Cf, O. Rismaxx, Synt. lat., ξ
Ex. : Cic.. in Verr., Il, 5, 10, 27 : dabat se labori atque itineribus, in quibus eo usque se præbebat patientem atque impigrum, ut eum nemo unquam in equo ssdentem viderit (personne ne l'a jamais vu {fait considéré dans ses rapports avec le moment présent ; Cicéron représente ce que faisait Verrès, et ce fait qu'on ne l’a jamais vu à cheval est une vérité historique, un argument dont on peut se servir «cluellement pour montrer l'endurance de Verrès]). P. Mur., 9, 20 : Asiam istam refertam et eandem delicatam sic obiit, ut in ea neque avaritiæ neque luxuriæ vestigium reliquerit. P. Mil., 14, 37 : C. Vibienus... ita est mulcatus, ut vitam amiserit (tellement roué de coups qu'il en est mort [réflexion sur un éfat de choses actuel):. De Fin., 11, 20, 63 : L. Thorius... erat.. ita non superstitiosus ut illa plurima in sua patria sacrificia et fana contemneret [proposition qui est un fragment de récit}, ita non timidus ad mortem ut in acie sit ob rem publicam interfectus (il craignait si peu la mort qu'il α été fué sur le champ de bataille... [argument qui prouve encore aujourd'hui que L. Thorius n'avait pas peur de la mort]).
On voit que, dans la traduction de ces exemples, le français se sert, non du passé défini, mais du passé indéfini employé comme le parfait latin pour exprimer une action passée qui subsiste encore dans ses conséquences ou dans ses résultats.
Cette règle n'est appliquée dans toute sa rigueur que par Cicéron; les historiens ne s'y astreignent pas toujours.
Ex. : CÉs., de Bell. Gall., NI, 15, 5 : nam singulas (naves) nostri consectati expugnaverunt, uf perpaucæ 6x omni numero noctis interventu ad terram pervenerint. V, 15, 1 : equites hostium... acriter prœælio cum equitatu nostro in itinere conflixerunt, tamen ut! nostri omnibus partibus superiores fuerint atque eos in silvas collesque compuerint. VIE, 17, 3 : summa difficultate rei frumentariæ affecto exercitu … usque 60, ut complures dies frumento milites caruerint et pecore … famem sustentarent?. — T.-Live, XXI, 2, 6 : 90 fuit habitu oris, ut, superante lætitia dolores, ridentis etiam speciem præbuerit (cf. XXI, 25, 3: 58, 3: 61, 10; XXII, 5, 8%: 45, 4; 56, 4: 61, 44; XXIIS, 16, 14; cn 49, 10-11; XXIV, 16, 1, 31, 10; 35, 6; XXAV, 2, 7; XXVI, 12, 2, etc.)°.
506. — Emploi de la négation. — 1° Quand la proposition consécutive est négative, on se sert de ut non, qui signifie de sorte 406... ne. pas, pour indiquer que la conséquence est présentée simplement comme un fait.
1. Pour le sens restrictif de ut, νον. ci-dessus, ὃ 504, Rex. 11, p. 533, ct cf. ut tamen dans Honacr, Sat, 11, 6, 82-83.
2. (ὁ passage montre que dans les propositions de ce genre, César se contente do mettre au subjanctif les temps correspondants de l'indicatif dans une proposition indépendante: complures dies frumento caruerunt (aor.) et pecore famem sustentabant (imparf.)
3. La règle des propositions consécutives s'applique aux propositions relatives qui les remplacent. T.-Live a donc commis une incorrection en écrivant
XXIL, 6, 6 : fuere quos.. pavor... impulerit.
11 faudrait impelleret, car ce n'est pas une réflexion de l'historien étrangère au récit ; c'est l'énoncé d'une conséquence du fait passé raconté par l'auteur. 4. Il est bien entendu d'ailleurs que les historiens emploient aussi le parfait du subjonctif d’une façan très correcte, quaud la propusition consécutive contient une réffeziun de l'auteur étrangère au récit. Et: T. Live, XXI, 1, 2 : adeo varia fortuna belli... fuit ut propius periculum fuerint qui vicerunt (ef. XXI, 15, #5 XXIL, 42, 2; XXII, 16, 4; XXV, ὁ, 12, etr.).
Ex. : Gic., in Verr., 11, 5, 31, 96 : urbe portus ipse cingitur et continetur, ut non alluantur mari mœnia extrema, sed ipse influat in urbis sinum portus. — Cés., de Bell. Gall., II], 15,3: tanta... tranquillitas exstitit, ut se ex loco commovere non possent. Etc.
REMARQUE. — Ut non peut souvent se rendre par sans que.
Ex. : Cic., de Fin., II, 22, 11 : malet existimari bonus vir, ut non sit, quam esse, ut non putetur (/i{{. il aimera mieux passer pour un homme de bien dans des conditions telles qu'en réalité il n’en soit pas un que d'être homme de bien dans des conditions telles qu'il ne soit pas considéré comme tel)!.
d Mais si l'on veut marquer que la conséquence résulte d'une intention, on emploie ita. ut ne ou encore ita.. ne, litt. en
veillant à ce que... ne... pas.
Ces locutions ont ordinairement le sens restrictif dont il a été question ci-dessus, ὃ 504, Reu. 11 (p. 533).
Ex.: Cic., in Verr., Il, 2, 30, 10: qui sciret 18 se in provincia rem augere oportere ut ne quid de libertate deperderet. Etc. — T.-Live, VII,31,2: auxilio vos dignos censet senatus, sed ita vobiscum amicitiam institui par est, ne qua vetustior amicitia ac societas violetur. XXII, 61, 5 : ita admissos esse (in urbem) ne tamen iis senatus daretur.
REMARQUE. — Par erceplion, on trouve ne tout seul employé à la place de ita πο. Ex.: T.-Live, XXV,5, 14 : Cannensis reliquiæ cladis hic exercitus erat, relegatus in Siciliam, sicut ante dictum est, ne (avec cette condition que) ante Punici belli finem in Italiam reportarentur (cf. liv. XXIII, Periocha : reliquis Cannensis exercitus in Siciliam relegatæ sunt ne recederent inde nisi finito bello). Cf. XXVI, 2, 14; 34, 9 : cis Vulturnum (eos emovendos censuerunt, n6 (avec cette condition que) quis eorum propius
mare quindecim millibus passuum agrum ædificiumve haberet.
507. — Ut dans une proposition concessive. — L'emploi de ut dans des locutions comme esto ut..., fac ut..., admettons que, est l'origine de constructions dans lesquelles ut suivi du subjonctif signifie à supposer que, en admettant que, et ut non "à à supposer que... ne...
pas, en admettant 406... ne... pas.
Comme il y a souvent dans la pensée l'idée d'une opposition, ut ainsi employé peut signifier aussi à supposer même que, d’où quand mème.
4. Cet emploi de ut non se rattache à l'emploi de ita.. ut (ou de ut tout seul) pour marquer une restrietion, emploi dont il a été question ci-dessus, p. 5333, $ 504, Ruu. Il. Ce qui le prouve, c'est un passage comme celui-ci où ut NON, « sans que » est encore précédé de ita :
T.-Live, XXY, 33, 6 : ne ita externis credant auxiliis ui non plus sui roboris suarumque proprie virium in castris habeant (« dans des conditions telles qu'ils n'aient pas dans leur camp plus... de forces leur appartenant tout à fait en propre »).
2. C'est ainsi que ita ut se trouve souvent remplacé par ut tout seul. Mais ce tour est plus correct que ne pour ita ne.
3. Il ne faut pas confondre les propasilions subordonnées dont il est question ici avec les propositions indépendantes dunt il a été parlé ci-dessus, ξ 328. La différence essentielle qu'il y a entre les unes et les aaires se manifeste en ceci surtout que après ut introduisant une proposition concessive la négation est nOn, jamais ne.
Dans ces sortes de propositions, le subjonctif se met au temps qu’exige le sens général et la construction de la phrase.
Ex. : Cic., de Orat., 11, 4,18: ut quæras omnia, quo modo Græci ineptum appellent, non reperies'. Tusc., I, 8,16: ut enim non efficias, quod vis, tamen mors ut malam non sit efficies. Etc.
T.-Live,XXI, 41,5 : nam neque equites armis equisque salvis tantam vim fluminis superasse veri simile est, ut jam (en admettant même que) Hispanos omnes inflati travexerint? utres οἱ...
Cic., Tusc., 1, 21, 49 : ut rationem Plato nullam afferret, ipsa auctoritate me frangeret. De Div. I, 30, 62: (Socrates et Plato) ut rationem non redderent, auctoritate tamen hos minutos philosophos vincerent*.
REMARQUES. — I. Les propositions concessives commençant par ut sont, quand le sens le permet*, soumises à la règle de la concordance des temps. C'est ainsi que l'imparfail ou le plus-que-parfait du subjonctif se rencontre dans les propositions qui se rattachent à un verbe principal au passé.
Ainsi une phrase comme celle-ci : verum ut hoc non sit, tamen servat rem publicam deviendrait au passé : verum ut hoc non esset, tamen servavit (servabat) rem
publicam. Et de même, dans une phrase au style indirect dépendant d'un verbe principal au passé, l’imparfail du suhjonctif remplace le subjonctif présent du style direct.
Ex. : CÉs., de Bell. Gall., WI, 9, 5-6 : navigationem impeditam ... sciebant ... ac jam ut omnia contra opinionem acciderent, tamen se plurimum navibus posse (style direct : ac jam ut omnia contra opinionem accidant, tamen nos plurimum navibus possumus}. Etc.
4. Ici le subjonctif présent représente le futur, parce que la phrase cntière appartient au futur. Le subjonctif présent pourrait naturellement représenter le présent comme dans cette phrase d'Ovide (Pont.. 3, 4: ut desint vires, tamen est laudanda voluntas), qui appartient au présent. Enfin il pourrait représenter le potentiel si La proposition principale était au potentiel : ut quæras… reperias.
2. Ici le subjonctif travexerint représente le parfait de l'indicalif qu'il y aurait si la proposition était indépendante: jam Hispanos omnes inflati travexerunt utres. La même forme travexerint pourrait représenter le futur antérieur, si, la phrase entière sc rapportant à l'avenir, ou voulait marquer l'antériorité de la proposition subordonnée relativement à l'action principale. Enfin elle pourrait représenter le parfait du subjonctif, si, la phrase entière étant au potentiel, on voulait marquer que εν ἀρνὶ supposée scrait un fait accompli à tel moment de l'avenir.
: Ut gladium quis apud te sana mente deposuerit, repetat insaniens, reddere peccatum sit, « à supposer que quelqu'un qui vous edt confié une épée en dépôt, vous la redemandät étant fou, la rendre serait une fautc ».
ἃ, Dans cette phrase. comme dans la précédente, l'imparfait du subjanclif après ut représente l'imparfait du subjonctif employé dans les propositions conditinnnelles pour exprimer une hypothèse contraire à la réalité, ou, en d'autres termes, pour reudre l'idée du français « si » construit avec l'imparfait de l'indicatif cl employé en parlant du présent, le verbe principal étant au conditionnel. L'imparfait du subjonctif après ut pourrait aussi correspondre à notre «a si » construit avec un plus-que-parfait, le verbe principal étant au conditionnel passé (ut rationem non redderent, ... vicissent). Pour la construction quæ ut essent conjungi debuerant, « eu admettant que ces faits fussent réels, il aurait fallu les réunir », cf.S 292, 2°, D, v. p. 302.
1 peut 56 faire aussi qu'un imparfait du subjonctif après ut, « quand méme », représente un imparfait de l'indicatif latin : ainsi la locution ut deessent vires pourrait représenter si deerant vires dans une praposilion signifiant un fait répété. De mème ut defuissent vires pcul représenter tant si defuerant, tantôt si defuissent vires.
4. En cffet, il cst bien évident qu'on n'aurait pas à appliquer la règle de la concordance des temps dans un cas comme celui-ci: « Admettons que cette assertion ne soit pas vraie, toujours est-il qu'il a saturé la république, » verum ut hoc non sit, tamen servavit rem publicam.
IL. —- C'est peut-être à l'emploi de ut concessif qu'il faut rattacher la formule de prétérition ut... non dicam.
En effet, la traduction qu’on en donne en français (pour ne pas dire...) est ineracle, puisque si la proposition exprimait une idée d'intention, il faudrait ne (et non pas ut non, cf. ci-dessus, ὃ 503, p. 531) : or dans ces locutions ut non n'est jamais remplacé par πθ΄.
Ex. : Cic., p. Imper. Cn. Pomp., 15, 44 : ut plura non dicam..., ab eodem Cn. Pompejo omnium rerum egregiarum exempla sumantur. P. Mur., 15, 32 : pugnax et acer et non rudis imperator, ut aliud nihil dicam (cf. p. Cæcin., 36, 104 : ut nihil dicam amplius). P. Cluent., 47, 131 : cum homines sapientissimi…., ut nihil dicam* de iis qui condemnarunt, ον 8ibi dixerint non liquere. [π Verr., 11, 4, 20, 45 : ut non conferam vitam … tuam cum illius ..., hoc ipsum conferam, quo tu te superiorem fingis. Etc.
Ces exemples donnent donc à penser que la véritable traduction li{{érale de ut. non dicam, ut non conferam... serait mettons que je n'en dise pas davantage..; mettons que
je ne comparc pas... °.