‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 105 sur 306 · G. — INFINITIF · texte numérisé non relu

G. — INFINITIF

338. — Infinitif remplaçant l'impératif’. — Dans le grec homérique et quelquefois dans le grec classique, l'infinitif (présent ou aoriste*) sert à exprimer une prière ou un commandement#, ordinairement à la deuxième personne.

Le sujet de l'infinitif se met au nominatif : il peut être au pluriel comme au singulier.

Ex. : How., IL, XV, 159: πάντα τάδ᾽ ἀγγεῖλαι μηδὲ ψευδάγγελος εἶναι. XIV, 501 : εἰπέμεναξ por, Τρῶες. II, 15: ὑμεῖς δ᾽ ἄλλοθεν ἄλλος ἐρητύειν ἐπέεσσιν. — ϑορη., Œd. R., 462 : χαὶ ταῦτ᾽ ἰὼν tie λογίζου, κἂν λάδης μ᾽ ἐψευσμένον, | φάσκειν ἐμ᾽ ἤδη μαντιχῇ μηδὲν φρονεῖν. — Tuvc., V, 9, 4 : σὺ δέ, Κλεαρίδα, ... τοὺς μετὰ σαυτοῦ ἄγων αἰφνιδίως τὰς πύλας ἀνοίξας ἐπεκθεῖν χαὶ ἐπείγεσθαι ὡς τάχιστα ξυμμῖξαι.

REMARQUES. — I. Il ne faut pas confondre cet emploi de l'infinitif précédé d'un sujet au nominatif avec celui dans lequel l'infinitif remplaçant aussi l'impératif est employé avec un sujet à l’accusatif.

Dans cette construction l'infinitif dépend en réalité d’un verbe sous-entendu (δεῖ ou 4e%}. C'est ce qu'on voit déjà dans Homère (1., II, 285), sur une inscription citée par Xénophon (Anab., V, 3, 13) et sur une foule d'autres inscriptions‘.

11. Homère et les poètes se servent quelquefois aussi de l'infinitif pour exprimer un souhait: cet infinitif dépend sans doute de δός sous-entendu, quand il est employé avec un sujet à l’accusatif.

Ex. : Hox., Il., VII, 179 : Ζεῦ πάτερ, ἢ Λἴαντα λαχεῖν ἡ Τυδέος div. — ESCHYLE, Sept c. Th., 253 : θεοὶ πολῖται, μή με δουλείας τυχεῖν. — EUR., Suppl., 3 : Δήμητερ, εὐδαιμονεῖν με Θησέα τε παῖδ᾽ ἐμόν. — ARIST.,

1. Sar cette question, voy. 0, Rixuaxx, Études sur. Tite-Lire, 2° éd., p. 226 et suiv.

ὦ, Voy. R. Waawxa, der Gebrauch des imperalivischen Infinitiv im Griechischen (Bcil. zum Progr. des Gymo. zu Schwerin), 1890-1, cité par B.-Drisaicx, Vergl. Syntax, 35 partie, p. 454. (οἱ emploi de l'infinitif vriste aussi dans le sanscrit védique, mais ce qui distingue le grec, c'est que, dans cette languc, l'infinitif remplace surtout l'impératif employé comme le serait l'impératif latin en -t0 en parlant de l'avoir,

Er.: Hox., Od., XXII, 437: ἄρχετε νῦν νέχνας φορέειν χαὶ ἄνωχθε γυναῖκας" | αὐτὰρ ἔπειτα θρόνονς περικαλλέας... ue καθαέρεεν. Il, IX, 254 : réxvov ἐμόν, χάρτος ἐν ᾿Αθηναίη τε xai “Ἥρη | δώσουσ᾽, ai χ᾽ ἐθέλωσι, σὺ δὲ μεγαλήτορα θυμὸν |

3. Rarement le parfait : dans How., Od., ΧΙΠ, 8071: σὺ δὲ τετλάμεναι καὶ ἀνάγχη le parfait a le sens du présent.

4. Comparer les expressions françaises : « Disposer Îles troupes sur trois lignes — Donner à boire aux chevaux — Prendre les réserves disponibles — Faire suivre (suc l'adresse d'une lettre), etc. »

5. Rarement à la troisième personne. Voy. toutefois Hox., Z!., VI, 87-92: VII, 79.

6. Voy. Bauwacx, {nschrift von Gorlyn, Τὸ; Μεικτεν, Dial., 2, 71, cilés par B. Daivnicr, op. L., p. #54.

Acharn., 816 : “Epuä ᾽μπολζιε, τὰν γυνχῖχα τὰν Euiv οὕτω nu ἀποδόσθαι τάν τ᾽ ἐμαυτοῦ ματέρα.

On trouve même cette construction dans la prose d'Hérodote.

Ex.: HÉR., V, 105: ὦ Ζεῦ, ἐχγενέσθαι μοι ᾿Λθηναίους τίσχσθαι (cf. en français : « ΟἹ pouvoir me venger des Athéniens! »). IX, 48 : ὀχότεροι δ᾽ ἂν ἡμέων νιχήσωσι, τούτους τῷ ἅπαντι στ΄ χτοπέδῳ νικᾶν.

Mais quelquefcis aussi le sujet de cet infinitif de souhait est au nominatif.

Ex. : Hou., Od.]311 sqq. : αἵ γάρ... τοῖος ἐών, οἷός Écot....., παῖδα τ᾽ ἐμὴν ἐχέμεν χαὶ ἐμὸς γαμύρὸς καλέεσθαι (ΞΞ σὺ ἔχοις ... καὶ χαλέοιο). XXIV, 376 544. : αἵ γὰρ οἷος Νήριχον εἷλον..., τοῖος ἐών τοι χθιζὸς ἐφεστάμεναι χαὶ ἀμύνειν ἄνδρας μνηστῆρας τῷ χε σφέων γούνχτ᾽ ἔλυσα {souhait se rapportant au passé). Cf. ESCHYLE, Choéph., 362-366 et 368.

339. — Infinitif historique. — Dans les récits, le latin emploie l'infinitif pour marquer la suite rapide des événements? : il n'y a rien de semblable en grec ni dans aucune autre langue #, sauf en lithuanien.

Cet infinitif correspond, en latin, à l’imparfait de l'indicatif avec lequel il alterne d’ailleurs plus souvent qu'avec l’aoriste ou le présent historique.

Ex. : Téa., Hec., 181-3 : si quando ad eam accesserat | confabulatum fugere e conspectu ilico, | videre nolle, elle se sauvait.…. elle refusait de la voir. — T.-Live, XXII, 42, 4: et consul alter velut unus turbæ militaris erat, Paulus etiam atque etiam dicere providendum præcavendumque esse. — Sa. Cat., 12, 4-5 : verum 1111} delubra deorum pietate, domos suas gloria decorabant. At hi contra... omnia ea sociis adimere quæ fortissumi viri victores reliquerant. Etc.

1. Voyez un intéressant article de Waæzrruix, die Entwicklung des Infinitivus hisloricus (dans l'Archiv...,t. X, p. 177 sqq.).

2. On s'est demandé d'où venait cet usage, que les grammairicns latins cxpliquaient maladroitement par l'ellipse de cœpi : voy. le résumé des diverses opinions émises dans Reisia-Haass, Vorlesungen über latein. Sprachwissenschaft, t. NI, p. 802 de l'édition remaniée par Schmalz οἱ Landgraf. Aucune n'est satisfaisante. Mais on lira cependant avec fruit les observalions de Joue, Gesch. des Fnfinitivs, p. 181 sqq., do Gusr. Mon, de Infinilivo historico (Halle, 1878) et enfin celles de J. WacasaxaouL, sur Geschichte des Infinitivus historicus (Comptes rendus des séances du Congrès des philologues tenu à Zurich en 1888, p. 276 el suiv.).

3. Pour ce qui cst du français, il suffira de remarquer que ce qu'on pourrait appeler infinitif historique n'est pas la même chose que l'infiuitif historique des Latins. En effet, l'emploi de la préposilion de devant cet infinitif (« grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ») montre assez que la construction est toute différente. D'ailleurs il n’y a rien d'étonnant à ce que cet infinitif historique ne se rencontre réellement ni en français ni dans les autres langues romanes; car il semble bien que la langue latine l'a laissé perdre d'assez bonne heure. Voyez ce que disent les scolies de Berne à propos de Vinaitx, Géorg., IY, 134 : « carpere: carpebat ; infiuitivo imperfccta tempora significat more velerum, ut Probus ait ». Si la constructiou avait été encore vivace à l'époque du grammairien, il n'aurait pas songé à l'expliquer par un archaïsme. Il serait sans doute facile de montrer que notre hypothèse est conforme à la réalité, si l'on avait à sa disposition une grammaire exacte du latin postérieur ; mais ce travail n'est pas encore fait.

4. Voyez PLaute (Amph, 1110 sqq. : circumvisere.…; pergunt..…;trahere.. ducere…. persequi), Saucvars (Cat., 60: instare... resistunt..….), T.-Livr (I, 42, 1: munire, jungit...). où l'iafiuitif alterne avec le présent historique. 11 alterne plus rarement avec l'aoriste. Voyez cependant :

T.-Laivr, XXX, 42, 11 : cum hoc tam tristi responso dimissis Macedonibus. legati Cartbaginienses vocati,; quorum ætatibus diguitatibusque conspectis..., tum pro se quisque dicere.

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