‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 199 sur 406 · Cf. Ofier, V · texte numérisé non relu

Cf. Ofier, V

Ains ptucnl outre la mer 1 nage.

Au Sainl Sepalcre ferii pclsriiuge.

Que voftre boa de tot en tot oc facfae.

On a une infinité d« témcMgnagei qui constatent ce genre d'engage-

» et maintenant, Aimon, guidez-nous, puisque vous nous » avez amen^.

127. — Je guiderai bien volontiers, u dit Aimon, « mais » mon cœur est triste et courroucé pour cet empereur qui » est ^ fier. Sire roi, pour la dernière fois, recevez les otages u de ces chevaliers I — Non certes, » dit Charles, a mais ce M mois de mai et juin tout entier passeront, et je serai sur la

I terre de Girart. C'est moi qui ferai sa moisson : je tranche-

II rai ses vignes et ses vergers, et je verrai la mcsnie qu'aura . n Fouchier;ilpeut,[dît-il,]menercontremoimiilechevaliers',

n et sa terre n'a pas mille pas ! Mais il se repentira d'avoir 0 eu telle pensée, le larron ! s'il se laisse prendre, je le ferai » pendre plus haut qu'un clocherl — Ah! roi, » répond Fouque, « tu parles légèrement! Tu as dans le cœur de " mauvais desseins ; la bataille aura lîeu, puisque tu la veux, M mais prends garde que Fouchier te rencontre en champ de » bataille ! Il a des instincts cruels et sanguinaires. Il n'y a « homme plus entendu en aucun métier, ni épervier plus » habile à prendre la caille * que lui n'est exercé au métier 11 des armes. U tiendra contre vous mille chevaliers. Pour » nourrir ses hommes, il ne fait pas de distributions de u viande; son sénécfaal ne vous donne pas quatre pains ni u son bouteilter deux pleins hanaps de vin, mais on remet

ment ; vojr. Raoul de Cambrai, v. 6i (Outre la mer les en ferai nagier), Reaaut de Montauban, id. Michelant, p. a3S>6, 1S8, etc. On tsit que l'eiil outre-mer, c'est-à-dire en Terre-Sainte, était l'une des pénitence* imposa par l'hlgliae dam le» cas graves ; voy. t.. Lalanne, Des Pèlerinages en Terre-Sainte avant les Croisades {Bibl. de l'École des Chartes, i, II, ia-4).

I, Voy.i ii3.

3. Comparaison courante; ainsi Peire Vital (Dogoman senher) :

Caqui meieis caat hen» lor me meatau, Mi tcmoD plus que cailla* uparrier.

Et BertTdn de Born [Mîeg sirvenlesj :

Ani vol guen'a nuis qu qitalbi caparvicri.

» la monnaie aux pourvoyeurs, et ce n'est rien de moins » que du pur argent '. Il sait se faire sa part dans les trésors » des barons, de ceux qu'il sait mauvais et usuriers; il n'y s » fermeture ni clous d'acier qui puissent les garantir, car il - » sait plus de magie (?) qu'un magicien {?]. Ce n'est pas loi » qui ferait tort à aucun voyageur, bourgeois, vilain ou » marchand, mais U où il sait qu'il y a un baron cupide » ayant quatre ou cinq châteaux, c'est l'avoir dont il se » montre large et généreux. Il a sur vous l'avantage de pos- » séder un pan de la Lorraine, du côté de Montbéliart, sur n Causiers *. Il en aura en aide bien sept mille hommes. » Là dessus ils quittent la place, descendent rapidement par les escaliers jusqu'au perron ^, où les attendent leurs écuyers qui ont amené les armes et les destriers. Fouque s'est renforcé de mille chevaliers, et Fouchier de quatre cents djimoiseaux légers, pris les uns et les autres comme soudoyers, à la cour [du roi]. C'est Fouchier qui recommencera la guerre. 128. Entre le mur et le palais, sur une terrasse, il y a des perrons cimentés avec art, ornés d'une décoration d'animaux * figurés en mosaïque avec un or resplendissant. Le

I . Payer en espèces monayées quand on pouvait payer en nature, c'était, pour le xi' siècle surtout, la marque d'une richesse exception oelle. Ce paisage est inintelligible dans P. où les vers iSoget t Su sont corrompus.

a. P. Chasiers (v. i5i4).

3. Perron est au moyen âge un terme assez vague qui désigne toute

A- Ob art de bestiaire Otî., a obra besliaria P. (v. i536). Il y a abondance de leiles et de monuments qui constatent l'emploi de représentations d'animaux dans la décoration. Ainsi dans Floire et BiMcheflor, 1" veraion, edit. Du Métil. p. ï3 :

N'a lous ciil beste ne oîmI Ne soil ateii en ai tombel.

Ne KrpcDl qu'os uche Domer,

Cf. la 2' version, ibid., p. 167.

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pavement était de marbre >. Au milieu il y avait un pin qui protégeait contre la chaleur. L& soufflait un air doux qui embaumait plus qu'encens ni piment '. D'une pente sort une fontaine ; it y avait un cerf {î) d'or [de la bouche?] duquel jaillissait l'eau. L'entrée de ce lieu est interdite aux hommes de basse condition. C'est là que Charles Martel tint son parlement avec son conseil principal, tout secrètement. Don Fouque lui a dit ce qu'il pensait, puis est parti avec les siens sans qu'il y ait eu congé donné ni demandé. Il se rend à Saint-Eloi où l'anendent plus de sept cents des barons de la terre. L'sbbé Joffroi prit le premier la parole : « Que feras-tu de tes hommes ^ > il faut y » pourvoir. Partiront-ils ou resteront-ils ici ? — J'y ai pourvu » au mieux que j'ai su », dit Fouque. « Je ne veux pas qu'ils M perdent honneur ni chasement *, mais que ceux qui ne » possèdent ni terre ni tenure, aillent trouver Fouçhier, » mon parent, qui fera riche jusqu'au plus pauvre d'en- » tre eux. » Sur le champ plus de quatre cents lui prêtent serment, dont pas un ne lui fît défaut, pour or ni pour argent, puis chacun va s'armer. Aimon le comte let guida jusqu'à ce qu'ils fussent en sûreté.

129. Aimon les a guidés hier, ainsi fera-t-il aujourd'hui : il eut sous sa sauvegarde Fouque et Fouçhier et cinq cents

1. D'après P. (v. i538); la leçon d'Oxf., de clarematre vitre m'est obscure.

2. Ne pas perdre de vue que le piment est une boisson épicfe et sans doute parfumée.

3. Les hommes qui dépendaient de son fief d'Orléans, voy. j 1 1 6.

4. Je conserve les expressions du texte wns pouvoir déterminer le sens précis de chacune d'elles, sans même pouvoir affirmer que l'auteur ait entendu désigner par honneur et par chasemtnt deux sortes de bénéfices. L'un et l'autre en effet sont concédés à titre viager, du moius i l'origine, La différence eal que le ctuamentum est toujours une concession de terre, tandis que Vhonor est une concession quelconque, celle d'une dignité par exemple.

GIHART DE HOUSSILLON 7I

chevaliers ; ils traversent le pont de Loire.... ' Ils laissent de côte la vallée et le Pui Monlui, et, lorsqu'ils arrivèrent au gué deSaînt-AmbruI >, Fouque regarda amont.... ^; il vît une enseigne blanche dans le bois... *, trois petits gonfanons et [il entendit] un grand cliquetis [d'armes] : ce sont mille chevaliers qui marchent à la suite de Milon d'AIuï. Fouchier eut envie de se mesurer avec eux.

t3o. Fouchier dît â don Fouque et à Atmon de Bel-Air: c Je n viens de voir cinqgonfanonssortird'un bois. Ilyaderriére n mille chevaliers, selon mon estime : c'est un puissant vas- » sal du roi qui va le servîr. Si vous vouliez me le permet- » tre, j'essaierais de vous les déconfire. — C'est une grande » folie que je vous entends dire, » répond Aimon ; «■ vous » êtes sous ma sauvegarde pour votre protection, et je ne » dois pas non plus faillir à Charles, mon seigneur. Si vous n êtes cinq cents, ils sont un millier d'hommes tels qu'il n'y » en a pas en toute France de meilleurs : deux chevaliers » peuvent bien venir à bout d'un seul, le prendre et le tuer H s'il veut se défendre. » — a J'en ai tel dépit >, dit Fouque, » que j'en soupire I » Fouchier ne put supporter cette honte : il s'éloigna avec les siens et se rendit k son château, â Mont-Espir ^, qui est à l'extrémité de-la Bourgogne sur le puî de Mir. II ne craint duc ni comte à l'attaque ; de U il guerroiera contre Charles. Fouque se rend â Bel-Air, un château où Aimon le fait servir.

i3t. Fouque arrive i la nuit à Bel-Aïr; personne ne serefuse à le servîr. Les hanaps remplis tenaient un muid.

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