faut mettre à part cette phrase de Cicénon
Tusc., III, 9, 20 : verbum invidiæ ductum est a nimis intuendo fortunam alterius.
Cicéron était obligé d'employer la tournure qu'il a choisie : a nimis intuenda fortuna n'aurait pas eu de sens. Ce qu'il s’agit d'exprimer, en effet, c'est cette idée : « le mot tnridia vient de l'erpressina nimis tnlueri fortunam alterius, » et non pas celle-ci : « le mot invidia vient de trop considérer le sort d'autrui. » De plus, on sait que le tour defendendo pacem, par exemple (abl. d'instrument sans préposition), ne peut étre remplacé par defendenda pace, s'il s'agit d'un fait. 11 faut tourner alors par le participe passé (voy. ci-après, 8 607, Rsx. III, p. 686).
Et même la substitution n'a pas lieu ordinairement, quand 16 complément direct du gérondif est un adjectif ou un pronom au neutre (cupiditas discendi aliquid, ars vera ac falsa dijudicandi, etc.)".
579. — Génitif du gérondif. — Le génitif du gérondif ou de l'adjectif verbal en -ndus peut dépendre d'un substantif, d'un adjectif et d’un verbe (particulièrement du verbe esse)?.
4° Comme complément d’un substantif il exprime surtout les rapports que marque un substantif ordinaire construit au génitif possessif (cf. ci-dessus, ὃ 102).
Ex. : Ενν., Ann., XVIII, 437 : respirandi copia (cf. PLaur., Épid., 1, 2, 59), — Ten., Andr., 138 : vera Objurgandi causa sit. J4., 821 : orandi jam finem face. — Cic., de Fin., I, 13, 42 : sapientia ars vivendi putanda est. V, 29, 86 : beate vivendi cupiditate incensi omnes sumus. De Amic., 5, 19 : viri boni sequuntur naturam, optimam bene vivendi ducem. Brut. 54, 200 : intellegens dicendi existimator uno aspectu et præteriens de oratore sæpe judicat. — T.-Live, XXIV, 43, 3 : conjuratio deserendæ Italiæ. XXXIV, 26, 5 : sententia ordiendi belli. Etc.
Parmi les emplois intéressants à noter, on peut signaler les constructions où le génitif du gérondif sert à marquer la destination.
Ex. : Sazc., Orat. Phil., 83 : exercitum opprimundæ libertatis. — T.-Live, 14, 45, 18 : oratores pacis petendæ. Etc*.
1. Selon Wavrruw, Liv. Krit., p. 16, cité par Scumarz-Laxponar (dans leur réédition de Ræisra- Haass, Vorlesungen über lat. Sprachwissenschaft, t. ΠῚ, Syntaxe, p. 793, ἃ. 596 b), T.-Live préférerait le gérondif à l'adjectif verbal en -ndus ;
1° Pour éviter de faire rimer deux syllabes :
Ex.: T.-Live, V, 16, 14 : auctores signa relinquendi et deserendi castra (au lieu de signorum relinquendorum, εἰς.).
2° Pour éviter toute confusion de genre :
Es.: T.-Live, 1, 46, 7 : initium turbandi omnia. 1, 47, 1: ingentia pollicendo. 3° Pour éviter l'accumulation de plusieurs géuitifs :
Es.: T.-Live, XXV, 40,2 : initium mirandi Græcarum artium opera.
2. On trouvera la liste de tous les mots avec lesquels le génitif du gérondif peut se construire dans J.K. Wrrr, Progr., Gumbinnen, 1873 et 1883.
3. Ces constructions ont peut-être contribué à introduire dans la langue des façons de parler comme celle-ci, qu'on rencontre surtout chez Tacite :
Es.: Tac., Ann., 11, 59 : Ægyptum (cf. ci-dessus, p. 67, n. 4) proficiscitur cognoscendæ antiquitatis (« pour étudier les antiquités de ce pays »).
Dans des phrases de ce genre, les génilifs de substantifs accompagnés d'adjectifs verbaux en -ndus sont employés pour marquer le but, l'intention, mais ne dépendent grammaticalement de rien. Une autre explication assez vraisemblable (οἵ, Baenous, Étude sur les Hellénismes dans la syntaxe
REMARQUES. — 1. Les formes mei, nostri, etc., qui servent de génitif à ego, nos, eic., sont en réalité les génitifs des adjectifs possessifs neutres meum, nostrum, etc., pris substantivement et signifient littéralement de mon étre, de notre étre.
Il en résulte que l'adjectif verbal doit toujours être mis au génitif neutre singulier, quand il se rapporte à mei, nostri, etc.
Ex. : CÉs., de Bell. Gall., III, 6, 1 : neque sui colligendi hostibus facultatem relinquunt. — Ov., Hér., 20 (19), 74 : copia placandi sit modo parva tui (paroles adressées à une femme). Etc.!.
JI. On trouve quelquefois chez Cicéron des phrases comme celle-ci :
De Fin., Ὗ, Ἵ, 19 : facere omnia voluptatis causa... aut non dolendi. aut eorum quæ secundum naturam sunt adipiscendi (cf. in Verr., IT, 2, 34, 77; ἃ, 41, 104; Phil., 5, 3, 6).
De toutes les explications proposées ? pour rendre compte de cette construction, la plus satisfaisante nous paraît être celle de Bergaigne*, qui, se fondant sur des analogies sanskrites, croit qu’en pareil cas les deux génitifs étaient, à l'origine, construits d’une fuçon parallèle, l'un et l'autre dépendant directement de l'expression qui, dans la phrase, gouverne ce cas et le second génitif étant ajouté pour expliquer le premier ; ainsi pour l'exemple du de Finibus, la traduction qui rendrait compte de l'origine de la construction serait : « tout faire en vue du plaisir ou en vue de l'absence de douleur ou en vue des biens qui sont selon la nature, à savoir en vue
de les obtenir »*,
2° Comme complément d'un adjectif, il exprime en général les mêmes rapports que le substantif au génitif complément d'un adjectif. cd
Ex. : Cic., de Orat., II, 4, 16 : equidem sum cupidus te in illa longiore ac perpetua disputatione audiendi. — Cés., de Bell. Gall., V, 6, 3 : insuetus navigandi. — Conx. Nér. Épam., 3, 2 : Epaminondas studiosus fuit audiendi. Etc.
Cic., de Orat., 1, 20, 29 : Demosthenes Platonis studiosus audiendi fuit. De Of., 1, 22, 14 : (multi sunt) cupidi bellorum gerendorum. Etc‘.
latine, p. 113 et suiv.) consiste à voir dans cette construction une imitation de la syntaxe grecque {cf. ci-dessus, p. 602, Rau. I). « Ainsi chez Terence, Ad.,270 : ne id adsentandi magis quam quo habeam gratum facere (me) existumes », le gérondif adsentandi (« pour me flatter ») pourrai bien être une franscriplion du tour grec τοῦ avec l'infinitif, qui se trouvait peut-être dans l'original que Térence imitait ou traduisait, » (O0. Rixmanwx, Synf. lat., 2° éd., p. 444, n. 1.)