‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 106 sur 306 · CHAPITRE PREMIER LA PHRASE PRIMITIVE. — JUXTAPOSITION ET COORDINATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LA PHRASE PRIMITIVE. — JUXTAPOSITION ET COORDINATION

340. — Généralités. — La phrase peut être renfermée dans les limites d'une proposition simple, comme lorsqu on dit : le suleil luit pour tout le monde, maïs, le plus souvent, elle se compose d’une série de propositions coordonnées ou subordonnées qui concourent à donner à la pensée son développement complet.

Α la syntaxe de la proposition simple la grammaire fait donc naturellement succéder la syntaxe de la phrase.

341. — Les propositions qui composent une phrase sont liées entre elles par des particules dont le rôle consiste à marquer avec toute la précision possible les relations signifiées déjà par le mode employé!. Mais cet emploi des particules suppose un état de civilisation avancé. En étudiant le langage des enfants et des peuplades à demi sauvages, on ἃ pu légitimement conjecturer que la phrase ἃ commencé par n'être qu'une suite de petites propositions simplement juxtaposées?.

D'ailleurs il reste dans toutes les langues (et particulièrement en grec, comme en latin) assez de traces de l'usage primitif pour qu'on ne puisse concevoir aucun doute à cet égard.

Dans la constitution de la phrase la seconde étape a été sans doute ce qu'on appelle la coordination. Après avoir dit, par exemple : il fait beau, je sortirai, On ἃ dû dire : il fait beau, donc je sortirai.

Enfin la coordination ἃ conduit à la subordination : il a suffi pour cela que, voulant serrer plus étroitement le lien qui unissait les propositions, l'esprit humain ait attribué à certaines particules la valeur de conjonctions complétives, causales, finales, etc. Si l'on examine quelle est l'origine d'une phrase comme celle-ci : puisqu'il fait beau, je sortirai, On trouve que dans nos langues classiques on peut la ramener à ce type primitif : à cause de ceci il fait beau, je sortira.

En étudiant la syntaxe de la phrase, on essaiera donc, autant que possible, de suivre les transformations progressives qu'elle a subies depuis l’origine.

1. Comme toutes les langucs de la famille indo-curopécenne renferment déjà des propositions subordonnées même dans les monuments les plus antiques que nous possédons, c'est une preuve qu'elles sont déjà très loin de leurs origines, au moment très ancien pourtant où nous 105 saisissons.

Ÿ. Voy. K. Bavomanx, Griech. Grammatik, $ 202; J. H. Scnuarz, Lat. Grammatik, S 163 (dans le

Handbuch d'Ivan Mueller) et surtout la troisième partie (Comment s’est formée la syntaxe) du beau livre de M. Βκέαι, Essai de Sémantique, Paris, Hachette, 1897,

$ 1. — Syntaxe des propositions juxtaposées.

342. — La juxtaposition au iicu de la coordination. — Le grec ayant éprouvé de très bonne heure le besoin de marquer par des particules les diverses articulations de la pensée, il ne reste presque pas de traces dans cette langue de l'usage primitif; mais le latin nous en offre davantage. Dans Ennius, dans Plaute, dans Térence, dans la correspondance de Cicéron, en un mot dans le style archaïque et dans la langue familière, on trouve beaucoup d'exemples de la figure que les grammairiens et les rhéteurs appelaient l'asyndeton (ou absence de conjonction). De plus, la langue classique elle-même en présente encore quelques exemples.

REMARQUE. — Parmi les exemples qui vont suivre, il y en a quelques-uns où l’on verra que les auteurs ont tiré un effet de style de ce qui était primitivement un procédé instinctif de langage; mais cela importe peu. Puisque l'art n'a fait ici que se rapprocher de la nature, tous les exemples cités ont au moins autant de valeur les uns que les autres.

343. — 1° En latin, on peut supprimer toute conjonction copulative, quand il s'agit de relier entre eux plus de deux termes où plus de deux propositions ".

Ex. : Cic., de Fin., 1,18, 51 : sapienter, honeste, juste (à côté de sapienter, honeste, justeque). In Cat., 1, 9, 23 : egredere cum importuna sceleratorum manu, confer te ad Mallium, concita perditos cives, secerne te a bonis, infer patriæ bellum, exsulta impio latrocinio*. 76., 2, 1, 1 : abiit, excessit, evasit, erupit. (if. les expressions consacrées velitis jubeatis (Cic., in Pis, 29, 12; T.-Live, XXXVIII, 54, 3), velitis jubeatisne (T.-Live, XXI, 17,4), solutus liber, dare dicare (T.-Live).

2° En général, l'écrivain se sert de cette figure pour produire un effet: la phrase en devient plus rapide ou plus énergique. L'effet est rendu plus sensible encore quand un même mot se trouve répété en tête de chacune des propositions juxtaposées (anaphore).

Ex. : Cic., p. Arch., 6, 14 : sed pleni omnes sunt libri, plenæ sapientium voces, plena exemplorum vetustas. 44 Fam., IX, 14. 4 : nihil est, mihi crede, virtute formosius, nihil pulchrius, nihil amabilius. — T.-Live, XXV, 6,22: vis tu mari,

1. Telle est la règle suivie par les écrivaius classiques. 1] est intéressaut de voir qu'elle est fondéc sur l'usage primilif.

2. Ou remarquera que tous les verbes sont ici à l'impératif. C'est un fait important à constater, que le latin semble avoir évité d'employer une conjonction copulative mème entre deux impératils (ou sait pourtant qu'en général deux termes ou deux propositions doivent être unis par une conjonction). On a constaté que T.-Live dit toujours : abi, renuntia ; ite, consules, redimite civitatem, et que c'est par exceplion qu'il emploic Θὲ après l'impératif ite (XXXVIN, 51, 10), γον, Scumaiz, Lat. Gramm., ξ 163.

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