E. — SUBJONCTIF LATIN CORRESPONDANT AU SUBJONCTIF GREC
318. — Subjonctif reraplaçant l’impératif. — 4° En latin, un ordre positif s'exprime à la troisième personne par le subjonctif présent.
Ex. : Pavrr, Mi, 81 : qui autem auscultare volet, exsurgat* foras. — Cic., de Off., 1, 31, 114 : SUUM quisque nOSCat ingenium.… Etc.
2° Un ordre négatif, c'est-à-dire une défense, s'exprime ἢ à la deuxième personne par ne et le subjonctif aoriste (cf. ci-dessus, 8 218)", δ) ὰ la troisième personne par ne et le subjonctif présent ou le subjonctif aoriste®,
1. On remarquera aussi que, dans cel exemple, l'optatif se rapproche, par le seus, de l'impératif.
2. Sur la question en général, voy, B. Dacenicx, rergl. Synt., 35 partie, p. 384 ct suir.
3. La troisième personuc de l'impératif en -tO ne sc rencontre que dans (es tertes de lois : en dehnrs de ce cas, on no le trouve jamais dans la prose classique, mais Plaute. Térence ct les poè'cs l'emploient volontiers,
4. Le même emploi existe en frauçais: « Saure qui peut, » — « Qui m'aime me suire. » — « .Ve vous déplaise. n — La Foxtaixe, L'ables, NI, 3 : « Quiconque cst loup, agisse en loup. » — Mais dans la phrase : « Qu'il parte, » le subjonctif n'est pas pur, puisqu'il y a « que ».
à. Sur cette coustruction voy. B. Drusnîex, vergl, Synt., 2° partie, S 124 : der alle Injunktir Aoristi im Lateinischen.
6. Sauf dans les tetes de lois, l'emploi de l'impératif en to dans uue proposition négative, c'est-à-dire après ne (neve, etc.) est extrèmement rare cn latin.
CS font Ce
a) EX.: PLaure, Mén.. 415 : ne feceris. — Cic.. Tusc., 1, 41, 98 : 26 VOS quidem, judices, mortem timueritis. 1b.,1, 41, 112 : tu vero istam ne reliqueris. Ad Q. fr., Π, 12,5 : jocum illius de sua egestate ne sis aspernatus (cf. ad Att., IV, 16, 7; VII, 3,2; p. Mur., 31,65; ad Fam., ΝΠ, 18, 3). — T.-Live, XXI, 44, 6 : ne transieris Hiberum, ne quid rei tibi sit cum Saguntinis;, nusquam te vestigio moveris!. Etc.
b) Ex. : Carox, de Re rust., 9,1: vilicus ne sit ambulator. — Gc., p. Sest., 66, 138 : si qui voluptatibus ducuntur, missos faciant honores, ne attingant rem ΡῈ] 081... — T.-Live, IX, 11, 43 : moratus sit nemo, quominus, ubi visum fuerit, abeant.
REMARQUES. — 1. En pareil cas, l'emploi de non, au lieu de ne, appartient à la langue archaïque et familière, mais on le rencontre aussi chez les poètes.
Ex. : ANTOINE CHEZ CICÉRON, ad. Alt., XIV, 13, A, 3 : non contempseris hanc familiam. — VirG., Géorg., 1, 456 : non... quisquam me... moneat. Etc.
IL. À la seconde personne, l’emploi de subjonctif au lieu de l’impératif et (dans les défenses) l'emploi du subjonctif présent au lieu du subjonctif aoriste est une construction qui appartenait sans doute à la langue de la conversation.
Ex. : PLAUTE, Amph., 928 : valeas, tibi habeas res tuas, reddas meas. — Cic., ad. All., 1, 17, 11 : te si exspectari velis, cures, ut sciam. Ad Fam., XVI, 9, ἀ : cautus sis, mi Tiro. Etc.
PLAUTE, Mil., 1361 : soquere illos, ne morere. — TÉR., Ad., 942 : ne gravere. — Cic. p. Clu., 2, 6 : ne repugnetis. — Ad. Att., XIV,1,2: scribere ne pigrere. Etc.
Toutefois, dans les marimes générales, où la deuxième personne du singulier ἃ un sens particulier correspondant à celui de notre pronom indéfini on, l'emploi de facias au lieu de fac et de ne facias, au lieu de ne feceris, est très logique et très correct.
Ex. : CATON, de Re rust., 3, 1 : ita ædifices, ne villa fundum quærat, neve fundus villam. — Cic., Tusc., V, #1, 118 : sic injurias fortunæ, quas ferre nequeas, defugiendo relinquas. De Sen., 10, 33 : isto bono utare, dum adsit, cum absit, ne requiras. — SEN., Ep., 41, 9 : sic cum jinferiore vivas, quemadmodum tecum superiorem velles vivere. Etc.
IT. L'emploi de l'impératif au lieu du subjonctif pour signifier une défense est peu correct en prose et paraît se rencontrer surtout dans la langue familière et dans la Jangue poétique.
Ex. : SER. SULPICIUS CHEZ Cic., ad Fam., IV, 5, 5 : noli te oblivisci Ciceronem esse, neque imitare (régulièrement il faudrait neve sis imitatus*)...
1. Je dois faire remarquer que Erusn (American Journal of Philology,t. XV, 2 et 3, 1894) s'inscrit en faux contre cette règle : il résulterait de ses statistiques que ne feceris est plutôt archaïque et raro dans la prose classique, que ne facias est, non pas incorrect, mais familier et enfin que noli facere est le seul tour régulier et correct. Voy. Scamaix, Berlin. Phil. Wock., 20 Juin 1896.
2. Neque ne pourrait correctement remplacer neve que si la proposition à laquelle il ratlache la seconde renfermait un ordre positif, comme dans le second des exemples cités et aussi dans cette phrase de Salluste :
Jug.. 85, 47 : capessite rem publicam, neque quemquam ex calamitate aliorum metus ceperit.
La phrase de Sulpicius renferme donc deux irrégularités.
— Cic., ad Alt., XI, 22, 3 : habe tuum negotium, nec quid res mea familiaris postulet.. existima.
Sur la périphrase noli facere, νοῦ. ci-dessus, $ 306, RE».
349. — Comme en grec (cf. ci-dessus, $ 307) le subjonctif sert en latin à exprimer moins un ordre qu'une permission.
Ex. : Abeat, qu'il parte (j'y consens).
320. — Le latin ayant un subjonctif passé (ἢ 279, 2°) peut exprimer sous forme d'un ordre donné d'une façon rétrospective le regret qu'on éprouve de ce que telle ou telle chose n'a pas eu lieu!.
Ex, : Tén., Heaut., 202 : pateretur, lit. qu'il le supportät, c.-à-d. il aurait dù le supporter. — Cic., p. Sest., 24, 55: quod si meis incommodis lætabantur, urbis tamen periculo commoverentur. De Off., III, 22, 88 : male Curio, cum causam transpadanam æquam esse dicebat, semper autem addebat : Vincat utilitas. Potius diceret non esse æquam. 4d At. I1,1,3: ne pOPOSCISSES, tu n'aurais pas dù le demander. (Cf. in Vorr., 1, 3, 84, 195). Etc.
REMARQUE. — On voit par les exemples précédents que dans cet emploi particulier le plus-que-parfait du subjonctif se rencontre concurremment avec l'imparfait.
Toutefois l'imparfait du subjonctif s'emploie surtout quand il s'agit d'une action qui, si elle avait lieu, se serait prolongée pendant un certain temps (pateretur) ou se serait répétée (diceret).
Au contraire, le plus-que-parfait s'emploie d’une action qui, si elle avait eu lieu, aurait été plus ou moins rapidement faite (poposcisses).
321. — Le subjonctif présent employé à la première personne exprime la résolution qu'on a de faire quelque chose soi-même ou de concert avec d'autres (cf. ci-dessus, $ 310).
4° Dans le premier cas, le subjonctif se met à la première personne du singulier; mais cet emploi cst rare.
Ex. : Tén., Heaut., 213: mane : hoc quod cœpi primum enarrem.
20 Dans le second cas, le subjonctif se met à la première personne du pluriel.
Ex. : Gic., p. Sest., 68, 143 : amemus patriam, pareamus senatui, consulamus bonis, præsentes fructus neglegamus, posteritatis gloriæ serviamus. Etc.
1. Le grec, qui n'a pas sur ce point les ressources du latin, est obligé d'employer une périphrase, avcc ἔδει, ete. (cf. ci-dessus, ὃ 292, 2°, 8).
A pateretur correspond en effet le grec ἔδει ἀνέχεσθαι.