‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 100 sur 306 · LH. LAS · texte numérisé non relu

LH. LAS

322. — Quand la proposition est négative, on emploie la première personne du pluriel du subjonctif (présent ou aoriste) précédée de la négation ne.

Ex. : Cac., in Verr., 11, #, 7, 15 : ne difficilia optemus.

Cicéron aurait pu dire aussi ne optaverimus.

REMARQUE. — En pareil cas, l'emploi de non, au lieu de ne, est exceptionnel. On évite de s’en servir dans la prose littéraire, bien que Cicéron ait dit :

P. Cluent.. 51, 155 : quoniam omnia commoda nostra legibus obtinemus, a legibus non recedamus.

323. — Subjonctif délibératif. — Comme en grec (cf. ci-dessus, 8. 311), le subjonctif présent employé dans une proposition interrogative sert à signifier qu'on est dans l'incertitude sur ce qu'on doit faire.

La négation employée est non.

Ex. : Tén., Ad., 184 : quid ego πο agam? — Cuic., in Verr., IL, 5, 1,2 : quid agam, judices? quo accusationis meæ rationem conferam ? quo me vertam 77

Τέκ., Eun., 46 : quid igitur faciam ? non eam, ne nunc quidem, quom accersor ultro ? An ita me comparem... ?

REMARQUES. — Le subjonctif présent est quelquefois, dans la langue familrère, remplacé par l'indicatif présent.

Ex. : PLAUT., Mil., 4400 : jamne ego in hominem involo ? 1406 : quem mox seco ? 1424 : verberone etiam 1 Etc.

Quelquefois une même phrase renferme l'indicatif et le subjonctif.

Ex. : Cic., ad Att., XVI, 8, 2 : Romamne venio, an hic maneo, an Arpinum.…. fagiam 7

324. — Les formes du subjonctif passé (cf. ci-dessus, & 279, 2° et 8 320) servent en latin à exprimer une délibération rétrospective sur ce qu'il eût fallu faire en tel ou tel cas*.

Ex. : Tén., Andr., 584 : egon istuc facerem? — Cic., p. Sest., 19, 42 : hæc cum viderem, quid agerem, judices? Contenderem contra tribunum plebis privatus armis. — Vinc., Égl., 1, 41 : quid facerem? Etc.

4. KCaxxn (ausf, Gramm. der lat, Sprache, ὃ 47, 2,1. 1, p. 136 sq.) dit qu'en pareil cas la négation cst ne et cite Cic., ad Att., XII, 40, 2 : ne doleam ? Mais, si l'on se reporte au passage lui-même, on voit que ne dépend d'un verbe facile à suppléer ct introduil par conséquent une propositjon finale. Voici le passage ; ou verra que n6 est ameué par l'idée de « vouloir », de « demander », contenue dans postulent : ᾿ : :

Quod scribis te vereri, ne οἱ gratia οἱ auctoritas nostra hoc meo mærore minuatur, ego, quid homines aut reprehendant aut postulent nescio : ne doleam 7 qui potest? ne jaceam ? quis unquam minus ?

2, Le subjonctif délibératif s'emploie aussi à la deuxième ou à la troisième personne, quand le sens le demande.

Fx.: Quid faciatis ? « que vous faut-il faire ? » quid faciat ? « que doit-il faire? »

3. Jei, comme tout à l'heure (cf. p. 326, n.1), le grec est obligé d'employer une périphrase : à quid facerem 7 correspond le tour τί με χρῆν ποιεῖν; En effet l'emploi, en pareil cas, de l'aptatif est toat à fait exceptionnel.

Un exemple comme celui d'Homère :

Il, XIX, 90 : τί κεν ῥέξαεμε ; (— quid facerem 7)

est presque isolé.

REMARQUE. — Dans cette acception particulière, c'est l'imparfait du subjonctif que l'on rencontre ordinairement! : le plus-que-parfait est beaucoup plus rare.

325. — Le subjonctif délibératif n'est souvent, comme en grec (cf. $ 312), qu'une forme oratoire servant à exprimer non pas l'incertitude sur ce qu'on doit faire, mais l'émotion qu'on éprouve à poser la question.

Le subjonctif présent s'emploie du présent, le subjonctif imparfait ou plus-que-parfait s'emploie du passé.

Ex. : Cic., ad Fam., XIV, 4, ὃ : 0 me perditum, o afflictum! Quid nunc rogem te...? P. Mur, 35, 14 : ergo ad cenam petitionis causà si quis vocat condemnetur ? — Pravre, Trin., 134 : non? ego illi argentum redderem, quoi! il ne fallait pas lui donner l'argent? — Cic., in Verr., I, 2, 23, 57 : nOn et in eum qui accepisset animadvertisset et in eos qui dedissent ? ne fallait-il pas qu'il sévit et contre les corrompus et contre les corrupteurs ?

326. — Par une extension illogique de l'emploi précédent, le latin emploie le subjonctif dans une proposition interrogative servant à exprimer le blâme ou un étonnement indigné.

Ex. : Tér., Hécyre, 1V, 2,13 : ex urbe rus tu habitatum migres? — Cic., de Fin., 1, 24 : Verba tu fingas et ea dicas quæ non sentias?

327. — Relativement à l'emploi des temps il faut remarquer ce qui suit.

4° On emploie le présent du subjonctif, quand l'affirmation contre laquelle on veut protester serait au présent de l'indicatif.

Ex. : Cic., de Fin., IV, 3, 1: Incendit igitur eos qui audiunt. — Quid? ille incendat? Restinguet citius, si ardentem acceperit.

2 On emploie le parfait du subjonctif quand l'affirmation contre laquelle on veut protester serait au parfait de l'indicatif.

Ex. : Cic., ad 0. fr., 1, 3, 1 : ego te videre noluerim? (réponse à la phrase : tu me videre noluisti)..…. P. Mur., 9, 21 : apud exercitum mihi fueris... tot annos, forum non attigeris, afueris tam diu, et, cum longo intervallo veneris, cum his, qui in foro habitarint, de dignitate contendas (la protestation répond à cette idée : afuit tam diu, et nuncC... de dignitate contendit).

4. L'imparfait du subjonctif ρου! aussi, daus le cas d'une hypothèse contraire à la réalité, s'appliquer à un fait actuel.

Ex.: T.-Live, XXVIIL, 43, 18: si nuper, et non annis ante quadraginta, ista clades accepta foret, qui ego minus in Africam Regulo capto quam Scipionibus occisis in Hispaniam trajeci trajicerem ? « Si la défaite de Regulus état toute réceute οἱ ne remontait pas à quarante aus, pourquoi mon devoir serait-il moins de passer ca Espagne après la capture de Régulus qu'il ne l'est actuellement d'y passer après le trépas des Scipions? »

2, Sur l'emploi de nOn, voyez $ 393.

DS

3° On emploie l'imparfait (et quelquefois aussi le plus-que-parfait du subjonctif), quand l'affirmation contre laquelle on proteste serait à l'aoriste de l'indicatif.

Ex. : Cic, in Verr., I, 4, 40, 86 : virgis iste cæderet sine causa socium populi Romani atque amicum? (Protestation indignée contre cette idée : fortasse eum Verres virgis cecidit, sans doute Verrès le fit battre de verges.) P. Sull., 46, #5 : mihi cujusquam salus tanti fuisset ut meam neglegerem? (Protestation contre cette idée : Giceroni hujus tunc hominis salus tanti fuit ut suam neglegeret'.)

REMARQUE. — Il ne faut pas confondre avec cet emploi du subjonctif seul l'emploi du subjonctif précédé de ut.

Ex. : Cic., in Cat., 1, 9, 22 : tu ut unquam te corrigas ?

Le subjonctif précédé de ut sert bien à exprimer une protestation ironique ou indignée, mais, en pareil cas, il y a une ellipse (— fierine potest ut tu unquam te corrigas 3).

328. — Contrairement à ce qui a lieu en grec, le subjonctif latin peut prendre un sens particulier et signifier qu’on dispose par la pensée des hommes ou des choses?

Le subjonctif ainsi employé signifie * supposons que. ou ἢ) admettons que.

La négation employée est ne.

a) Ex. : Caron (cité par A.-Geuu, VII, 3, 50) : sint sane superbi, quid ad nos attinet? — Cic., De Of., ΠΠ, 13, 54 : vendat ædes vir bonus...*

δ) Cic., Tusc., I, 14, 33 : pungit dolor, vel fodiat sane. 1}., 11. 5, 14 : ne sit sane summum malum dolor : malum certe est.

4. J'ai respecté, comme c'était mon devoir, la pensée de Riemann qui, partageant en cola l'opinion de presque tous les grammairiens, voit un subjonctif proprement dit ct non un potentiel dans les emplois signalés ξὲ 326 et 327. Sans doute, ce qui donne du poids à cette opinion, c'est que le grec emploie aussi le subjonctif. Mais je me demande si cette raison est suffisante. En cffet, je constate que le français rend ces furmes de phrase non seulement par le subjonctif ou par l'infinitif exclamatif (« moi, que j'ose opprimer et noircie l'innocence! » « moi, commettre cette action! ») ou par une périphrase (« est-il admissible que... ? » « pouvez-vous supposer 406... »), mais encore par le conditionnel (« moi, je n'aurais pas roulu te voir? » « Toi, tu commettrais celle vilaine action? »). Ce qui complique la questian, c'est l'emploi de la négation dans ces sortes de propositions. Tandis qu'avec le subjanctif proprement dit les auteurs classiques 56 servent de ne, c’est NON qu'on trouve toujours avec le subjonctif de protestation ou d'exclamation, |

Ex. : Cic., ad Fam., XIV, 4, 5 : Non rogem ? Catil., IV, 1, 2: cur ego non læter?

Or la négalion NOR {comme 0%, en grec) ne couvient qu'au potentiel. Il y aurait donc lieu tout au moins d'étudier de nouveau la question, sans perdre ceci de vuc que, pour les formes, le subjonctif latin cst un mélange de subjonctif et d'optatif.

2. C'est une extension de l'emploi par lequel le subjonctif sert à marquer que, dans la réalité, an dispose des personnes ou des choses par les ordres qu'on donne. Le grec. qui n'a pas étendu ce sens figuré à son subjonctif, l'a tout au moins donné à son impératif. Cf. ci-dessus, ξ 307.

3. C'est ainsi que s'expliquent les locutions velim nolim, scias nescias.

Ex.: Cic., de Nat. deor., 1, 7,17: velim nolim, « que je le veuille ou que je ne le veuille pas. »n — Six., Ep., 88, 15 : scias ista nescias, fient, « qu'on sache ces choses ou qa'on ne les sache pas, elles n'en auront pas moins lieu. »

329. — Relativement à l'emploi des temps il faut remarquer ceci. On emploie le présent ou le parfait du subjonctif quand on ne veut pas faire entendre expressément que la supposition ou la concession est en réalité contraire à la vérité des faits.

4° Le présent du subjonctif s'emploie dans le cas où l'on mettrait au présent de l'indicatif le verbe d'une proposition par laquelle on pourrait exprimer la supposition ou la concession.

Ex. : Cic., de Off., Hi, 43, 54 : vendat ædes vir bonus propter aliqua vitia, quæ ipse norit, ceteri ignorent, pestilentes sint et habeantur salubres; ignoretur in omnibus cubiculis apparere serpentes;, male materiatæ sint, ruinosæ, sed hoc præter dominum nemo sciat (le présent s'explique parce que la supposition pourrait être exprimée aussi de la manière suivante : un propriétaire mef en vente sa maison.…., vendit ædes, etc.).

2° Le parfait du subjonctif s'emploie dans le cas où l’on mettrait au parfait de l'indicatif, pour exprimer la situation actuelle résultant d’un fait passé, le verbe d'une proposition par laquelle on pourrait exprimer la supposition ou la concession.

Ex. : Cic., p. Lig., 6, 18: fuerint cupidi, fuerint irati, fuerint pertinaces; sceleris vero crimine, furoris, parricidii liceat. carere (le parfait, parce que la concession pourrait être exprimée aussi de la manière suivante : esto : fuerunt cupidi, ctc.). — Tac., Hist, 11, 47 : alii diutius imperium tenuerint, j'accorde que d'autres ont conservé l'empire plus longtemps.

330. — Lorsqu'on veut signifier que la supposition ou la concession est en réalité contraire à la vérité des faits, c'est l'imparfait du subjonctif que l'on doit employer.

La supposition ou la concession peut, en pareil cas, se rapporter 4) soit au passé, ἢ soit au présent.

a) Ex.:Cic., de Off. ΗΙ, 19,75 : si vir bonus habeat hanc vim, ut, si digitis concrepuerit, possit in locupletium testamenta nomen ejus irrepere : hac vi non utatur, ne si exploratum quidem habeat id omnino neminem unquam suspicaturum. At dares (mais supposons qu'on eët donné) hanc vim M. Crasso, ut digitorum percussione heres posset scriptus esse, qui revera non esset heres : in foro, mihi crede!, saltaret, il aurait dansé en plein forum (pour être plus sûr du succès).

ι. Sur mihi crede, voy. ci-après, p. 350, n. 2 οἱ ὃ 352, 2, 8,

b) Q.-Cunce, VI, 10, 9 : Dymnus sane, ut viveret adhuc, vellet mihi parcere…, admcttons que (dans cette hypothèse) il voulut m'épargner τῆς

REMARQUES. — I. S'il s'agit du passé, l'imparfait du subjonctif peut être remplacé par le plus-que-parfait.

Ex. : Cic., p. Sest., 19, 43 : vicissent improbos boni (admettons que les bons l'eussent emporté)... : quid deinde ? — PLINE LE JEUNE, Ep., 1, 12, 8 : dedisses huic animo par corpus : fecisset quod optabat.

11. La locution de la langue familière absque me (te, etc.) foret s'emploie en parlant du passé et du présent.

Ex. : PLAUTE, Trin., 832 : absque foret te, supposons que les choses 56 fussent passées sans loi. — TÉR., Hec., 601 : absque una hac fre) foret, supposons que cette circonstance n'eristdt pas ?.

3341. — Sur l'emploi de l'impératif pour exprimer une supposition ou une concession, voy. ci-dessus, ὃ 307.

REMARQUE. — Pour tenir lieu de la troisième personne de l'impératif esto, on sc sert non pas de sit tout seul, mais de sit sane ita ou de sit ita.

Ex : Cic., p. Mil., 19, 49 : age sit ita factum. Etc.

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