Le comte Girart appela Araln. n Dis-moi, comment
> iras-tu, de quel côté? ^- Sîre, tu ne mèneras pas plus de
> trois compagnons. Fais aller ta gent du côté de Sencs-
> gart. D.Girart fît ainsi; il mit pied à terre en un défrichement jusqu'à la tombée de la nuit. Us descendent sous le château, en un jardin ; ils attachent leurs chevaux à distance les uns des autres. Ce gars est riche aujourd'hui de mille marcs; demain, il n'aura plus rien.
èij. Le gars tes conduisît jusqu'à la maison '.sans qu'ils fussent découverts, car il n'y avait pas de sentinelle.
II les fit mettre à couvert sous une voûte, jusqu'au moment où vint la comtesse avec le clerc Gui*. Le pèlerin tenait le sac et le bâton. Ils les suivirent de loin. Enfin, la comtesse s'arrêta, en un champ, tandis qu'ils restaient cachés derrière un buisson. Une lueur plus vive que celle d'une torche descend du ciel sur la comtesse. Girart vit le pèlerin qui empUssaitdcsablele sac qu'elle lui tendait agenouillée. Girart le vit; il en fut heureux. 11 appela Andicas et Bedelou : n ïïei-
:. On sail que Varchitriclinui du récil des nocei de Ctna (Jean, II, H, 9) est devenu, pour les gens du moyen ftge. un nom propre) voy., par ex., Du Cange, akch irai cli nue i.
3. Ce tongeeti la contrepartie de celui de Berre, ci-dessus,^ 641-3.
î. Du pÈlerin, cf. 8644.
4. I.e chapelain de Bene, qui sera menlionné de nouTdau au J euivint, et dont la pr£tence à celte œuvre pieuse ■ iié annoncée à ta fin du Î645.
3lO GIRART DE ROUSSILLON
» gneurs, il faudrait avoir le cœur mauvais et félon pour » croire ce que peut dire sur ma femme un fou ou un gars. — Comte, tu peux bien voir se vérifier ta vision. Puisse » Dieu te conTondre, et ce sera justice, si jamais tu chausses M éperon pour la guerre! — Je m'en garderai bien, • dit-îl, > Dieu me pardonne! >> Et le gars s'enfuit; il aime mieux se réfugier dans les bois que dans sa maison.
638. Girart se tenait, lui quatrième, dans sa cachette. Une lueur descendit du ciel, par la volonté divine, au grand ébahissement du comte et des siens. Il vit Berte, sa femme, qui tenait le sac, Tautrey mettait le Sablonqu'U tirait du sol, et le chapelain Gui..... ' Girart, â cette vue, /ut transporté de joie : ■ Pèlerin, > dit-il, « vous ne serez pas battu pour » cela; au contraire, je compte bien vous donner bonne ré- » compense. »
659. Le sablon était pesant et grand le sac. Le pèlerin le tenait contre lui et marchait derrière ; la comtesse allait devant,! petits pas. Du pied droit, elle marcha sur sa robe et tomba en avant à terre. Cependant la perche [qui supportait le sac] resta droite. ■ Mauvais homme, relève-la, » dit Andicas*, Girart y courut, disant : i Misérable que je suis! » Comtesse amie, comme ton cœur est pur! Comme le mien » est mauvais, félon, diabolique! Tu l'es abimé le visage et n le front ! — Mon, sire. Dieu merci ! Et toi, comment es-tu » ici? — Amie, • dit Girart, n tu le sauras bientôt '. »
660. « Pèlerin, laisse-moi porter, car c'est mon affaire ; je » veux en ceci tenir compagnie à ma dame, et être de moitié
I. £ le capelaii Gui sal quam vol iac; ce vers an ae trouve que dan> Oif.
i. A Girart.
3. Les deux miraclet op£rte en faveur de Bene (U lueur qui descend du ciel, g 657-iJ, et la perche suspendue en l'air, { 6^9} sont encore ra-' contés dans la Vie latine de Girart de Roussillon, mais le premier est rapporté a la fondaiion de Vfielai, et le second à celle de Puthiire*. Voy. Romania, VII, tyi, 194, et, p. 119, la noie sur les Q 63-iat.
CIRART DE ROUSSILLON 3i]
B avec elle au gain. Je vous donnerai lout ce qui vous sera » niécessaire, vjvresen uboiiilance, deniers, vêtemenls, bain.
— Oui, sire, » dit-il, « si je reste avec vous ; mais je préfère y servir celui ■ de qui nul n'a lieu de se plaindre, a Le comte prit la perche, qui était neuve et de chêne ', et le comtesse, marchant la première, ne lâche pâs son bout et se montre vaillante ' jusqu'à ce qu'ils soient arrivés au mouEier oil les cloches sonnent.
66i. Girarr vît celte lumière resplendissante, il vit que la perche se tenait toute droite, sans incliner ni peu ni prou. 11 se sentit alors le cœur rempli de piété et d'humilité. Il soutenait la perche par derrière, elle par devant, jusqu'à ce qu'ils furent entrés au moutier. Les clercs chantèrent, entre eux ^ un chant d'actions de grâces pour ce grand miracle. Le comte ouït le service au point du jour,
663. Le comte ouït un court service le matin. U entra, avec ses privés, en ur.e chambre voûtée, blanche comme neige : » Comtesse, u dit le comte, « tu appartiens véritable- B ment à. Dieu : il fait pour toi de grands miracles, à ce que w je vois. — Sire, non pas pour moi, mais pour le pèlerin et » pour la Madeleine ^ pour qui Dieu ressuscita le juif '^.
— Je manderai, » Jit-il, « Barlhélemi, Tévèque d'Autun, et a André, pour mettre par écrit les miracles fqui viennent d'a-