B. — NOMINATIF
43. — Le nominatif$ est le cas du sujet, et c’est naturellement aussi le cas où l'on met l’attribut du sujet.
L'attribut peut être rattaché au sujet par les verbes qui signifient être ou devenir (εἰμί, Sum ; γίγνομαι, flo) et par tous ceux qui expriment la même idée avec des nuances diverses®.
44. — Le terme qui fait fonction de sujet étant complètement indépendant dans la proposition, le nominatif, cas du sujet, était
1. Quelquefois mème le vocatif de l'appel peut être omis : Ex. Fragment de Cauumaous (Schol. Par, ad Apollon. Rh., I1, 866) : ἀντὶ γὰρ ἐχλύήθης Ἴμόδρασε ΠΙαρθενίου (au lieu de ἀντὶ γὰρ Ilapbeviou ἐκλήθης, "Iuépace, Ἵμόρασος). 4, Dans Vinoux, δπ., IX, 495, le texte est douteux ; les bons manuscrits donnent Heu! terra ignota canibus data præda Latinis | Alitibusque jaces, ct non date. 3. Nominalif vient du latin nominativus (s.—. Casus), terme traduit du grec ὀνομαστιχὴ (s.-e. πτῶσις), lit. la forme propre du uom. C'est en effet au nominatif qu'on citait toujours un mot, quand on avait besoin de le faire. ἢ
4. 1° Idée d'existence : chez les poètes : πέλω, πέλομαι (je me meus — jo suis), τελέθω (je m'élève — je suis), τέτυγμαι (je suis fait — je suis), ἐτύχθην (j'étais fait — j'étais), χυρῶ (je suis par hasard, je me trouve être — je suis); chez Hérodote : χαθέστηχα et χατέστην (je m'élablis ou je suis élabli — « je suis » ou « 6 fus »; cf. dans les langucs romanes δία) 6, eslar, « être », du latin stare), δύναμαι (je suis par sigaification, je vaux); dans la languc courante ὑπάρχω, « je suis réellement, » πέφυχα, « je suis naturellement, » μένω (je suis continuellement — je demeure), lat. maneo (même sens).
95 Idée de devenir : αὐξάνομαι (je crois — je deviens), αἴρομαι (je m'élève — je deviens), lat. evado, exorior, exsisto, nascor.
employé par les Grecs dans certaines énumérations de personnes ou d'objets, qui semblent complètement détachées de la phrase.
Ex. : Escnvue, Perses, 34 sqq. : ἄλλους δ᾽ ὁ... Νεῖλος ἔπευψεν Σουσικάνης, Πηγασταγὼν Αἰγυπτογένης, ὃ τε τῆς ἱερᾶς Μέμφιδος ἄρχων... — PLar., Soph.. 266 ἃ : τίθημι δύο διχῇ ποιητικῆς εἴδη : θεία μὲν χαὶ ἀνθρωπένη. -- Déu., ΧΧΠῚ, 207 : τὴν Θεμιστοκλέους μὲν οἰχίαν... ὁρᾷ τῶν πολλῶν οὐδὲν σεμνοτέραν οὖσαν, τὰ δὲ τῆς πόλεως οἰκοδομήματα τοιαῦτα, ὥστε μηδενὶ τῶν ἐπιγιγνομένων ὑπερδολὴν λελεῖφθαι, προπύλαια ταῦτα, νεώσοικοι, στοαί, Πειραιεύς.
45. — On sait que dans toutes les langues on met en tête de la phrase le mot sur lequel on veut attirer l'attention. Pour lui donner encore plus d'importance et pour le détacher, en quelque sorte, du reste de la phrase, les Grecs peuvent le mettre au nominatif, quand c'est un substantif.
Ex. : Xéx., Écon., I, 14 : οἱ δὲ φίλοι, ἤν τις ἐπίστηται αὐτοῖς χρῆσθαι, ὥστε ὠφελεῖσθαι ἀπ᾽ αὐτῶν, τί φήσομεν αὐτοὺς εἶναι. — Ρυλτ., Cralyle, 403 ἃ : ὃ δὲ “Αιδης, οἱ πολλοὶ μέν μοι δοχοῦσιν ὑπολαμύάνειν τὸ ἀειδὲς προσειρῆσθαι τῷ ὀνόματι τούτῳ, καὶ φοδούμενο! τὸ ὄνομα Πλούτωνα καλοῦσιν αὐτόν.
C'est pour la même raison que l’on trouve un nominatif sujet dans une proposition dépendante, alors que l'ensemble de la construction ferait attendre un autre cas.
Ex. : XEN., Anab., II, 5, 1 : Πρόξενος καὶ Μένων ἐπείπερ εἰσὶν duéτεροι εὐεργέται, πέμψατε αὑτοὺς deüpo!.
46. -- On trouve en latin, particulièrement chez Tite-Live, un emploi hardi du nominatif ipse ou quisque intercalé dans une proposition abrégée au gérondif ou à l’ablatif absolu. Ce nominatif se rapporte au sujet logique de la proposition abrégée et s'appuie grammaticalement sur le sujet de la proposition principale ἢ,
Ex. : Tire-Lave, XXXIX, 49, 3 : quibus dum locum ad evadendas angustias, cogendo ipse agmen, præbet (-- cum ipse agmen cogeret). 11, 38, 6 : instigando... suos quisque populos effecere ut... XXXII, 36, 1 : ad liberandas suæ quisque regionis civitates.….. XXXII, 24, 4 : relictis suis quisque stationibus... concurrerunt.
1. Cette construcliun est très ancienne : on la trouve déjà dans Homère, cf. Z!., VI, 395 : ᾿Ανδρομάχη, θυγάτηρ μεγαλήτορος ᾿Ηετίωνος | ᾿Ηετίων, ὃς ἔναιεν ὑπὸ Πλάχῳ... (᾿ετίων se rattache à ὃς.) 2. Cf. Rixxaxs, Études sur la langue... de Tite-Live, 2° édit., pp. 259-261,
REMARQUES. — [. Au lieu d'ipse ou de quisque, on trouve quelquefois, mais rarement, un autre nominatif employé de la même facon.
Ex. : TiTE-LiVE, IX, 29, 8 : insitam pertinaciam familiæ gerendo solus, censuram obtinuit….. Ill, 72, 2 : ne pessimum facinus... admitterent, judices in suam rem litem vertendo.... XLI, 10, 13 : contione adveniens de Manlio et Junio habita, non ultra triduum moratus Romæ... in provinciam... abiit (— cum contionem adveniens habuisset).
Il. Il arrive même quelquefois que le nominatif intercalé ne se rapporte pas au sujet logique de la proposition abrégée.
Ex. : TITE-LIVE, XXXVIII, 47, 7 : Causam apud vos. accusantibus meis ipse legatis dico.
Cette irrégularité tient au goût particulier que les Latins avaient pour l'emploi de ipse au nominatif, même dans les cas où le sens aurait demandé une autre construction : c'est parce qu'on dit sibi ipse nocet, là même où il faudrait sibi ipsi nocet qu'on dit (Liv., I, 9, 5) nec hostes modo timebant, sed suosmet ipsi (au lieu d'ipsorum) cives, et qu'on peut dire, comme ci-dessus, accusantibus meis ipse legatis.
HT. Enfin le nominatif est parfois intercalé dans une proposition participiale non absolue.
Ex. : T.-Liv., XXXI, 30, 6 : delubra sibi fuisse, quæ, quondam pagatim habitantes.. consecrata, ne in unam quidem urbem contributi majores sui deserta reliquissent {— quæ, cum quondam pagatim habitantes consecrassent.
IV. Dans le style indirect, la proposition, qui, au style direct, serait principale, devient proposition infinitive ; il en résulte que, si la construction dont il vient d’être question est employée au style indirect, les nominatifs ipse, quisque, etc., doivent être remplacés par des accusatifs.
Ex. : T.-LIVE, XXII, 34, 10 : id consules, ambos ad exercitum morando, quæsisse (— dum ambo ad exercitum morantur).
V. Cette construction semble être une particularité de la langue de Tite-Live; on n'en cite ailleurs que des exemples isolés chez Cicéron (de Dom., 55, 140), Salluste (Cat., 18, 5; orat. Philippi, 6); Valère-Maxime (11,2, 2); Pline l'Ancien (XXXV, 23, 90) ; Q.-Curce (III, 8, 24); Tacite {Germ., 31; Ann., XIV, 4) et Pline le Jeune (Ép. II, 4, 2).
47. — Le nominatif étant presque partout confondu avec le vocatif pour ce qui est de la forme, on comprend qu'on rencontre le nominatif employé là où l'on attendrait le vocatif.
En grec, c'est un tour poétique, très rare en prose et qu'on ne trouve presque jamais qu'avec un nom propre.
Ex. : Hou., 11., III, 277 : Σεῦ πάτερ Ἴδηθεν μεδέων χύδιστε μέγιστε | Ἠέλίος θ᾽ ὃς πάντ᾽ ἐφορᾶς καὶ πάντ᾽ ἐπαχούεις... -- Sorn., Ajax, 529 : ὦ φίλ᾽ Αἴας. — Hou. 12. IV, 189 : φέλος ὦ Μενέλαε.
En latin, c'est une particularité de l’ancienne langue, conservée par les poètes.
Ex. : PLaure, 4sin., 651 544. : da, meus ocellus, mea rosa, mi anime, mea voluptas.. argentum mihi. — T.-Live, I, 24, 7 : audi tu, populus Albanus (reproduction d'une vieille formule)". — Vinc., Én., NI, 835 : Projice tela manu, sanguis meus!
REMARQUES. — I. 1] ne faut pas confondre avec l'emploi dont il vient d'être question une construction grecque dans laquelle le nominatif n'est mis qu'en apparence pour le vocatif.
Ex. : Hox., Zl., 1, 231 : rai βοδύρος βασιλεύς, ἐπεὶ οὐτιδανοῖσιν ἀνάσσεις. — Il, ΛΝ, 403: σχέτλιος, ὀδριμοεργός, ὃς οὐχ ὅθετ᾽ αἴσυλα ῥέζων.
Dans le premier exemple, δημοθόρος βασιλεύς est une proposition abrégée dans laquelle et est sous-entendu; dans le second, les mots σχέτλιος et ὁδοιμοεργός sont des nominatifs exclamatifs (voy. ci-après, 8 48).
I. L'apposition au vocatif se met régulièrement en grec au nominatif avec l'article.
Ex. : PLAT., Prolag., 331 ς : ὦ ἄνδρες οἱ παρόντες. — XÉN., Cyr., IV, 5, 11 : ἴθι υὲν οὖν σύ, ὃ πρεσθδύτατος.
Quand le nominatif précédé de l'article parait employé pour le vocatif, c'est qu'il est construit en apposition avec la désinence personnelle du verbe ou avec σύ, ὑμεῖς sous-entendus.
Ex. : ARISTOPHANF, Grenouilles, 521 : ὃ παῖς, ἀχολούθει δεῦρο. — XÉX., Cyr, 11, 3, 20 : ὦ Κῦρε xat οἱ ἄλλοι Πέρσαι.
Les poëtes latins semblent avoir imité l'usage grec, qui a passé de leurs poèmes dans la prose de certains écrivains.
Ex. : VirG., Én., 1, 664 : Nate, meæ vires, mea magna potentia solus. — JUVÉNAL, Sat. 1V, 24 : Succinctus patria quondam, Crispine, papyro. — PLINE L'ANCIEN, VII, 30 : Salve, primus omnium parens patriæ appellate, primus in toga triumphum linguæque lauream merite.
Mais, à côté de cela, on trouve régulièrement : “ CATULLE, 18, 1 : Rufe, mihi frustra et nequiquam credite amice. Toutefois on ne cite pas d'exemple analogue chez les auteurs classiques. Sans doute
ils auraient préféré dire : Rufe, qui... creditus es, de même qu'ils auraient dit : salve, qui appellatus es.
11. Les Grecs construisent en apposition au vocatif σύ sous-entendu le pronom démonstratif οὗτος suivi du nominatif du nom de la personne à qui l'on s'adresse,
Sopx., A7., 89 : ὦ οὗτος Αἴας, holà! Ajax. — PLAT., Bang., 1172 a : ὦ Φαλαρεύς, ἔφη, οὗτος ᾿Απολλόδωρος, οὐ περιμένεις ;
4. Dans T.-Live, VIII, 9, 4, on peut expliquer agedum, pontifex publicus populi Romani, præi verba « en ta qualité de pontife, ete., lis-moi la formule ». Mais il est peut-être plus simple d'expliquer pontifex publicus comme un nominatif en fouction de vocatif pontifex publice.
[us-
48. — En grec, comme en latin, le nominatif peut s’employer dans les exclamations.
Ex. : Soru., 4j., 981 : ὦ τάλας ἐγώ, τάλας.
Cic., Phil., XIII, 18, 37 : O conservandus civis, ete.