‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 233 sur 306 · I. — RÈGLES RELATIVES A L'EMPLOI DES MODES · texte numérisé non relu

I. — RÈGLES RELATIVES A L'EMPLOI DES MODES

634. — Deux cas principaux. — Pour donner les règles de l'emploi des modes dans le style indirect proprement dit, il faut considérer que ces règles dépendent de la forme qu'auraient les propositions si elles étaient au style direct : on traitera donc successivement des propositions qui seraient indépendantes dans le style direct et des propositions qui seraient déjà subordonnées dans le style direct.

A. — Propositions qui seraient indépendantes dans le style direct.

635. — Propositions qui, dans le style direct, seraient à l'indicatif. — Les propositions qui, dans le style direct, seraient des propositions indépendantes à l'indicatif, sont, dans le style indirect, soumises aux règles suivantes :

15 Elles sont mises à l'infinitif (avec un accusatif sujet), lorsqu'elles sont affirmatives.

1. En faisant ce rapprochement on a égard à ce que la construction est la méme dans les deux cas : en effet, que le verbe principal soit « dire » ou qu'il soit « croire, comprendre », ctc., on emploie après lui la méme forme de proposition subordonnée,

Ex. : Cés., de Bell. Gall., I, 13, 3 : (Divico) ita cum Cæsare egit : « si pacem populus Romanus cum Helvetiis faceret, in eam partem ituros atque ibi futuros Helvetios ubi eos Cæsar constituisset (style dir. : in eam partem ibimus Helvetii atque ibierimus...).1I6.,86 : se ita a patribus majoribusque suis didicisse, ut magis virtute contenderent quam dolo aut insidiis niterentur {style dir. : ita a patribus majoribusque nostris didicimus, ut magis virtute contenderemus, etc.). 1b., 14, $ 1 : his Cæsar ita respondit : « 00 sibi minus dubitationis dari, quod.….. (style dir. : eo mihi minus dubitationis datur, quod...). Etc.

REMARQUES. — I. La même règle s'applique en grec aux propositions qui, dépendant du verbe φάναι à la proposition principale, doivent être mises à l'infinitif, avec cette réserve toutefois que le sujet n'en est pas exprimé quand il est identique au sujet principal (cf. ci-dessus, ὃ 554, 40, a).

De plus, il faut observer que, chez les historiens, les discours avec style indirect, sont ordinairement assez courts. En effet, il arrive fréquemment qu'après quelques phrases on passe au style direct ; quand on ne le fait pas, on répéle au moins le verbe principal auquel se rattachent les propositions subordonnées ; de cette manière, au lieu d'un seul discours développé en style direct on a une série de discours indirects de peu d'étendue. Voy. O. RIEMANN, Synt. lat., 8 227 (2e éd., p. 386, ἢ. 2) qui cite comme exemple :

Tauc., VII, 48 : 83, οὐχ ἔφη ἀπάξειν τὴν στρατιᾶν. Εὖ γὰρ εἰδέναι χτλ. 84, τῶν τε παρόντων στρατιωτῶν πολλοὺς... ἔφη, χτλ. 8 ὅ, τὰ τε Συραχοσίων ἔφη, χτλ. 86, τρίδειν οὖν ἔφη χρῆναι, χτλ.

Il. En latin, le sujet de la proposition infinitive (se ou eum, Θ08) peut être sousentendu, quand il n’en résulte pas d'obscurité (cf. ci-dessus, p. 605, Rex. 11).

Ex. : T.-LivE, XXI, 38, 5 : ex ipso audisse (s.-ent. se) Hannibale, postquam Rhodanum trausierit, triginta sex milia hominum ... amisisse (style direct : audivi ...). Etc.

2° Lorsque ces propositions sont interrogatives, elles sont tantôt à l'infinitif, tantôt au subjonctif.

Il y a plusieurs cas à considérer : car la construction semble dépendre à la fois du sens de la proposition interrogative et de la personne du verbe employé dans la proposition interrogative ?. -

a) Si l'interrogation exprime une question réelle, ou, en d'autres termes, si la question implique, de la part de celui qui la pose, une incertitude véritable sur la réponse qu'on pourra lui faire, le mode du style indirect sera soit le subjonctif, soit l'infinitif ou le subjonctif.

4. Ce cas particulier a été étudié par O. Rixuasx, Revue de Philologie, VIT, p. 112-131 et 164-169.

En grec, on ne rencontre jamais, dans le cours d'un discours indirect, une proposition interrogative : les proposilions interrogatives doivent toujours se rattacher, d’une fagon immédiate. à un verbe principal.

2. Ainsi qu'on va le voir, l'usage est ici fort compliqué ; si l'on veut se contenter d'une règle générale, admettant un certain nombre d'exceptions, mais s appliquant cependant à la majorité des cas, on peut dire que le subjonctif s'emploic surtout là où l'interrogation directe serail à la seconde personne, et l'infinitif là où l'interrogation directe serait à la premiére ou à la troisième personne.

Ce sera le subjonctif, si la proposition énoncée en style direct devait être à la seconde personne.

Ex. : T.-Live, V, 20, 3 : quid de præda faciendum censerent ? (style dir. : quid censetis ?).

Ce sera l'infinitif ou quelquefois le subjonctif, si l'interrogation directe devait être à la première ou à la troisième personne.

Ex. : T.-Live, XXVI, 35, 10 : unde.. paraturos (style dir. : parabimus) navales socios'? XXV, 35, 6: quo modo autem non obstitisse aut ab tergo secutum fratrem ?..? — Tac., Ann. Ι, 41 : quis 1116 flebilis sonus (s.-ent. esset) 1

B) Si l'interrogation n'est qu'une forme oratoire impliquant une affirmation ou une négalion déguisée, le mode de l'interrogation indirecte est ordinairement l'infinitif.

Ex. : Cés., de Bell. Gall., V, 28, 6 : docebant ex proximis hibernis et a Cæsare conventura subsidia; postremo, quid esse levius aut turpius (on prévoit comme réponse : nihil est... turpius), quam auctore hoste de summis rebus capere consilium ? De Bell. civ., 1, 9, 5 : quonam hæc omnia nisi ad suam perniciem pertinere (— hæc omnia ad nihil nisi ad perniciem pertinent). — T.-Live, X, 26, 2 : quonam modo se oblivisci P. Decii.… posse? (entendez : nullo modo. oblivisci possum). 1V, 2,14 : nonne Canulejo duce se speraturos Capitolium atque arcem scandere posse, si patribus tribuni cum jure ac majestate adempta animos etiam eripuerint? (entendez : sperabunt). Cf. XXI, 30, 9; 53,3: quid enim … teri tempus? (entendez : non recte teri tempus).. XXH, 50, 5: cur enim illos … non venire? (entendez : illos ad se debere venire)°. — Cés., de Bell. Gall., 1, 14, 3 : quod si veteris contumeliæ oblivisci vellet, num etiam recentium injuriarum... memoriam deponere (s.-ent. se) posse (entendez : non possum)? — T.-Live, I, 50, 3 : An quicquam superbius esse quam ludificari sic omne nomen Latinum ? (c.-à-d. nihil superbius est, etc.). XXVIL, 24, 7 : primo sermones tantum occulti serebantur : « si bellum in provincia esset, quid sese inter pacatos facere? (entendez : nihil facimus). Etc.

REMARQUE. — Toutefois la proposition interrogative se met au subjonctif, lorsque le

verbe de cette proposition cst le verbe croire OU penser et que de plus l'interrogation directe serait à la seconde personne.

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