager chargé de paroles de paix. Ce messager est repoussé injurieusement. Girart en envoie un second sans plus de succès. (54) La bataille a lieu à jour convenu, et le roi la perd. Girart, toujours magnanime, défend de le poursuivre. |6i) Le roi tente de réparer sa perte par une nouvelle bataille. Avant d'en venir aux mains, Girart offre, comme précédemment, de faire droit, mais ses propositions ne sont pas agréées. La guerre recommença terrible, et, selon la rumeur populaire, il n'y eut pas moins de douze ou treize batailles entre eux, le roi étant finalement obligé de se réfugier dans Paris. (68) Lk, tandis qu'il cherchait les moyens de continuer la lutte, un ange lui apparaît qui lui enjoint de faire la paix avec Girart. Le roi adresse alors à son adversaire des propositions que celui-ci s'empresse d'accepter, et les deux adversaires concluent une paix définitive.

I73) Girart eut de Bene, son épouse, deux enfants qui mounirent avant leurs parents. Après cette perte, Girart et sa femme se livrèrent avec plus d'ardeur que jamais k l'accomplissement des oeuvres pies. Ils firent construire en l'honneur des douze apôtres douze monastâres, dont chacun contenait douze moines. Les deux plus illustres furent celui de Vezelai et celui de Pothîères, ne relevant que de Rome. (83) Miracles qui s'accomplis* sent pendant la construction de chacune de ces abbayes. (101) Descriptîoa du lieu où est située l'abbaye de Pothières et du montLaçois qui est voisin. Sur ce mont était autrefois une ville forte appelée Rossilloti, comme l'attestent des ruines importan-

XXIV INTRODUCTION

les. Les Vandales la tinrent sept ans.assi^ée. Au bout de ce temps, les habitants, manquant de vivres, songeaient à se rendre, lorsqu'ils réussissent 'a tromper leurs' ennemis par l'emploi d'un stratagème qui consistes laisser tomber aux mains de l'ennemi un jeune taureau nourri abondamment du peu de froment qui restait dans la ville. Les Vandales prennent le taureau, l'ou- . vrent, et, le voyant plein de froment, s'imaginent que les assiégés ontencore des vivres en abondance, et lèvent le siège. Mais les habitants se mettent imprudemment à leur poursuite; les Vandales leur résistent, les mettent en déroute, et rentrent avec eux dans la ville qu'ils ruinent de fond en comble. Mais ensuite la division se mit parmi les Vandales, et ils se détruisirent les uns les autres, (lai) La ville fut rebâtie plus tard, mais sans atteindre h l'importance qu'elle avait eue jadis. Elle devint U résidence du comte Cirart. Etymologies diverses du nom de Roussillon. C'est près de là qu'est situé le monastère de Pothiètes (• Pulterias, quasi pulverem terens ■).

|i36) Vient ensuite, sans transition, le récit d'une nouvelle guerre. Une querelle s'étant élevée entre le roi et Girart, le premier assiège Roussillon et s'en rend maître par trahison. |i3i) Girarl ne tarde pas à reprendre son château k la suite d'un combat qui fut si sanglant que la vallée où il se livra fut depuis lors appelée n vallis sanguinolenia *. (i37) Puis a lieu, à jouf convenu, k Val-Béton, entre Vezelai et Pierre-Pertuise, une bataille plus sanglante encore, à ce point que la rivière qui court par cette vallée (Val-Beton) perdit son nom d' ■ Arsis * pour recevoir celui de «.Core • (■ a dolorecoriùeorum quorum amici ibi interierant »). (148) Mais, au moment où la lutte était le plus acharnée. Dieu fit un miracle pour séparer les combattants : la terre trembla et les bannières des deux armées furent brûlées par le feu du ciel.

(i5o) Miracles accomplis en faveurde Girart. (i 67) Berte meurt sept ans avant son mari et est enterrée fa Pothières. Girart mourut è Avignon, et, à ses derniers moments, .fit promettre, sous ta foi du serment, fa ceux qui l'entouraient de faire transporter son corps à Pothières, afin qu'il y fût enseveli auprès de celui de son épouse. (180) Débats qui s'élèvent après sa mort : le peuple veut absolument garder le corps. On le garda en effet;

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m. — L ANCIENNE ET LA NOUVELLE CHANSON XXV

mais Dieu fit paraître son mécontentement de ce que les intentions du comte n'avaient pas été accomplies. Une sécheresse qui dura sept années frappa la terre de stérilité, et les habitants moururent en foule de misère et de maladre. On ordonne un jeûne de trois jours. La troisième nuit un ange apparaît à un religieux, et lui fai/connaître la cause de la colère divine. On se décide alors à transporter le corps à Pothières, où il est accueilli avec enthousiasme- (igS) Des miracles s'accomplirent alors et depuis sur la tombe, mais le récit en a péri dans l'incendie du monastère. On racontera ceux qui se sont produits dans les temps récents et qui sont attestés par des témoignages certains. — Série de miracles.

8 2. — Eléments à l'aide desquels ta Vie latine a été composée.

It est, à première vue, évident que nous sommes en présence d'une de ces pieuses légendes dont le but n'était pas entièrement désintéressé, comme on en a tant composé au moyen âge. Le but de l'écrivain, qui était sans doute un moine de Pothières,a été visiblement d'attacher au nom de Girart un renom de sainteté, et, par suite, d'attirer à son couvent, où reposait le corps du personnage, un nombreux concours de pèlerins. Il n'est pas moins manifeste que cette vie est formée d'éléments divers entre lesquels on peut reconnaître des emprunts à des récits épiques'. Ce qui nous importe, c'est de savoir quand elle a été composée, et quels récits poéti-

I. La première phrase du doc de* rédt* populaires sur son héros : n Gesta nobiliuimi comiiis Girard! s de Rotsellon, quanquam jubililorio fsvorc in populls ubique mul> ■ tipliciter divulgentur... n D'ailleurs, on ne voit pas d'où le surnom de a Rossellon ■ aurait pu Sire tiré, siuon d'une chanson de geste, puisque ce surnom ne paraît pas dans les documents historique*.

XXVI INTBODUCTION

ques elte a mis à contribution. A. ces deux questioas on peut répondre avec certitude. Il y a dans le texte de la légende des mentions historiques qui ne permettent pas d'en placer la composition plus bas que les premières annéesdu xii' siècle. Selon toute apparence, elle date de la fin du siècle précèdent '. Ce point acquis, on peut se tenir pour assuré que l'auteur de ta légende a fait usage de l'ancienne rédaction du poème, puisque la nouvelle n'existait pas encore. On conçoit, dès lors, que la Vita nobilissimi comilis Girardi de Rossellon est le témoignage le plus précieux que nous possédions sur le vieux poème perdu, mais c'est un témoignage qu'on ne peut accepter en bloc et dont tous les détails demandent à être vérifiés. Le but du moine de Pothières était de transformer en saint un héros épique, plein de belles qualités assurément, mais ayant aussi, même au point de vue indulgent du moyen âge, d'assez graves défauts. On pctt imaginer que le pieux hagiographe ne se sera pas fait faute de modifier ou de supprimer tout ce qui, dans la vieille chanson de geste, s'éloignait trop de son idéal. D'autre part, il a certainement mis à profit des informations puisées à des sources autres que la chanson de geste. Cherchons à enlever de son récit tous les éléments visiblement étrangers à l'ancitn poème de Girart : ce qui subsistera nous représentera passablement ce même poème.

Les éléments -étrangers à l'ancienne chanson peuvent se classer sous trois chefs : i° notions historiques sur Girart et Berte et sur leurs parents ; 2" fondations pieuses et miracles ; 3° tradition locale sur le mont Laçois.

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