‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 176 sur 306 · F. — CONJONCTIONS ISSUES DE PRONOMS AUTRES QUE LE RELATIF · texte numérisé non relu

F. — CONJONCTIONS ISSUES DE PRONOMS AUTRES QUE LE RELATIF

Ι. — Latin : dum.

514. — Dum, conjonction temporeile. — La particule dum* sert ordinairement à introduire des propositions temporelles dont la construction dépend du sens qu'on attache à la particule : or dum peut signifier pendant que, pendant {out le temps que et enfin jusqu'à ce que.

515. — 1° Dans le récit historique, quand dum signifie pendant que, c'est-à-dire dans le même temps que”, il ne se construit régulièrement qu'avec le présent de l'indicatif, mème si le verbe

principal est au passé.

ἔχ. : Εννιῦβ, Ann., 391 L. M. : missaque per pectus dum transit, striderat hasta. — Cés., De Bell. Gall., 1, 46, 1: dum hæc in colloquio geruntur, Cæsari nuntiatum est equites Ariovisti. accedere (cf. IV, 32, 1). Etc...

T.-Live, XXVII, 5, 8: dum hæc Romæ geruntur, M. Valerius.. in agrum Uticensem escensionem fecit.

2 On applique la même règle, quand dum signifiant tandis que, au moment où (c'est-à-dire dans le même temps que) se trouve dans une proposition temporelle se rapportant à l'avenir.

1. Remarquez ce subjonctif homérique représentant (comme ἴομεν d'ailleurs) la formation primitive du mode.

2. Sur cet emploi de l'optatif avec ἄν dans une proposilion finale dépendant d'un verbe principal au passé (cf. Hox., Od., VILI, 21 sq.) νου. ci-dessus, p. 489, Rex. 11 ct cf. KaCozn, Griech. Sprachlehre, 11, ὃ 54, 8, 4; Goowix, our. cilé (p. 118, n. 1).

3. Cette particule signifie proprement « maintenant » ; c'est la mâme qui sert à renforcer le sens d'un impératif (agedum, οἷς.) ou d'un adverbe (primumdum., gr. πρῶτον δῇ, nondum « pas pour le moment », etc.); comme le grec δή, dont il est proche parent, le mot dUM « maintenant » ἃ passé au sens de « donc » dans ces diverses expressions ou loculions. C'est le sens de « maintenant » qu'on relruute aussi dans duM employé comme conjonction temporelle : « maintenant que, pendant que, tant que ». De « tant que » on passo aisément à « jusqu'à co que ».

4. Le grec rend cette idée par ἐν ᾧ dont la construction est absolument la mème qne celle des pronoms relatifs.

5. Voy. E. Horrmaxx, Lalein. Zeitpartikeln, p. 6 sq. et 169 544.

GRAMM. COMP. DU GREC ET DU LATIN (Syntaxo). 35

Ex. : Cic., p. Cluent., 4, 8: dum multorum annorum accusationi breviter dilucideque respondeo, quæso ut me... benigne attenteque audiatis. — T.-Live, XXII, 8, 10 : te id prius scire volui, si forte abesse, dum facinus patratur, mailles. XXVII, 44, 10: ne (pour ce qui est d'empêcher que...) quid interim, dum trajicio, dum expono exercitum in Africa, dum castra ad Carthaginem promoveo, res publica hic detrimenti capiat, quod tu, Q. Fabi, .….potuisti præstare, hoc vide, etc.

Cette construction n'est pas seulement celle de César et de Cicéron ; on la retrouve chez Salluste, chez T.-Live, chez les poètes et chez Tacite, même chez des écrivains médiocres ou d'ordinaire incorrects, comme Valère-Maxime et Justin.

REMARQUES. — ͵. Cet emploi du présent de l'indicatif avec dum, paraissait si naturel aux Latins qu’ils l’'employaient, par analogie, même avec dum signifiant pendant tout le temps que... (cf. 8. 517).

49 Ainsi T.-Live se sert de l'indicatif présent là où l'on attendrait l'indicatif imparfait ou plutôt (νου. ci-après, ὃ 517, REM.) l'imparfait du subjonctif. Ex. :T.-LivE, NXVII, 42, 13 : tantumque (un espace de temps juste aussi grand qu'il le fallait) ibi moratus dum milites ad prædam discurrunt‘, receptui deinde cecinit.

2° De mème le futur de l'indicatif est quelquefois remplacé par le présent après dum, pendant tout le temps que.

Ex. : T.-LiVE, Præf., 8 5 : hoc ... laboris præmium petam, ut me a conspectu malorum quæ nostra ... vidit ætas tantisper certe, dum prisca illa tota mente repeto, avertam*.

Il. Enfin une dernière preuve du goût qu'avaient les Latins pour cet emploi du présent de l'indicatif c’est qu'on le retrouve avec dum signifiant dans le même temps que, même dans des propositions qui devraient être soumises à la règle de l'attraction modale :

Ex. :T.-Live, XXI, 41, 15 : nec est alius ab tergo exercitus, qui, nisi nos vincimus, hosti obsistat, nec Alpes aliæ sunt, quas dum superant* comparari nova possint præsidia. — Tac., Ann., XI, 33 : ne, dum in urbem revehitur (Claudius), ad pænitentiam... mutaretur, in eodem gestamine sedem poscit (Narcissus),

ou qui font partie du style indirect ::

Ex. : T.-LivE, XXIV,19, 3 : itaque Nolam ad collegam mittit : « altero exercitu, dum Casilinum oppugnatur*, opus esse, qui Campanis oppo-

1. Cf. T.-Live, XXV, 18, 12 : tantum moratus dum imperatores consuleret. 2. On pourrait citer aussi un passage de Cicéron :

De Sen., 23 : nec mihi hunc errorem..., dum vivo, extorqueri volo.

Mais cet exemple est peu concluant, parce que duM peut y avoir le sens de ἕως ἔτιν « pendant que je vis cncore »,

3. On attendrait le subjonctif superent, puisque la proposition temporelle exprime uae simple hypothèse οἱ que de plus elle est enclavée dans une proposition déjà au subjonctif (cf. ci-dessus, ὃ 418).

4. Toutefois cet emploi est rare à l’époque classique et ne devient fréquent qu'à l'époque impériale. surtout chez Tacitc : on peut donc le considérer Comme irrégulier, d'autant plus que T.-Lire lui-même,

SYNTAXE DE SURORDINATION. 941

natur ». — Tac., His!., 1, 33 : non exspectandum ut ... Capitolium adeat, dum egregius imperator domum cludit. Τ|1, 38 : versas illuc omnium mentes, dum Vitellius ... fovet æmulum (cf. 10). Ann., XV, 2: mandavit Tigranen Armenia exturbare, dum ipse ... molem belli ciet.

IT. Dum, dans le même temps que, est employé quelquefois (chez T.-Live surtout) avec l'imparfait de l'indicatif!.

Ex.:T.-Live, V, 47, 1 : dum hæc Vejis agebantur, interim arx … in ingenti periculo fuit. Etc.

Ce tour est rare et peu correct, mais beaucoup moins incorrect que celui qui consiste à employer l’imparfait du subjonctif, en pareil cas°. Ex.: VARR., Sal. Men., p. 132 Riese : dum messem hornam.….. imponeret. — Virc., Géorg., IV, 457 : dum te fugeret (cf. Ën.. 1, 5; X, 800). — T.-LiVE, 1, 40, 7 : dum intentus in eum se rex totus averteret, alter elatam securim in caput dejecit (cf. 11, 47, 5; X, 18, 1). — PHÈDRE, Fab., 1, #, 2 : canis … carnem dum ferret. Etc.

516. — Dum, dans le mème temps que, prend souvent une signification voisine de celle du français en suivi du gérondif. Ainsi employé, dum ne se trouve construit qu'avec 16 présent ou le parfait de l'indicatif.

4° L'indicatif présent est toujours possible, quel que soit le temps du verbe principal.

ἔχ. : Cic., Div. in Cæc., 11,56: dumM pauca mancipia... retinere vulé, fortunas omnes... perdidit (aor.).

2 L'indicatif parfait se rencontre quelquefois au lieu du présent, quand le verbe de la proposition principale est au parfait.

Ex. : Cic., Brul., 81,282: dum Cyri et Alexandri similis esse voluit (parfait)*.. et L. Crassi et multorum Crassorum inventus est (parfait) dissimillimus.

REMARQUE. — Quand dum est ainsi employé comme conjonction causale, on le trouve construit, même dans le style indirect, avec le présent de l'indicatif. Ex. : Cic., Tusc., 1, 42, 101 (traduction en vers de l'épigramme de Simonide) : dic, hospes, Spartæ nos te hic vidisse jacentes (— mortuos), | dum sanctis patriæ legibus obsequimur.

Mais cette construction doit être considérée comme exceptionnelle (cf. ci-dessus, $ 515, Rex. 11).

en dehors du passage cilé, construit toujours en pareil cas dum avec le subjonctif, conformément à la règle généralc du style indirect ; του. XXI, 21, 10 ; XXV, 20, 6, οἷς.

1. Les passages cités par ilaxn, Tursell., τ. T1, p. 304 ct p. 315, ne conviennent pas ici; car dum y a certainement le sens de quamdiu ct par conséquent l'imparfait est tout naturel. Voy. ciaprès, $ 517 (cf. p. 548, n. 1) οἱ cf. Reisio-Haasx, Vorlesungen über lat. Sprachwissenschaft (éd. revuc par Landgraf οἱ Schmalz), ἰ, ΠῚ, p. 340, n. 480.

ἃ. Sur l'histoire de ectte construction, qui parait provenir d'une confusion de dumM avcc cum, τον. A. Daeczs, Hist. Synt., t. 11?, p. 608-9; O. Rixmanx, Études sur... T.-Live, 2° éd., p. 298-9 ; H. Goizza, Grammalicæ in Sulp. Severum obserrationes, p. 56-7; Étude... de la latinité de S. Jérôme, p. 358; M. Baxsxr, le latin de Grégoire de Tours, pp. 318 ct 685.

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