EXPRESSION DU CONDITIONNEL DANS UNE SUBORDONNÉE
REMARQUES. — I. 1° Le subjonctif n'ayant qu'une seule forme (scripserim ou scripsissem, selon les cas) pour marquer un fait passé par rapport au temps de Ja proposition principale, le latin est contraint, la plupart du temps, de négliger la nuance qui existe, à l'indicatif, entre l'imparfait et l'aoriste.
Ex. : Cic., in Verr., 11, 5, 12, 30 : quarum incredibile est quanta multitudo fuerit Syracusis, on ne saurait croire combien il y avait de ces femmes à Syracuse.
Pour rendre l’imparfait il aurait fallu mettre esset, ce qui eût été choquant après est verbe principal.
Cependant il arrive quelquefois que les écrivains aiment mieux violer la règle de concordance des temps que de ne pas exprimer l'idée de l'imparfait. Voy. ci-dessus, ὃ 652, 6°.
2° Pour exprimer l'idée de répétition que l'imparfait marque quelquefois à l'indicatif,
le latin est moins géné; il a la ressource d'employer une périphrase comme celle-ci :
Ex. : Cic., ἐπ Verr., Il, 3, 18, 45 : quorum quanti conventus... fieri soliti sint quis ignorat 1 (à. l'indicatif : quanti conventus... fiebant ἢ)
Il. Le plus-que-parfait de l'indicatif du style direct peut se remplacer par une périphrase dans une proposition subjonctive : ainsi l'expression omnia paraverat devient, par exemple, non dubito quin omnia tum parata habuerit, etc., et l'expression omnia parata erant devient, par exemple, non dubito quin omnia tum parata fuerint, etc.
IT. Le futur antérieur employé pour signifier qu'à tel moment de l'avenir une action se trouvera achevée peut (maïs au passif seulement) se remplacer par une périphrase dans une proposition subjonctive.
Ex. : Cic., ad Fam., VI, 12, 3 : nec dubito quin legente te has litteras confecta jam res futura sit.
A l'actif, il semble qu’on aurait pu dire : non dubito quin.. confectam rem habiturus sis. En tout cas, cette périphrase, bien qu'on n'en rencontre peut-être pas d'exemples, est plus naturelle et bien moins lourde que celle-ci : non dubito quin futurum sit αἱ... rem confeceris, qui d'ailleurs ne se rencontre pas non plus et parait bien être une invention des grammairiens.
658. — Expression du conditionnel!'. — Lorsqu'il s’agit de rendre l'idée du potentiel (8 332) ou de l'irréel (8 331) dans une proposition subjonctive, les écrivains latins semblent avoir hésité entre deux constructions possibles.
4° Ils conservent dans la proposition subjonctive la même forme du subjonctif qu'ils auraient employée dans une proposition indépendante, et donnent ainsi au subjonctif une double fonction, celle qu'il doit à son rôle de mode destiné à marquer la subordination et celle qu'il doit au sens de potentiel ou d'irréel que l'usage lui a assigné.
4. Π ne sera question ici que du conditionnel dans une proposition subjonctive ; pour le conditionnel dans uue proposition infinitiva ou participiale, voy. ci-dessus, ὃ 563, Rx. 1Π et IV et 8 627, 4°.
GRAMM. COMP. DU GREC ET DU LATIN (Syntaxe). 47
2 Ils ont recours à une périphrase formée au moyen de l’adjectif verbal en -urus et du subjonctif du verbe sum.
Il faut distinguer trois cas (ci-après $ 659, 660, 661 )!.
659.— Si la proposition était indépendante, elle serait au présent (aoriste ou parfait), du subjonctif (mode potentiel).
En pareil cas, on rencontre tantôt l'une, tantôt l’autre des deux constructions signalées ci-dessus (8 658, 4° et 2°).
Ex. : PLauTe, Rud., 206 : nec loco tecta quo sim nescio (style dir. : quo loco tecta sim ? où pourrais-je me trouver à l'abri?) — (ιο.. Oral., 62, 211 : quæ nescio cur, cum Græci χόμματα et χῶλα nominent, nos non recte « incisa » et « membra » dicamus (style dir. : cur nos non... dicamus?) — T.-Live, XXII, 36, 1 : 860... variant auctores ut vix quicquam.…. affirmare ausus sim (j'oserais [aoriste]). Etc.
T.-Live, I, 38, 4: quid 608... existimasse putatis, nisi aliquod profecto nefas esse quo, si intersimus spectaculo, violaturi simus ludos...? (style dir. : si intersimus spectaculo, violemus ludos). Etc.
660. — δὲ la proposition était indépendante, elle serait à l'imparfait du subjonctif.
En pareil cas, la première des deux constructions signalées cidessus (cf. ἃ 658, 1° ) est seule usitée.
Ex. : Cic., de Fin., 11, 15, 49: 660... 6100... non ob eam causam.…. illud dici esse honestum, quia laudetur a multis, sed quia tale sit ut, vel si ignorarent id homines…., sua tamen pulchritudine esset laudabile (style dir. : si
ignorarent id homines, sua tamen pulchritudine esset laudabile).
REMARQUE. — Dans l'exemple précédent l'imparfait du subjonctif esset a le sens de notre conditionnel présent ; mais on peut encore, dans une proposition dépendante au subjonctif, conserver sans changement l'imparfait du subjonctif quand il a le sens de notre conditionnel passé.
1. Voy. O. Risxanx, Synt. lat., 8.348. En grec, la question est beaucoup plus simple.
En effet, quand il s'agit d'exprimer l’idée du potentiel ou de l'irréel dans une proposition subordonns qui doit être à un mode autre que l'infinilif, on peut employer en général le mème mode que si la proposition était indépendante; en d’autres termes, on substitue tout simplement la forme du potentiel ou de l'irréel, telle qu'elle est employée dans les propositions indépendantes, au mode demandé par li: syntaxe ordinaire de l'espèce de proposition subordonnée dont il s "agit.
Ex. : Xén., Rev. d'Ath., 4, 41 : εἰ δέ τινες αὖ φοθοῦνται μὴ ματαία ἂν γένοιτο αὕτη ñ κατασχενή, εἰ πόλεμος ἐγερθείη (style direct : ματαία ἂν γένοιτο αὕτη ἡ κατασχευΐ, εἰ πόλεμος éyepbsir).
- Ces propositions sont donc affranchies de la loi de subordination. Voy. Ο. Ἀϊεκακν, Syni. Lat., 85 éd., p. 445. ἡ. 2.