‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 340 sur 406 · Béton, dans P. v. l'i^^ii · texte numérisé non relu

Béton, dans P. v. l'i^^ii

ioïGooqIc

5 10. Girartesten Ardenne le soir; il n'y a chose au monde dont il puisse tirer avantage. Il vit son cheval ' blessé, perdant l'haleine. Il le prit par la rêne du frein doré, sortit du bois, vint au moutier. [Son compagnon était blessé et respirait i peine ' ]. Girart trouva un ermite bon chré* tien qui lui ât un bon feu et un lit <ie foin, et y coucha le blessé. Le comte lui vit la poitrine pleine de sang et lut de~ manda s'il pensait en revenir. — « Non, pour rien au » monde. Jamais je ne verrai homme de mon pays. > Girart fut saisi de douleur.

5 1 1 . Girart est sorti du bois; il vint au moutier. Il attacha les chevaux à un laurier et demanda des nouvelles de sa femme. Elle sortit de l'église un psautier à la main; avec elle était Engoïs, nièce de Rainier'; on ne trouverait meiU

- leure personne en aucune terre. Girart demanda si en ce lieu il y avait un prêtre. Et l'ermite répond : < Pas même un » clerc. Il y a plus de six ans que je garde une damoiselle > recluse, tille de Beron, nièce de Didier, lui fournissant les » vêtements et les vivres dont elle a besoin *. ■ Toutefois, on confessa le chevalier Uessé, et bientôt l'âme partit de son corps. Girart en fit grande douleur; il s'arrachait les cheveux et se frappait des poings. 11 n'y avait là ni chandelle ni encensier, mais seulement la croixj le feu, le brasier. La nuit vinrent des larrons qui enlevèrent & Girart ses armes et son destrier \ Voilà une douleur qui s'ajoute aux autres.

5 11. Quand la nuit fut passée, que te jour eut paru, vous pouvez croire, chevaliers, que ce fut une grande douleur

I. a Son vassal > dans Oif., mais la lefon de P. (v. 64S4) s'accorde mieux avec ce qui suit.

>. Vers restitué d'après P. (v. 6437; .

i. Celui qui parait aux gg 164, 3t^ 3^6.

4. Celle phrase, qui manque dans P., s'accommode assez mat avec ce qui précède et ce qui suit.

b. Et sani doute en mCme temps les clievaux de ses trois compagnons; il y a aufcrans au pluriel, au i suivant.

ioïGooqIc

GIRARTDE ROUSSILLON 235

pour ie comte, d'avoir perdu ses armes et les chevaux. Engois resta U à la garde de Dieu. Plus tard, le comte Bertran la prit pour femme'. Celui qui montre trop d'orgueil, je ne l'estime pas un gant. C'est pour Girart que je vous dis cela, qui, pour avoir été trop orgueilleux, fut ensuite ruiné pendant vingt-deux ans. Mais ensuite, sa fin fut telle, dit la chanson, que jamais homme ne fit meilleure.

5i3. Quand la nuit fut passée et que le jour commença, Girart vit qu'il avait tout perdu ; il ne savait que faire, il s'écriait : a Malheureux pécheur I » L'ermite lui dit : « Caln mez-vous, frère. Priez Dieu et sa mère de vous aider, de » vous conseiller. II le peut bien. Voyez-vous ce chemin qui n mène à Rancâire'? Vous traverserez un bois de chêne' T de la forêt d'Ardenne, et vous ne tarderez pas à rcncon- » irer un ermite, qlii est si vieux, si blanchi, qu'il en est » tout courbé. — Par Dieu! dît la dame, j'y veux aller; il » nous conseillera ce que nous pourrons faire. »

S 14. L'ermite les conseilla sagetpent, et, en homme charitable, il leur donna à souper du cidre de sa façon- et du pain d'avoine ; puis il les mit dans la voie et les conduisit à travers une clairière de la forêt d'Ardenne. Vers midi, ils arrivèrent à l'ermitage; là, ils trouvèrent le saint homme qui souffre pour Dieu. Il ne portait point de vêtements tissés, mais une peau de chèvre, avec des haillons de laine « sur l'échine ; il était prosterné à terre, les genoux et les coudes nus, et priait Marie Madeleine de lui inspirer des prières salutaires.

Page 1