Emploi du subjonctif
a) Les conjonctions priusquam et antequam signifiant avant que. peuvent se construire avec le subjonctif présent, lorsque la proposition temporelle se rapporte à l'avenir*.
Ex. : Cic., Parad., 6, 1, 45 : nunquam eris dives, antequam tibi ex tuis possessionibus tantum reficiatur, ut ex 60 tueri sex legiones possis. De Leg. agr., II, 20, 53 : is videlicet, antequam veniat in Pontum, litteras ad Cn. Pompejum mittet. Etc.
b, Si l'on parle d'un fait passé et qu’on veuille, avec priusquam (ou antequam), exprimer cette idée que telle personne a eu soin de faire (ou de ne pas faire) telle action avant que tel autre fait eût lieu, on emploie régulièrement le subjonctif.
Ex. : Cés., de Bell. civ., 1, 22, 2 : neque ab eo prius Domitiani milites discedunt (prés. hist.) quam ïin conspectum Cæsaris
{. En parcil cas, l'action de la proposition temporelle étant lagiquement antérieure à l'action de la proposition principale. on comprend l'emploi du futur antérieur ; c'est une extension naturelle de l'usage dont il a été question ci-dessus, $ 255, p. 270.
2, Cf. Muncouer, Lericon zu den Reden des Cicero, 1, p. 248 ; IH, p. 766, qui donne douxe exemples de antequam ct deux de priusquam avec le présent de l'indicatif, contre deu: de antequam et un de priusquam arec le présent du subjonctif. Voy. O. Rixwaxx, Synt. lat., 2° éd., p. 356, n. 1.
3. Cf. T.-Live, 11, 40, 5: mulier in iram ex precibus versa : Sine, priusquam
complexum accipio, sciam, ad hostem an ad filium venerim. XXII, 50, ὃ ; antequam opprimit lux majoraque hostium agmina obsæpiunt iter,.… erumpamus. Etc.
4. Sauf dans le cas particulier dont il vient d'être question et où l'indicatif présent est plus ordinaire que le subjonctif présent.
GRAMM. COMP. DU GREC ET DU LATIN (Syntaxe). 31
deducatur. — T.-Live, Il, 31, 2 : priusquam committerentur ludi, Tullius ... ad consules venit. XXI, 39, 10 : Scipio priusquam educeret in aciem.…, talem orationem est exorsus. Etc.
c) Quand priusquam fantequam) signifie sans attendre que.…., il se construit avec le subjonctif.
Ex. : T.-Live, ΠΙ, 53, 1: prius pæne, quam ipsi liberi sitis, dominari jam in adversarios vultis. XXII, 39,6: nunc quoque consul, priusquam castra videat aut hostem, insanit. Etc., etc. |
REMARQUE. — L'indicatif, en pareil cas, appartient à la langue familière. Ex. : PLAUTE, Merc., 456 : prius respondes, quam rogo. — TÉR., Andr., 311 : omnia certumst experiri prius quam pereo.
d) Quand on veut avec priusquam (antequam) exprimer cette idée que tel ou tel fait a eu lieu avant que tel autre fait ait pu se produire, de sorte que le second fait n'a pas eu lieu ou n'a pas eu lieu à temps, ou enfin n’a pas eu besoin d'être accompli, c'est encore le subjonctif que l'on emploie.
Ex. : Cés., de Bell. Gall., IX, 26, 3 : prius in hostium castris constiterunt quam plane ab his videri aut quid rei gereretur cognosci posset. — T.-Live, XXI, 5, 16 : priusquam a tanto pavore reciperent animos, Hannibal... fugam ex ripa fecit (cf. 47, 3; 61, 1; XXII, 4, 1; 8, 1). XXII, 29, 4 : priusquam ... manum consereret... (sans qu'il ett besoin luimême d'engager l'action) su08 a fuga effusa.. continuit. XXII. 39, 4 : prius se æstas circumegit quam movere ac moliri quicquam rex posset. XXV, 18, 14: Badius, priusquam opprimeretur, parma atque equo relicto ad suos aufugit. Etc.
REMARQUE. — Par conséquent, quand la proposition temporelle implique cette idée que l’action ne doit pas avoir lieu, l'emploi du subjonctif est obligatoire et l'indicatif est #ncorrect, bien qu'on trouve des exemples comme celui-ci :
Cic., ad Fam., VII, 14, 1 : dabo operam ut istuc veniam ante quam plane ex animo tuo effluo.
Ici l'indicatif est évidemment amené par l'analogie de la règle ὃ 461, b, Rem. (p. 481), mais l’idée accessoire que renferme la proposition aurait dù le faire écarter.
2° L'action marquée par priusquam (antequam) se répète.
463. — Faute d'un nombre suffisant d'exemples, on ne peut pas,
pour ce cas particulier, donner de règles formelles : il faut se contenter d'énoncer des probabilités.
464. — Quand le verbe de la proposition temporelle doit être au passé (imparfait ou plus-que-parfait), il semble bien que priusquam
(antequam) puisse se construire soit avec l'indicatif, soit avec le subjonctif".
Ex. : Cic., p. domo, 30, 18 : qui (cives Romani) erant rerum capitalium condemnati, non prius hanc civitatem amittebant, quam erant in eam recepti, quo vertendi, hoc est mutandi soli causa venerant.
T.-Livx, XXII, 7, 11 : neque avelli, utique ab notis, priusquam ordine omnia inquisissent poterant.
465. — Mais, contrairement à la règle donnée pour cum (ὃ 450, p. 470), antequam (priusquam) paraît se construire régulièrement avec le présent du subjonctif, là où il s'agit d’un fait dont l'expérience constate la fréquence.
Ex. : Cic., de Orat., 1, 59, 251 : cotidie, antequam pronuntient, vocem cubantes sensim excitant. — ϑέν., Ep., 103, 2 : tempestas minatur, antéquam surgat; crepant ædificia, antequam corruant. Quæst. nat. 11, 12 : ante videmus fulgurationem, quam sonum audiamus. Etc.
REMARQUE. — L'emploi de l'indicatif en pareil cas parait être un archaïsme.
Ex. : PLAUTE, Mrl., 110 : priusquam lucet adsunt. — VARRON, de Ling. lat., VII, 58 : ante rorat quam pluit.
466. — Autres composés de quam. — La particule quam ἃ encore servi à former deux conjonctions temporelles, quando et quamdiu.
Mais, tandis que quamdiu est purement et simplement une conjonction temporelle, quando ἃ ajouté parfois au sens temporel la signification causale?.
467. — Quando conjonction temporelle. — Comme conjonction temporelle, quando* est surtout employé à l'époque archaïque* et se construit comme la conjonction cum”.
1, Peut-être toutefois convient-il de faire sur cet emploi du subjonctif les mêmes réserves qui ont été failes ci-dessus, p. 654, η, 3 (cf. ὃ 451, p. 471).
2. Nous laissons de côté ici les emplois de quando comme adverbe inlerrogatif ou indéfini.
3. Au regard de la linguistique, quandO parait bien être l'acc. sing. fém. du relatif suivi de la préposition *dO (angl. (0, all. 311), ou bien d'une forme de la particule -de (cf. en anc. lat. quamde). Le mot falisque cuando (cf. Zvstaierr, Inscriptiones Italiz inferioris dialecticæ, 10) donne à penser que ce n'était pas primitivement un ablatif en -d. Sur ce point, voy. Lixosay, {he Latin language, p. 608.
4. I ne semble pas que, comme particule de temps, quando 86 rencontre beaucoup après le siècle d’Auguste. Déjà Térence, Varron et César évitent de l'employer; Cicéron ne s'en sert pas dans ses Discours, mais en offre quelques exemples dans les traités où, s’occupant d'antiquités romaines, il donne à son style une couleur quelque peu archaïque. C'est aussi par recherche d'archaïsme qu'après Plaute et Lucrèce, Virgile et Horace s'en servent quelquefois. Mais à partir de T.-Live, quando ne s'emploie plus comme conjonction de temps. Voy. Scnmarz, Lait. Synt., 8.266.
5. C'est pour cela qu'à l'époque archaïque on lui donne parfois, comme à cum, le corrélatif tum à la proposition principale.
Ex.: Practe, Uén., 547 : at tu, quando habebis, tum dato.
REMARQUE. — On trouve encore chez Cicéron, de Rep., VI, 24%, la forme quandoque! (pour quandocumque), qui signifie toutes les fois que.
D'autres écrivains l'emploient aussi (peut-être par affectation d’archaïsme) pour signifier lorsque, à quelque moment que ce soit.
C'est ce mot, abrégé sous la forme quandoc (cf. nec, p. neque;, que Festus (p. 258, O. Müller) mentionne comme se rencontrant dans la loi des Douze Tables.
468. — Quando conjonction causale. — Comme conjonction causale, quando signifie du moment que et se construit de la même façon que quoniam. César ne l'emploie pas, mais Cicéron s’en sert assez fréquemment. |
REMARQUES. — I. Pour donner à l’idée de cause toute son énergie, l'ancienne langue employait la forme composée quandoquidem qu'on retrouve surtout chez Salluste (particuliérement dans les fragments de ses Histoires) et chez T.-Live, quand ils mettent en scène les anciens Romains et veulent reproduire la gravité et l'autorité inhérentes à leur langage. La syntaxe de quandoquidem n'offre pas de particularités.
IL. Au lieu de quando ou de quandoquidem on trouve aussi, dans des formules de droit, quandoque (cf. Cic., in ’err., 11, 3, 80, 187; T.-Live, IX, 10, 9) ou mème quandoc (Gaius, IV, 21).
469. — La conjonction quamdiu. — La conjonction quamdiu signifie aussi longtemps que, tant que”. Elle se construit comme les conjonctions temporelles marquant un simple rapport de temps entre deux actions, c'est-à-dire avec l'indicatf.
REMARQUE. — Dans le latin de la décadence, quamdiu a pris le sens de jusqu'au moment où : On le trouve ainsi employé avec l'indicatif chez Ammien Marcellin, mais plus souvent avec le subjonctif chez Macrobe, Firmicus Matimus. Spartien, Saint Cyprien, etc.°.
470. — La conjonction quamvis. — La conjonction quamvis est proprement une locution adverbiale* qui équivaut au français autant que vous le voudrez”, mais qui ἃ fini par signifier à quelque degré que.
quelque ... que
1. Ce mot se compose de quando et de la particule iudéfinie -que (ef. le grec -te). Il s'emploie non seulemeut comme conjonction de temps et (ainsi qu'on le verra tout à l'heure) comme conjonctiou causale, mais encore comme adverbe indéfini : « quelque jour, un jour ou l'autre; » « de temps en temps, quelquefois. »
2, Cette particule est l'abrégé d'une locution complète qui était tam diu... quamdiu (on trouve aussi tam diu, quam...).
3. Voy. Scumarz, Lat, Gramm., ὃ 264, qui résume les travaux de Orr, Beitr. zur lat. Lerikogr.. 9. 16, et de Paucxen, Add. ler. Latinis, p. 38, ann. 37.
4. Formée de (tam)... quam (acc. fém. sing.) et de vis, 2° pers. sing. du prés. de l'ind. de volo.
5. On trouve encore ce sens dans des exemples comme ceux-ci :
Praurs, Mén., 313 : quamvis ridiculus est (« il est plaisent autant qu'on peut l'imaginer »), ubi uxor non adest.— Cic., Tusc., 1, 21,47 : quamvis copiose (« avec autant d'abondance qu'on le voudrait ») hæc diceremus, si res postularet.
6. Voilà pourquoi il serait contraire au bon usago de dire quamvis mortuus sit, tandis qu'on dit fort bien quamvis æger sit. Les bons écrivains avaient grand soin de ne pas employer quamvis avec un participe passé exprimant un état qui ne comportait pas de degrés.
7. Quamvis est très rarement remplacé par quamtumvis. quamlibet, quantumlibet dont la formation est très claire. Pour quantumvis. voy. R. KCuxan, ausf. Gramm. der lat. Spr., t. 11. p. 960, Anm. 2: pour quamlibet et quantumlibet, ΤΟΥ͂. A. Dasoen, Mist. Synt., τ 119, p. 770. Mais quamvis est parfois aussi remplacé par QUAM accompagné d'une autre forme du verbe velle.
Ex. : Cic., de Nat. deor., Π| 17, 47 : quam volet Epicurus jocetur.
La formation et le sens de cette particule expliquent la manière dont elle se construit.
1° Quamvis étant proprement un simple adverbe, on peut employer l'indicatif, si le sens le demande.
Ex. : Tér., Ad., 219: quamvis etiam maneo otiosus hic (texte douteux, Cf. Manvic, Adr., IT, 20). — Cüc., Tusc., IV, 26, 57 : de cujus excellentia multa quidem quamvis fuse lateque dici possunt. — Cés., de Bell. Gall., IV, 2, 5 : itaque ad quemvis numerum ephippiatorum equitum quamvis pauci adire solent.
REMARQUE. — Ce sens adverbial de quamvis explique qu'on puisse dire quamwvis licet.
Ex. : Cic., Tusc., IV, 24, 53 : quamvis licet insectemur Stoicos (je consens, autant qu'on le roudra, à ce que nous attaquions les Stoïciens), metuo, ne soli philosophi sint. De Leg., II1, 10, 34: et præter eos quamvis enumeres licet (je consens à ce qu'en outre vous en énumériez autant que vous voudrez). De Nat. deor., Il, 36, 88 : quamvis licet Menti delubra et Virtuti et Fidei consecremus. Etc.
2° Quand quamvis est conjonction, il est accompagné du subjonctif, qui est proprement le subjonctif d'hypothèse ou de conces-
sion qui ἃ été étudié ci-dessus ($ 328, p. 329 et suiv.). Ex. : Cic., Phil., 2, 28, 68 : quamvis enim sine mente, sine sensu sis, ut es, tamen et te et tua et tuos nosti, aumettons que tu sois inintelligent, que tu sois insensible autant qu'on le voudra,
comme tu l'es en effet; cela n'empêche pas que tu ne connaisses et
toi-mème et ce qui est à toi, biens et gens!.
REMARQUE. — Malgré le bon usage, la conjonction quamvis finit par être employée dans le sens de quoique, et, par analogie avec quanquam, on la construisit avec l'indicatif. Ce double solécisme, dont le premier exemple se trouve chez un des correspondants de Cicéron”, Vatinius, devient assez fréquent chez les prosateurs et chez les poëtes de l'époque impériale.
Ex. : VATINIUS (cité par QUINT., VI, 3, 60) : quamvis reus sum. — CoRN. NÉp., Milt., 2, 3: quamvis carebat nomine. — Virc., Égl., III, 84: quamvis est rustica (cf. Ên., V, 542; VII, 492). — Hor., Carm., !, 28, 11 : quamvis concesserat (cf Cœrm., 111, 7, 25; 10, 43; Sat., Il, 2, 29 ; 5, 15; Ep., 1, 14, 6). — T.-LivE, 11, 40, 7 : quamvis infesto nomine perveneras”. Etc.
1. C'est le méme emploi du subjonctif qu’ou a dans les locutious familières dont voici deux exemples : Cic.. p. Cel., 28, 67 : quam volent diserti sint. Phil.,2, 44, 119 : quam volent illi cedant otio consulentes, tamen a re publica revocabuntur. 2, On en citait même un exemple chez Cicéron lui-même : Ex. : Cic., p. Rab. Post., 3, ὁ : quamvis patrem suum nunquam viderat.
Mais ce passage, unique en son genre chez Cicéron, a paru à bon droit suspect à plasieurs critiques : ausi Haim a-t-il corrigé : Quamquam patrem suum, etc. (Quamquam serait devenu quam, par une faute fréquente chez les copistes, et un autre copiste aurait corrigé QUAM en quamvis).
Toutefois il convient d'ajouter que quamvis a déjà le sens de « quoique » chez Cicéron (cf. in Verr., 1, 5, £ 168 : quamvis civis Romanus esset). Voy. Scnuarz, Lat. Synt., ξ 265.
3. Voyez d'autres exemples empruntés aux auleurs de l’époque impériale dans A. Daeuxn, Mist. Synt., ι. HS, p. 770.
474. — La conjonction quanquam. — La conjonction quanquam (pour quamquam) se rattache, non plus au pronom relatif, mais au pronom relatif indéfini!.
Du sens primitif de quelque manière que, quelque … que, on a passé au sens de quelque vrai qu'il soit que, d'Où quoique, ce qui est le sens du mot à l'époque historique*.
Cette conjonction ne se construit correctement qu'avec l'indicatif.
Ex. : Cic., de Off., 1, 11, 56 : quanquam omnis virtus nos ad se allicit, tamen justitia et liberalitas id maxime efficit. Etc.
REMARQUE. — L'emploi de quanquam avec le subjonctif est à peu près étranger à la prose de l’époque classique ; il se rencontre chez Varron {cité par A.-Gelle, XIV, 8, 3). chez Cornélius Népos (A4f., 13, 6), chez Virgile (Ën., VI, 394), plusieurs fois chez Horace, une seule fois chez Tite-Live (XXXVI, 34, 6), puis chez divers prosateurs de l'époque impériale, surtout chez Tacite, Pline le Jeune et Suétone. Enfin on ne doit pas être étonné de voir quanquam construit avec le subjonctif chez les Pères de l'Église latine et chez les écrivains ecclésiastiques en général *.
472. — Par une abréviation d'expression facile à comprendre, quanquam est devenu un véritable adverbe qui peut se traduire par mais ou par du reste; on s’en sert quand on veut revenir sur une affirmation précédente pour y ajouter une rectification.
Ex. : Cic., in Cat., I, 9, 22 : quanquam (mais) quid loquor? — T.-Lnve. XXI, 49,4 : quanquam (du reste), et si priore fædere staretur, satis cautum erat Saguntinis, etc.