III. — INFINITIF MARQUANT LE BUT
568. — Emploi particulier au grec. — L'infinitif employé pour marquer le but est une construction particulière au grec.
4° À l'époque homérique et chez les poètes, on trouve l'infinitif employé pour exprimer le but à atteindre après un verbe de mouvement, comme envoyer OU venir.
1. Kaüozn, Grieckh. Sprachlehre, ξ 55, 3 14, cite les exemples suivants :
Taec., 1, 132, fin. : αὑτὸν ηὗρεν ἐγγεγραμμένον (masculin, mais ce, pourrait être ua neutre) χτείνειν. — Χέν.. Aell., VII ἐξῆχεν ὁ χρόνος ὃς ἣν εἰρημένος παραμένειν (pour ὃν [« durant ‘lequel N ἣν εἰρημένον [« il avait été prescrit » ἊΝ
2. Voy. Hanne, Lat. Schulgr., 11, p. 74, n. 1. 3. Sur les dérogations à cette règle pendant l'époque impériale, voy. O. Rixmaxx, Études. T.-Live, 2° éd., p. 208-213.
Ex. : Hou., Od., VII, 14 : χαὶ τότ᾽ ᾿Οδυσσεὺς ὦρτο (il se leva pour aller) πόλινδ᾽ ἴμεν (cf. 111, 476; VI, 255). 1... I, 183 : βῇ δὲ θέειν, ἀπὸ δὲ χλαῖναν βάλε, il se mit en marche pour courir et rejeta son manteau. Od., VI, 130 : βῆ ὃ ἴμεν (il se mit en marche pour aller) ὥς τε λέων ὀρεσίτροφος ἀλχὶ πεποιθώς. Etc. — Soru., Œd. ἃ Col., 12 : μανθάνειν τὰρ ἥκομεν. -- Ecur., Jon., 1559 : ἡμᾶς δὲ πέμπει τοὺς λόγους ὑμῖν φράσαι, il nous a envoyés vous porter ces paroles. Etc.
REMARQUE. — On trouve encore cette construction chez Thucydide.
Ex. : IV, 132, 3: ᾿Ισχαγόρας xat ᾿Αμεινίας χαὶ ᾿Αριστεὺς ὡς Βρασίδαν ἀφίχοντο, ἐπιδεῖν πεμψάντων Λαχεδαιμονίων τὰ πράγματα. VI, 50, 2 : δέχα δὲ τῶν νεῶν προύπεμψαν ἐς τὸν μέγαν λιμένα πλεῦσαΐ τε καὶ
Et même après un verbe signifiant partir.
Ex.: THUC., 1, 128, 3 : ἀφιχνεῖται ἐς ᾿Ἑλλήσποντον, τῷ μὲν λόγῳ ἐπὶ τὸν Ἑλληνιχὸν πόλεμον, τῷ δὲ ἔργῳ τὰ πρὸς βασιλέα πραγυατα πράσσειν (pour continuer ses menées avec le grand roi)!.
2 Chez Homère, l'emploi de l'infinitif était encore plus libre, puisqu'il pouvait remplacer une proposition finale.
Ex. : How., IL, XXI, 6 sq. : népæ ΝῊ Ἥρη | πίτνα πρόσθε βαθεῖαν ἐρυκέμεν (pour les arrêter). XV, 54 sq. : χαὶ δεῦρο χάλεσσον | Ἰρίν τ᾽ ἐλθέμεναι". Où, XII, 135 : (νύμφας) Θριναχίην ἐς νῆσον ἀπῴχισς τηλόθι ναΐειν. Etc. ὅ,
1. C'est vraisemblablement une extension analogique de cette construction qu'il faut voir dans les emplois que fait Thucydide du moyen τρέπεσθαι α se tourner vers », d'où « s'occuper de, s'appliquer à », suivi de l'infaitif,
Ex. : Tucc., [, 50, 1 : πρὸς δὲ τοὺς ἀνθρώπους ἔτράποντο φονεύειν (c.-à-d. ἐτράποντο μὲν πρὸς τοὺς ἀνθρώπους, ἐτράποντο δὲ αὐτοὺς φονεύειν). Et surtout : II, 65, 10 : χαὶ ὀρεγόμενοι τοῦ πρῶτος ἕχαστος γίγνεσθαι ἐτράποντο χαθ᾽ ἡδονὰς τῷ δήμῳ χαὶ τὰ πράγματα ἐνδιδόναι.
2. Toutefois on peut expliquer ce tour en disant que χάλεσσον est synonyme de χέλευσον et que l'infinitif est mis ici en vertu de la règle $ 563, 6° (p. 626). 3. Remarquez la coostruction suivante :
Ηον., -Zl., XXI, 512 sqq. : ἀλλ᾽ ἥ τοι τάδε πάντα καταφλέξω πυρὶ xndëw, | οὐδὲν σού y ὄφελος, ἐπεὶ οὐχ ἐγκείσεαι αὐτοῖς, | ἀλλὰ πρὸς Τρώων χαὶ Τρωιάδων χλέος εἰναι,
construction dans laquelle l'apposition restrictive οὐδὲν... ὄφελος, au lieu d'avoir pour pendant une autre apposition exprimant le but réel de l'action marquée par χαταφλέξω (quelque chose comme ἀλλὰ χλέος aol), est suivic d’un infinitif de but équivalant à εἷς τὸ χλέος εἶναι σοί.
Cet emploi particulier de εἶναι est fréquent chez Homère et se retrouve dans Hérodote.
Ex.: 71., XI, +9 sq. : θώύρηχα περὶ στήθεσσιν ἔδυνεν, | rév ποτέ οἱ Κινύρης δῶχε ξεινήιον εἶναι (au lieu de ξεινήιον tout seul). XXI, 403 544. : λίθον εἴλετο χειρὶ παχείῃ | ..... | τόν ῥ' ἄνδρες πρότεροι θέσαν ἔμμεναι οὖρον ἀρούρης (au lieu de la simple apposition οὖρον). — Hen., V, 25 : Δαρεῖος χαταστήσας ᾿Αρταφέρνεα ὕπαρχον εἴναῦ Σαρδίων. Εἰς.
Dans ces sortes de phrases, l'infnitif pouvant être considéré comme marquant aussi bien la conséquence
REMARQUE. — Les poëtes dramatiques ont gardé aussi quelque chose de cette liberté de syntaxe.
Ex.: Sopx., Antig., 63 sq, : ἔπειτα δ᾽ οὕνεχ᾽ ἀρχόμεσθ᾽ ἐχ χρεισσόνων | xai ταῦτ᾽ ἀκούειν χἄτι τῶνδ᾽ a yioval. Ib., 1014 sqq. : τούτων σε λωδη.τῆρες ὑστεροφθόροι | λοχῶσιν “Αἰδου χαὶ θεῶν "Epivies, | ἐν τοῖσιν αὐτοῖς τοῖσδε ληφθῆναι χαχοῖς.
3° Mais, en prose attique, l'infinitif marquant le but ne s'emploie plus que dans certains cas :
a) Après les verbes signifiant donner, prendre, abandonner (par ex., διδόναι, λαμθάνειν, ἐπιτρέπειν, παρέχειν, etc.). | “ P PEX
Ex. : Tuuc., IL, 42, 5 : Βοιωτοὶ δὲ μέρος μὲν τὸ σφέτερον χαὶ τοὺς ἱππέας παρείχοντο Πελοποννησίοις ξυστρατεύειν. -- PLaT., Gorg., 480 : παρέχω ἐμαυτὸν τέμνειν χαὶ χκαέειν. Protag., 812 Ὁ : μέλλεις τὴν ψυχὴν τὴν σαυτοῦ παρασχεῖν θεραπεῦσαι ἀνδρὶ σοφιστῇ. — XEN., Hell.,1,1,28: ᾿Αριστάρχῳ ἔδοτε ἡμέραν ἀπολογήσασθαι. Anab., I, 2, 19: ταύτην τὴν χώραν ἐπέτρεψε διαρπάσαι τοῖς Ἕλλησιν ὡς πολεμίαν οὖσαν. V, 2, 1 : ἐξάγει εἰς Δρίλας τὸ ἥμισυ τοῦ στρατεύματος, τὸ δὲ ἥμισυ φυλάττειν κατέλιπε τὸ στρατόπεδον. Hell. IV, 4, 15 : τὴν πόλιν χαὶ τὴν ἄχραν φυλάττειν αὐτοῖς παρέδωκαν. Mém., 1, 5, 2 : εἰ βουλοίμεθά τῳ ἐπιτρέψαι ἢ παῖδας παιδεῦσαι ἢ χρήματα διασῶσαι. --- Din. XIX, 11 : ὃς γὰρ ἂν ὑμᾶς λάθῃ, τοῦτον ἀφέετε τοῖς θεοῖς κολάζειν.
b) Après les verbes signifiant choisir, désigner, instituer, αἱρεῖσθαι,
Ex. : Ριλτ., Apol., 28 e : οἱ ἄρχοντες, οὗς ὑμεῖς εἵλεσθε ἄρχειν μου.
Χέν., Anab., IV, 8, 25 : εἵλοντο Δραχόντιον Σπαρτιάτην
δρόμου τ᾽ ἐπιμεληθῆναι χαὶ τοῦ ἀγῶνος προστατῆσαι. Μέπι., 1, 7, 3 : δῆλον, ὅτι κυδερνᾶν κατασταθεὶς ὁ un
que le but, on conçoit qu'on trouve chez certains prosateurs le simple infinitif εἶναι là où l'on attendrait ὥστε εἶναι.
Ἐπ. : Tuve., I, 13, 1: ἀφίησιν αὐτὰ δημόσια εἶναι (— dore δημόσια εἴναυ). — Dim, XXIX, 25 : μνημονεύουσιν ἀφεθέντα τοῦτον ἐλεύθερον δίναε.
C'est ainsi encore que dans Thucydide on trouve l'infinitif seul là où l'on attendrait plutôt ὥστε ou . FT .
ἐφ᾽ ὦ (cf. ci-dessus, p. 495, ἃ, Rex.) :
Ex. : Tauc., 11,4, 7 : ξυνέθησαν τοῖς Πλαταιεῦσι («ils convinrent avec les Platéens de... ») παραδοῦναι σφᾶς αὐτοὺς καὶ τὰ ὅπλα γρήσασθαι (εἴ. ci-dessus, ξ 568, 3°, a, p. 634) 6 τι ἂν βούλωνται.
4. Dindorf croit que l'infinitif 4xoverv dépend de l'idée de βιάζεσθαι implicitement contenue dans l'expression ἀρχόμεσθ᾽ Ex χρεισσόνων.
Il vaut peut-être micux considérer ici l'infinitif comme un infnitif de conséquence, explication qui convient aussi pour le vers 1076.
ἐπιστάμενος ἀπολέσειεν ἄν où ἥχιστα βούλοιτο. — Isocn., VII, 37: τὴν ἐξ ᾿Αρείου πάγου βουλὴν ἐπέστησαν ἐπιμελεῖσθαι τῆς εὐχοσμίας. Etc. !.
ReMARQUES. — I. Les verbes énumérés ci-dessus peuvent être au passif.
Ex. : XÉN., Hier., 5, 2 : ὅταν oi τύραννοι τοὺς χοσμίους χαὶ διχαίους διὰ τὸν d6ov ὑπεξαιρῶνται, τίνες ἄλλοι αὐτοῖς καταλείπονται χρῆσθαι, 9 .-»ὦ»ἽΣἯῬἭὙἭ 9 ἀλλ᾽ ἣ οἱ ἄδιχοι χαὶ ἀχρατεῖς ; Elc.
Mais il est rare que les verbes qui en dépendent soient employés ἃ l’infinitif passif.
Ex. : PLAT., Charm., 457 b : υνηδείς σε πείσῃ τῷ φαρμάχῳ τούτῳ τὴν αὑτοῦ χεφαλὴν θεραπεύειν, ὃς ἂν μὴ τὴν ψυχὴν πρῶτον παράσχῃ τῇ ἐπῳωδῇ ὑπὸ σοῦ θεραπευθῆναι (on attendrait : σοὶ θεραπεῦσαι).
Il. Par une extension naturelle de la construction étudiée ci-dessus, les auteurs attiques ont employé quelquefois l'infinitif après les verbes donner, mettre (à la disposition de), avoir (à sa disposition), pour signifier une idée particulière dont les exemples suivants feront comprendre la nature :
XÉN., An., VIL, 1, 7: οἱ στρατιῶται ἀργυρίον οὐχ εἶχον ἐπισιτέζεσθαι .-ἀ-α. les soldais n'avaient pas d'argent, au moyen de quoi ils pussent s'approvisionner.
PLATON, Phèdre, 229 Ὁ : ἐχεῖ σχιζ τ᾽ ἐστὶ χαὶ πόα καθέζεσθαι ἡ, ἐὰν βουλώμεθα, καταχλιθῇναι, là, nous avons et de l'ombre οἱ du gazon, pour nous asseoir ou même, si nous voulons, pour nous coucher 2
569. — Emploi rare en latin. — Ce qui dans la langue latine ordinaire correspond à l'emploi dont il vient d'être question en grec, c'est la construction (correcte maïs plutôt familière) de l'infinitif dans les deux locutions : dare bibere*, ministrare bibere (Cf. Cic., Tuse., Ι, 26, 65; T.-Live, XL, 47, 5).
REMARQUES. — I. Le latin archaïque connaissait l'emploi de l'infinitif après les verbes de mouvement dans le sens du supin en -um. |
Ex.: ENN.. Ann., 3371 : duxit dilectos bellum tolerare. — PLAUTE, Bacch., 900 : abiit ædem visere. Etc. — TÉR., Eun., 528 : misit porro orare, ut venirem. Phorm., 102 : voltisne eamus visere ? Etc.*.
4. Ces diverses constructions existaient déjà à l'époque homérique.
Ex.: Hou., J., 1, 338 : δὸς &ysev (εἴ. ib., 107 ; 108). IT, 127 : Τρώων ἄνδρα ἔχαστον (εἰ) ἑλοέμεθα οἰνοχοεύειν.
2. Parmi les emplois de l'iofinitif marquant le but, Goopwix (8 770) cite le passage suivant dont l'interprétation a donné lieu à tant de discussions :
Tuuc., 11, 44, 4: χαὶ οἷς ἐνευδαιμονῇσαξ τε ὁ βίος ὁμοίως xat ἐντελευτῇσαι ξυνεμετρήθη,.-
Mais les deux iofinitifs ne sont-ils pas plutôt construits comme des accusatifs de relation déterminant l'expression ὁ βίος ξυνεμετρήθη « et à qui la vie a élé mesurée par rapport à ces deux faits : le fait d'être heureux dans la vie et le fait de mourir en plein bonheur » 3
3. Sur cette construction qu'il considère comme une formule employée d'abord par les médecins, του. Waæzrrux, Archio, etc., 11, p. 201, Rem., ct cf, J. Baxnous, ouv. cité, p. 269 pour la question en
général.
4. Voy. Horrzs, Synt. prise. script. lat., 11, p. 31 sq. ; KCunen, auf. Gramm, der lat. Spr., t. 1Π|
p. 501, à. C'est sans doute un archaïsme qu’il faut voir aussi dans cette phrase de Varron : De le rustica, 11, 10, 1 : stabulari solent equas abigere.
Les poètes ont fait revivre cette construction, peut-être sous l'influence de leurs modèles grecs.
Ex.: VIRG., Én., 1, 527 sq. : non... Libycos populare penates | venimus. Etc. — Hor., Carm., 1, 2, 7 : pecus egit altos | visere montes. Etc.'.
IT. C'est seulement chez les poètes et probablement par imitation du grec (cf. $ 568) qu'on trouve l'infinitif employé en latin :
a) Après les verbes signifiant donner, prendre, abandonner, là où le latin classique emploie l'adjectif verbal en -ndus en accord avec le complément du verbe principal (voy. ci-après, 8 631).
Ex. : VIRG., Én., I, 319 : dederatque comas diffundere ventis. — PERSE, Sat., 2, 28 : præbet tibi vellere barbam. — Hor., Carm., I, 26, 2 : tristitiam et metus | tradam protervis in mare Creticum | portare ventis. 1, 12, 2 : quem virum aut heroa lyra vel acri tibia sumis celebrare, Clio ?
b) Après certains verbes pour remplacer une proposition finale qui aurait comme sujet le mot qui est le complément du verbe principal.
Ex.: VIRG., Én., V, 511 sq. : Sidonio est invectus equo, quem candida Dido | esse sui dederat monumentum (cf. l'homérique δῶχε Eervftov εἰναι).
Cet emploi b) de l'infinitif est très rare, même chez les poètes.