II. — RÈGLES RELATIVES Α L'EMPLOI DES TEMPS
641. — Propositions infinitives. — Dans les propositions infinitives du style indirect, le présent de l'infinitif remplace le présent° de l'indicatif; l'aoriste et le futur ont le mème sens que les temps correspondants de l'indicatif.
Quant au parfait, il signifie, comme à l'indicatif, l'entier achèvement dr l'action.
Voyez ci-dessus, & 280 544. et 283 sqq.
642. — Propositions subjonctives — Il faut distinguer deux Cas :
Les propositions subjonctives qui remplacent des propositions indépendantes du style direct;
Les propositions subjonctives qui ΓΟΠΙΡΙΔΟΘΗΙ des propositions dépendantes du style direct.
1. Cette incorrection devicot de plus en plus fréquente chez les écrivains de la basse époque : dans sa dissertation sur la latinité d'Ammien Marcellin (p. 37), Hassenstein en cite 26 exemples.
2. Unc dérogation remarquable à la règle du style indirect est celle qu'on trouve dans Cicéron :
P. Czcin., 9, 2+: mihi certum 68ῖ..., antequam ad meam defensionem meosque testes venio. illius uti confessione et testimoniis. 11 semble qu'antequam avec l'indicatif employé comme il ἃ été dit ci-dessus (p. 481, Rex.) ait constitué une formule qu'on devait employer sans changement méme dans le style: indirect. 3. £n grec, le présent de l'infinitif peut aussi remplacer l'imparfuit de l'indicatif; mais en latin, cela ne se rencontre qu'exceptionncllement.
4° Dans les premières, l'emploi des temps est déterminé par les
règles générales de la concordance des temps (ch. rv, ὃ 6481. c'est-à-dire quon met au subjonctif proprement dit ($ 279, 4° les propositions qui dépendent d'un verbe principal au présent ou au futur, et au subjonctif passé (ὃ 259, 2, b) les propositions qui dépendent d'un verbe principal au passé.
9 Dans les secondes, l'emploi des temps du subjonctif donne lieu
à quelques observations importantes.
a) Lorsqu'une proposition relative déterminative, temporelle ou
conditionnelle, qui, dans le style direct, serait au futur ou bien au futur antérieur de l'indicatif, est mise au subjonctif, en vertu de la règle. $ 637, l'idée du futur cesse d'y être marquée par la forme grammaticale employée : le futur simple du style direct est remplacé, selon les cas, par le présent ou par l'imparfait du subjonctif (d'après la règle de la concordance des temps, ὃ 648); le futur antérieur du style direct est remplacé de mème, selon les cas. par le parfait ou par le plus-
.que-parfait du subjonctif.
Ex. : Cés., de Bell. Gall., 1, 13, 3 : (Divico) ita cum Cæsare egit : « si
pacem populus Romanus cum Helvetiis faceret, in eam partem ituros atque ibi futuros Helvetios ubi eos Cæsar constituisset atque esse voluisset (style dir.: si pacem populus Romanus nobiscum faciet, in eam partem ibimus atque ibi erimus ubi tu nos constitueris atque esse volueris). 1,13, 4: sin bello persequi perseveraret, reminisceretur.… veteris incommodi populi Romani : (style dir. : si bello persequi perseverabis, reminiscere... veteris incommodi populi Romani) 1, 14,6: cum ea ita sint', tamen, si obsides ab 118 sibi dentur, uti ea quæ polliceantur facturos (sous-ent. eos) intellegat, et si Hæduis de injuriis quas ipsis sociisque eorum intulerint, item si Allobrogibus satisfaciant, sese cum 118 pacem esse facturum (style dir. : cum ea ita sint, tamen, si obsides a vobis mihi dabuntur, uti ea quæ pollicemini facturos vos intellegam, et si Hæduis de injuriis quas ipsis sociisque eorum intulistis, item si Allobrogibus satisfacietis, ego vobiscum pacem faciam). Etc.
4. Il y a sint, εἰς., et non essent, elc., parce que le parfait respondit (1, 14, 1) d'où dépendent
toutes ces propositions au style indirect est considéré comme ayant la valeur d'un présent (εἴ. ci-après, S 649, 2°, p. 728).
REMARQUE. — La forme verbale scriptus ero devient dans les propositions subjonctives amenées par le style indirect tantôt scriptus sim, tantôt scriptus essem, suivant que le verbe d'où dépendent les propositions au style indirect est au présent (ou au futur) ou bien au passé.
Certains auteurs, T.-Live surtout, remplacent, en pareil cas, scriptus essem par scriptus forem.
Ex. : T.-Live, XXV, 23, 4 : tentare hominum animos jussit et fidem dare, si traditæ forent Syracusæ, liberos eos ac suis legibus victuros esse. XXXI, 12, 4 : quæ inventa pecunia esset reponi; si quo minus inventum foret, expleri. Etc. !.
b) Au contraire, dans les propositions causales le futur de l'indicatif du style direct est dans le style indirect remplacé par une périphrase formée de l’adjectif verbal en -urus accompagné de sim, si le verbe principal est au présent ou au futur; ou de essem, si le verbe principal est-au passé.
Ex. : Con. Nép., Dion, 8, 1-2 : Callicrates quidam... adit ad Dionem et ait eum magno in periculo esse propter offensionem populi et odium militum, quod nullo modo evitare posset, nisi alicui suorum negotium daret qui se simularet illi inimicum;, quem si invenisset (cf. ci-dessus, a) idoneum, facile omnium animos cogniturum.., quod inimici ejus dissidenti? suos sensus aperturi forent. Etc.
REMARQUES. — ἴ. La même règle était peut-être ὅ appliquée aux propositions relalives erplicalires.
Ex. : Cic., in Cat., 1, 3, 1: meministine me... dicere in senatu fore in armis
certo die, qui dies futurus esset a. d. VI. Kal. Novembres, C. Manlium... ? Etc.
IT. Le μείων antérieur passif du style direct devrait être remplacé au style indirect, dans les propositions causales et dans les propositions relatives explicatives, par la périphrase futurus sim (ou essem) avec le participe passé du verbe à employer (voy. ci-après, 8 657, REM. Ill).
NI. 1] est difficile de dire quelle construction adoptaient les Latins, quand ils avaient affaire à un verbe auquel manquait l'adjectif verbal en -urus.
La périphrase futurum sit (ou esset) ut... était-elle employée ?
Il semble bien que ce tour grammatical ait été considéré comme barbare ; en tout cas, les grammaires n'en citent pas d'exemples.
1. Voy. O. Rimwaux, Syné. lat., $ 240 ; Études sur... T.-Lire, 2° éd. p. 229.
2. Les mss donnent dissidentes, mais la correction dissidenti parait nécessaire. Voy. O. Riruawx, Synt. lat., 2° éd., p. 421, n. 1.
3. Il faut sc rappeler en cffet que toutes ces questions n'ont pas encore été suffisamment étudiées.
Bien que les règles données ci-dessus, 8 ct D, se vérifient dans un grand nombre de cas, il arrivo quelquefois qu'elles ne sont pas appliquées exactement. Ainsi l'on trouve la périphrase scripturus sim (ou essem) là où l'on attendrait tout simplement scribam (ou scriberem), c'est-à-dire daus des propositions conditionnelles, dans des propositions temporelles ou enfin dans des propositions relatives qui ne sout pas ezplicalives.
Es. : Cic., Acad. pr., I, 21, 67 : illud (c.-à-d. quod Arcesilas probabat) primum, sapientem, si assensurus esset (au liou de assentiretur), etiam opinaturum, faisum esse Stoici dicunt. Etc.
GRAMM. COMP. DU GREC ET DU LATIN (Svntaxe). 46
ἢ 2. — Style indirect au sens large du mot.
643. — Emploi régulier du subjonctif. — Les propositions subordonnées qui résument les paroles ou font partie de la pensée d'un sujet nommé dans ce qui précède (voy. ci-dessus, ὃ 632, 2°) se mettent nécessairement au subjonctif.
Ex. : Cuc., ad Att., N,1,2: Pætus…. omnes libros quos frater suus reliquisset mihi donavit'. — T.-Live, V, 54, 3: equidem cum abessem, quotienscumque patria in mentem veniret (cf. ci-dessus, p. 424, n. 3), hæc omnia occurrebant, colles campique et Tiberis et assueta oculis regio et hoc cælum, sub quo natus educatusque essem*.xXx111,19, 4: Marcellum.. preces Nolanorum Acerranorumque tenebant, Campanos timentium, si præsidium Romanorum abscessisset*. ΧΧΠΙ. 25, 9-10 : duæ legiones urbanæ alteri consuli, qui in locum L. Postumii suffectus esset, decretæ sunt, eumque, cum primum salvis auspiciis posset, creari placuit; legiones præterea duas primo quoque tempore ex Sicilia acciri atque inde consulem cui legiones urbanæ evenissent militum sumere quantum opus esset ἢ.
Inversement, on trouve scribam (ou scriberem), là où il faudrait (d’après la règle b) scripturus sim (ou essem).
Ex.: Cic., p. Cluent., 15, 45 : intellegebat... bona ejus omnia ad matrem esse ventura, quæ ab sese postea... necaretur (style direct : bona ejus omnia ad matrem venient, quæ a me necabitur ; la périphrase quæ futurum esset ut ab sese necaretur cût été barbare). — T.-Live, XXVIL, 25, καὶ : negabant unam cellam duobus (deis) recte dedicari, quia, si de cælo tacta aut prodigii aliquid in ea factum esset (application de la règle a), difficilis procuratio foret (on attendrait futura esset), quod utri deo res divina fieret, sciri non posset (la périphrase quod non futurum esset ut... sciri possef cùût été intolérable).
Il est vrai que dans les deux exemples cités la forme grammaticale employée était, en quelque sorte, imposée à l'auteur par la difficulté ou par l'impossibilité de tourner autrement.
1. La proposition quos.… reliquisset représente les paroles de Pætus à Cicéron : « Omnes libros quos frater meus reliquit tibi dono. » Si, au lieu de mihi donavit. il y avait mibi donare se dixit, cette phrase rentrerait dans le cas du style indirect proprement dit. Vos. O. Rrauaxs, Synt. lat., 8. 232,
2. Le subjonctif, parce que c'est comme s'il y avait sub quo natum educatumque me esse cogitabam, l'idée de cogitabam étant contenue dans les mots h#æc omnia occurrebant.
3. Les mots 8i... abscessisset résument les paroles des habitants de Nola et d'Acerra : « Periculum nobis erit a Campanis, si præsidium Romanorum abscesserit (fut. antér.). »
4. Cette phrase présente à côté l'une de l'autre les deux espèces de style indirect, Les mots qui... suffectus esset résument une partie de la teneur du décret ; la fin de la phrase legiones.. duas… acciri, etc. se rattache à placuit. Au style direct il y aurait : duæ legiones urbansæ alteri consuli dabuntur, qui in locum L. Postumii suffectus erit ; legiones præterea dus primo quoque tempore ex Sicilia arcessentur atque inde consul cui legiones urbanæ® evenerint (fut. ant.) militum sumet quantum opus erit. Pour les temps du subjonctif, cf. ci-dessus, ξ 642, à.
Cf. Cés., De Bell. civ., 1}, 44, 1 : neque munitiones Cæsaris prohibere poterat (Pompejus), nisi prœlio decertare vellet (la pensée de Pompée était celle-ci: munitiones prohibere non possum, nisi prœlio decertare statuam [futur]. — Sazz., Jug., 41, 1 : multa me dehortantur ἃ vobis, Quirites, ni studium rei publicæ omnia superet (cf. ci-dessus, p. 365, n. 8). — T.-Live, XXII, 15, 4 : præmia atque honores, qui (— eis qui) remanserint ac militare secum voluissent', proposuit (c'est comme s’il y avait : præmia... eis qui remanserint ac militare secum voluissent se daturum esse edixit). Etc.
On pourrait multiplier les exemples.
REMARQUE. — La règle qui vient d'être exposée est, en latin, d'une application si rigoureuse ? que l’on trouve le subjonctif même dans des cas où, pour indiquer plus clairement que l’on cite la pensée de tel ou tel, on ajoute une expression comme ut ait ille, etc.
Ex. : Cic., de Fin., 1,7, 23 : confirmat autem (Epicurus) illud vel maxime quod ipsa natura, ut ait ille, sciscat et probet. Etc.
644. — Cas où l'indicatif est régulier. — Toute remarque incidente faite par l'écrivain lui-même est considérée en latin comme interrompant le style indirect et, par conséquent, la proposition qui l'exprime se met à l'indicatif.
Ex. : Cic., Tuse., 1, 39, 94: apud Hypanim fluvium, qui ab Europæ parte in Pontum influit (proposition relative intercalée par Cicéron comme parenthèse explicative et ne faisant pas partie de la pensée ou des paroles d'Aristote), Aristoteles ait bestiolas quasdam nasci quæ unum diem vivant. Etc.*.
1. Sur le mélange dans cette proposition subjonctive du subjonctif proprement dit et du subjonctif passé, voy. ci-après, $ 653.
2. Les exceptions sont cxtrémement rares et peu correctes ; peut-être y en a-t-il ὑπὸ dans cette phrase de Cicéron :
P. Rosc. Am., 2, 6 : hunc sibi ex animo scrupulum, qui se dies noctesque stimulat ac pungit, ut evellatis, postulat ...
Si l'on n’admet pas que la proposition qui... pungit fait parlie de la pensée exprimée par le sujet de postulat, on est obligé de reconnaitre que l'emploi de 86 est irrégulier. 11 est vrai qu'en supprimant 86, on aurait une proposition dans laquelle l'indicatif pourrait en soi être correct; mais si l'on conserve 86, il est difficile de ne pas trouver une incorrection dans l'emploi de l'indicatif, au lieu du subjonctif (stimulet ac pungat), que le style indirect demanderait ici.
3. En prenant cette expression daos l'un ou daos l’autre des deux sens qu'elle peut avoir.
4. C'est sans doute par une raison analogue qu'il faut expliquer cetto phrase :
Ex.: T.-Livs, XXVI, 28, 5 : parati milites essent qui in præsidio erant, si quo opera eorum opus esset.
L'indicatif erant, dans un passage en style indirect, serait incorrect, si la proposition relative où il se trouve faisait partie de la lettre dont les termes sont ici rapportés. Mais il est probable que la lettre devait porter simplement : parati milites sint; c'est T.-Live qui ajoute l'explication qui in præsidio erant, pour marquer de quels soldats il s’agit. Voy. O. Rixwanx, éd. clasique des livres XXVI-XXX, Ρ. 487 (Ruw., 157 bis), Paris, Hachette,
REMARQUES. — 1. L'usage permet aussi quelquefois de mettre à l'indicatif toute proposition relative, qui, bien que faisant réellement partie de la pensée attribuée à tel ou tel sujet, constitue en même temps une périphrase servant à désigner une certaine catégorie d'objets que l'écrivain n'a pas pu ou n’a pas voulu désigner par un seul mot.
Ex. : Cic., in Cal., 3,9,21: quis potest esse tam aversus a vero... qui neget hæc omnia quæ videmus (— τὰ ὁρατά, le monde visible)., deorum immortalium potestate administrari? P. Arch., 9, 20 : eximie L. Plotium dilexit, cujus ingenio putabat ea quæ gesserat (= res a se gestas) posse celebrari'. Etc.
11. Lorsque le verbe principal est à un des modes du présent, il arrive parfois qu’on conserve sans changement au style indirert le futur simple et le futur antérieur du style direct.
Ex. : Cic., de ΟΠ)... 111, 33, 121 : tibi persuade esse te quidem mihi carissimum, sed multo fore cariorem, si talibus.. præceptis.. Jætabere. De Sen., 22, 79 : nolite arbitrari... me, cum a vobis discessero, ...nullum fore.
δ 3. — Attraction modale.
645. — Règle généraic. — Les propositions subordonnées du latin qui se rattachent à une proposition infinitive ou subjonctive se mettent volontiers au subjonctif.
Ex. : Cic., Brut., 88, 301: primum memoria (erat) tanta quantam in nullo cognovisse me arbitror, (ita) ut quæ secum commentatus esset ea sine scripto verbis eisdem redderet quibus cogitavisset. De Orat., Il, 1, 1: erantque multi qui, quanquam non ita se rem habere arbitrarentur, tamen... id quod dixi de illis oratoribus prædicarent, (ita) ut, δὶ Σ homines non eruditi summam essent prudentiam atque incredibilem eloquentiam consecuti, inanis omnis noster esse labor.. videretur. Etc.
REMARQUE. — Pour le grec, il suffira de renvoyer à ce qui a été dit ci-dessus, 8 420 (avec la REM.); 8 494 : 8 484, REX. 1Π|; 8 513, REX. II, $ 523.
646. — Cas où le subjonctif est obligatoire. — Le subjonctif est nécessaire lorsque la proposition où il doit se trouver exprime une idée qui complète et achève l'expression de la pensée contenue dans la proposition infinitive ou subjonctive à laquelle elle se rattache.
ἢ. Romarquez de plus qu'ici la tournure employée par Cicéron supprime l'ambiguïté qu'aurait créée la forme gessisset : en effet, gessisset correspondrait à la fois à ejus ingenio ea quæ gessi poterunt celebrari et ἃ ejus ingenio ea quæ gessero (cf. ci-dessus, ξ 642, a) poterunt celebrari. Voy. O. Rismaxx, Synt. lat., 8 233, Run. 1 (avec la note).
2. Si ayunt ici le sens de « puisque, du moment 406...» se construirait nécessairement avec l'indicatif, si la proposition où il se trouve re dépendait pas d'une proposition au subjonctif. Voy, ci-dessus, p. 566, Run. 1].