IV. — INFINITIF DE DÉTERMINATION
570. — Emploi assez étendu en grec. — L'infinitif étant un nom verbal peut logiquement se construire comme un substantif à l'accusatif (cf. ci-dessus, $ 14), pour exprimer à quel point de vue tel ou tel sujet possède telle ou telle qualité signifiée par un adjectif.
Toutefois cet emploi particulier de l'infinitif est beaucoup plus étendu en grec qu'en latin.
Il se rencontre en grec :
1° Après les adjectifs marquant habileté, capacité, aptitude ou l'idée contraire, incapacité, maladresse, etc., ainsi qu'après les adjectifs qui marquent l'empressement ou la répugnance à faire quelque chose ?.
1. Quelques prosatcurs de l'époque impériale ont à leur tour, emprunté cette construction aux poëtes.
Ex.: Var.-Max., V, 1 ext. 1: quis illam osculari non curreret ? — Auv-Grus, NV. A. XVI, 3,2: cum isset visere. XVI, 19, 5: proficiscitur terras inclitas visere. Aruits, Mét., VIII, 4: Canes invadere bestias inmittuntur (ef. ib., IV, 3; VI, Si. Jusrix, XVIII, 7, 7 (mittor avec l'infinitif).
Peut-être cet emploi de l'iofinitif chez Aulu-Gelle et chez Apulée est-il affectation d'archaïsme.
2. On peut dire sans doute que cet emploi particulier de l'infnitif après les adjectifs de ces catégories est une extension analagique de la construction infinitive après les verbes exprimant une manifestation de la volonté ou de l'activité énumérés ci-dessus, ὶ
ΟΝ PT ie /
En pareil cas, le substantif auquel se rapporte l'adjectif est sujet logique de l'infinitif.
Ex. : Lys. 11, 42 τ, Θεμιστοχλέα, ἱκανώτατον εἰπεῖν χαὶ γνῶναι χαὶ πρᾶξαι. — Dém., II, 20 : αἱ γὰρ εὐπραξίαι δειναὲ συγκρύψαι τὰ τοιαῦτα ὀνείδη. — Isoc., VII, 39 : κυρέαν ἐποίησαν ἐπιμελεῖσθαι τῆς εὐταξίας. Εἰς.
Hén., III, 138 : βίην δὲ ἀδύνατοι ἦσαν προσφέρειν. — Ans- Topn., Paix, 430 : τἄλλα εὑρήσεις ὑπουργεῖν ὄντας ἡμᾶς οὗ κακούς. Cf. Τητα,, VI, 38, 2: ἡμεῖς δὲ κακοὲ, πρὶν ἐν τῷ παθεῖν ὦμεν, προφυλάξασθαξέ τε καὶ αἰσθόμενοι ἐπεξελθεῖν". Etc.
Hén., Π, 3, : τὰ μέν νυν θεῖα τῶν ἀπηγημάτων οἷα ἤχουον, οὐχ ait πρόθυμος ἐξηγέεσθαι". — AnriPnane, fragm., 86 : ᾽ , ͵ 7 , ? ᾽ ΄ ᾽ οὐδεὶς πώποτ᾽, ὦ δέσποτ᾽, ἀπέθαν᾽ ἀποθανεῖν πρόθυμος ὦν. Etc. |
Il serait facile de donner beaucoup d'autres exemples; ceux-là suffisent à faire comprendre la construction.
REMARQUES. — I. On peut rattacher à cet emploi de l'infinitif après les adjectifs signifiant capacité la construction de οἷος ou de ὅσος avec l'infinitif conformément à la règle suivante :
Quand τοιοῦτος {corrélatif de οἷος) ou τοσοῦτος (corrélatif de ὅσος) est exprimé ou sous-entendu dans la proposition principale, on remplace souvent ὥστε suivi de l'infinitif (cf. p. 494, Res. Il), par οἷος ou par ὅσος qu'on fait accorder avec son corrélatif en genre, en nombre et en cas et qui est suivi de l'infinitif.
4. C'est l'idée d'incapacité contenue implicitement dans l'adjectif χαχός qui justifie l'emploi de l'infioitif. ΠῚ en st de même pour la construction de l'intinitif après les adjectifs μαλαχός, ταπεινός, ct autres semblables.
Ex. : Tauc., 11, 61, 2: Æ<anecv ὑμῶν ἡ διάνοια ἐγκαρτερεῖν ἃ ἔγνωτε. — Prar., Rép., 556 b : μαλακοὶ καρτερεῖν. Etc.
Peut-être esi-ce pour une raisou semblable qu'on trouve ὀλίγος suivi de l'infiaitif (pour ὀλίγος suivi de ὥστε ou de ὡς avec l'infinitif, voy. ci-dessus, p. 493, D, Rex.). 11 suffit de traduire ὀλίγος par « incapable, à cause de leur petit nombre, de... », pour se rendre compte des constructions suivantes :
Ex. : Hén., VII, 109 : ὀλέγοι στρατιῇ τῇ Μήδων aupG&Aee (cf. VI, 207). — Tuuc., 1. 50, ὅ : δείσαντες... μὴ... αἱ σφέτερα: δέκα νῆες ὀλίγαις ἀμύνειν ὦσι. Etc.
Enfin, c'est vraisemblablement par analogie avec les constructions ci-dessus étudiées qu'après un comparatif on emploie quelquefois en grec ñ (au lieu de ἢ ὥστε) avec l'infinitif.
Ex.: Sorn., Œd. RÀ., 1293 : τὸ γὰρ νόσημα μεῖζον ἢ φέρειν (« le mal dépasse ce que je suis capable de supporter »). — Prar., T'héétéle, 149 c : À ἀνθρωπίνη φύσις ἀσθενεστέρα ἢ λαθεῖν τέχνην ὧν ἂν ñ ἄπειρος (« la nature humaine à cause de sa faiblesse est incapable de... »).
2. Ce qui a certainement contribué au développement de cette construclion, c'est l’analogie du verbe προθυμοῦμαι qui s'emploie avec l'infinitif comme les verbes exprimant une manifestation de la volonté.
De même, c'est parce que ἐπίσταμαι « savoir, être apte à, capable de », se construit avec un infinitif qu'on a pu dire ἐπιστήμων λέγειν τε χαὶ σιγᾶν (Par, Phèdre, 276 a).
Ex. : PLAT., Crit., 46 b : ἐγὼ ἀεὶ τοιοῦτος οἷος... μηδενὶ ἄλλῳ πείθεσθαι ἢ τῷ λόγῳ". — XÉN., Anab., II, 3, 13 : οὐχ ἦν ὥρα οἷα τὸ πεδίον ἄρδειν (ditt. le moment n'élait pas tel qu'on pôût arroser...). 16... IV, 1, 5 : ἐλείπετο τῆς νυχτὸς ὅσον σχοταίους διελθεῖν τὸ πεδίον (ἐμέ. il restait de la nuit autant qu'il en fallait pour qu'ils pussent traverser la plaine dans
| l'obscurité). Etc. ?.
ΝΟΥ. à ce propos, ce qui est dans GOODWIN, ouv. cilé, $ 159.
11. Par analogie encore, certains substantifs signifiant aplitude à quelque chose se construisent avec l'infinitif.
Ex. : PLAT., Laches, 181 : oi παῖδες ὑμῖν ὀλίγου ἡλικίαν ἔγουσι παιδεύεσθαι (l'âge susceptible d'instruction). Etc.
2 Après les adjectifs qui signifient facile, agréable, bon, beau, digne Ou qui expriment des idées contraires.
En pareil cas, le substantif auquel l'adjectif se rapporte est complément logique de l'infinitif et l’infinitif exprime par rapport à quelle action l’épithète convient au substantif.
Ex. : Hou., 11.,. 11, 119 : αἰσχρὸν γὰρ τόδε Υ᾽ ἐστὶ χαὶ ἐσσομένοις! πυθέσθαι: (cf. Π.., 1, 107; 589). — Dém., XXI, 24: τοὺς γὰρ ὑπὲρ τούτων λόγους ἐμοὶ μὲν ἀναγκαιοτάτους προειπεῖν ἡγοῦμαι, ὑμῖν δὲ χρησιμωτάτους ἀκοῦσαι. -- II, 2 :
Χέν., Μόηι., I, 6, 9 : ἐχπολιορχηθείη δὲ πότερος ἂν θᾶττον, ὁ τῶν χαλεπωτάτων εὑρεῖν δεόμενος, ἢ ὁ τοῖς ῥάστοις ἐντυγχάνειν ἀρχούντως χρώμενος; Etc.
Il est inutile de multiplier les exemples.
REMARQUES. — I. C'est l'infinitif actif qu'on emploie de préférence avec cette seconde classe d’adjectifs.
Le passif, beaucoup plus rare, se rencontre cependant. Ex.: XÉN., Cyn., 3, 3 : (κύνες) αἰσχραὶ ὀὁρᾶσθαι (on attendrait ὁρᾶν). --- Isocn., XV, 115 : ἔστι δ᾽ © λόγος φιλαπεχθήμων μέν, ῥηθῆναι δὲ οὐχ ἀσύμφορος.
Dans cette construction, le substantif auquel se rapporte l'adjectif devient le sujet logique de l’infinitif, comme dans le cas 1°.
II. L'adjectif ἄξιος se construit aussi bien avec l'infinitif passif qu'avec l'infinitif actif.
1. C'est là (avec ellipse de τοιοῦτος) l'origine des cxpressions οἷός τε elut avec l'infinitif « je sun capable de... » et οἷόν τε ἐστίν avec l'infinitif « il est possible de. ».
2. Chez Homère, on trouve les adjectifs pronominaux τοῖος, τοιόσδε, τοιοῦτος, τόσος. τηλίχος εἰ ποῖος employés quelquefois sans relatifs correspondants et suivis de l'infinitif pour sigaifier l'idée de « capable de ».
Ex.: Od., 11, 60 : ἡμεῖς δ᾽ οὔ νύ τι τοῖοε ἀμυνέμεν. Od., XXI. 195 : ποξοξ χ' εἴτ᾽ ᾿Οδυστι ἀμυνέμεν... ; Cf. 11., VI, 463; Od., III, 205; VIT, 309 ; ΧΥ͂Π, 20. Cf. Goonmx, our. cité, & 760.
pure ν ὙΠ ou SES / ν᾽
Ex. : Πέπ., IV, 42 : εὔρεος δὲ πέρι οὐδὲ συμδάλλειν ἀξίη φαίνεταί μοι εἶναι. — Tauc., 1, 138, 3 : ἦν ὃ Θεμιστοχλῆς μᾶλλον ἑτέρου ἅξιος θαυμάσαι. — PLAT., Méner., 231 © : ἔστι δὲ ἀξία ἣ χώρα ὑπὸ πάντων ἀνθρώπων ἐπαινεῖσθαι. Etc.
3° D'une manière beaucoup plus libre après un adjectif se rapportant à un substantif qui n'est ni sujet ni complément logique de l'infinitif.
L'adjectif ainsi construit signifie par rapport à quoi l'idée Ca exprimée par l'adjectif convient bien au substantif qualifié.
Ex. : Puar., Méner., 239 D: ὡς ἤμυναν ᾿Αργείοις πρὸς Καδμείους καὶ Ἡρακλείδαις πρὸς ᾿Λργείους, ὁ... χρόνος βραχὺς ἀξίως διηγήσασθαι. Etc.
574. — Emploi restreint en latin. — Cette construction de l'infinitif est limitée en latin (du moins dans la langue classique) à un petit nombre d'adjectifs comme paratus ((ἐβ., Cc.?), assuetus (Vinc., T.-Live), dOCtUS (Ov., Mét., V; 55; etc.), etc., qui sont proprement les participes passés des verbes énumérés ci-dessus (δ 563, 7°, p. 627).
REMARQUE. — Mais les poëles et les prosateurs de l'époque impériale* construisent avec l'infinitif :
4° Les adjectifs qui signifient habile à, capable de Ou désireux de, décidé à ou encore content de, ainsi que ceux qui expriment des idées contraires à celles-là : peritus (VIRG., TAc.); nescius (VirG., HOR., PROP., PERSE, LUCAIN, JUY., SIL.); scitus (SiL., XV, 594); bonus (Vinc., VaL.-FLacc.)*; callidus (Hor., Cœm., 1, 10, 1 sq.; PERSE); ignarus (Ov., SrAcE); docilis (Hor., Ép., 1, 2, 64; SIL., XIII, 120; etc.); indocilis (Hor.); prudens (Hor., Epod., 17, 47; etc.); sollers (Hor., Carm., 1V, 8, 8); sagax {Ov., Met., V, 146); rudis (SiL.)5. — avidus {VIRG., OV., PLINE L'ANCIEN) ; cupidus (PROP., APUL.); certus, décidé ἃ... (VIRG., Én., IV, 466; Ov., Tac., APUL.); piger (Hor., Sat., I, 4, 12); impiger (Hon., Carm., IV, 14, 22); lassus, fatigué de... (ProP., Il, 13, 28; 11, 30, 26); lentus (SiL., V, 19); contentus, satisfait de. (ΟΥ., VELL., PERSE, etc.) ; etc.
90 Les adjectifs qui signifient facile, utile, bon, beau, οἱς., à faire ou digne d'étre fait, ainsi que ceux qui expriment des idées contraires à celles-là : facilis (ProP., LUC., SIL., A.-GELLE) ; difficilis (VAL.-MAx., STACE) ; arduus (VAL.-MAx., VI, 8, 5 :
1. Mais il faudrait nécessairement dire (en employant l'infinitif actif) : ἔστι δὲ ἀξία ἡ χώρα ἐπαίνου τυχεῖν.
2. Remarquez que chez Cicéron paratus est ordinairement joint à 6886. Voy. G. Mcæicen, sur Lehre rom fnfinitio im Laleinischen, p. xvu (Gürlits, 1878) et Jon. Scuwinr, de usu infinilivi apud Lucanum, elc., p. 97 (Halle, 1881).
3. Voy. A. Daecen, Hist, Synt. der lat. Spr., 8 434, t. 113, pp. 370 544.
+. A bonus pris dans le sens de doctus, peritus on rattachera le comparatif melior p. peritior (Paasz, Locaix, Sir.) et 10 superlatif optimus p. peritissimus (Sracs, Siives, 11, 3, 70 : optimus condere divitias).
5. Et par analogie avec les adjectifs signifant « qui sait » ou « qui ne sait pas» : vetus p. expertus ou peritus (Siz., XVI, 201); novus p. imperitus (Si, XVI, 332 : nova ferre jugum).
arduum dignosci); utilis (Hon., VAL.-Max.); lubricus aspici, dangereux à regarder! (HOR., Carm., I, 19, 8; cf. SiL., V, 18); cantari dignus (VIRG., Ég., 5, 54; cf. Égl., 5, 89; QuixT., X, À, 96; PLINE LE JEUNE, Pan., 1, 4)°. Etc.
3° Enfin les adjectifs les plus divers employés de telle manière que l'infinitif dont ils sont accompagnés marque par rapport à quoi l'idée exprimée par l'adjectif convient bien au substantif qu'il qualifie.
Ex. : Hor., Carm., 1, 15, 18 : celerem sequi (— in sequendo), rapide quand il
s'agit de poursuivre (cf. À. poél., 165 : relinquere pernix; STACE, Theb.,
VI, 797 : velox absistere ; SiL., 11. 338 : acer σα venatibus metiri.
Sat., Il, 7, 59 sq. : contemnere honores | fortis (cf. Carm., I, 37, 96;
STACE, Théb., X, 906). Carm., 1, 3, 25 : audax° omnia perpeti (cf.
Pror., IV, 5, 13; SEN., Herc. fur., 548 ; Luc., VII, 246; SIL., I, 409).
— SIL., XIII, 220 : audere trucem. XI, 8 : odium renovare ferox ‘cf.
Hor., Ép., 1, 15, 30 : opprobria fingere sævus; JUv., IV, 110). —
Hor., Sat., 1, 4, 8 : durus componere versus (—— in componendis
versibus). — VinG., Géorg., 1, 284 : septima (dies) post decimam felix... ponere vitem (pour ce qui »st de planter la vigne). Etc.