CHAPITRE II
8 1. — Pronoms personnels.
675. — Emploi du pronom personnel sujet. — La plupart du temps, en grec et en latin, la désinence verbale suffit à exprimer l'idée du pronom personnel-sujet.
On n'ajoute le pronom personnel que pour exprimer avec plus
1. Nous croyons intéressant de donner, d'après les leçons de Cu. Taunor recueillies par nous ἃ l'École normale, un résumé des doctrines grammaticales relatives au pronom et les conclusions propnsées par ce savant maitre.
Les grammairiens anciens considéraient le pronom comme une partie du discours distincte des autres, et celte opinion s'est transmise à travers les âges. On ne s'est jamais accordé sur l'étendue qu'il faut donner au mot de pronom : les grammairiens grecs avaient adopté une autre définition du pronom que celle qui parait prédominer chez les grammairicns latins ; ils entendaient ce mot dans son sens le plus étroit, et les grammairiens latins dans le sens le plus étendu. Denys le Thrace (p. 640) nous doune cette débnition du pronom d'après les grammairiens grecs : ἀντωνυμία ἐστὶ λέξις ἀντὲ ὀνόματος παραλαμδανομένη προσώπων ὡρισμένων δηλωτιχή, « le pronom est une partie du discours qui 56 prend à la place du nom (ἀντωνυμία, pronomen) et qui signifie des personnes déterminées. » Priscien est le seul des grammairiens latins qui ait suivi les Grecs : il définit ainsi le pronom (liv. XII, ch. 1) : pars oralionis quæ 6 nomine proprio uniuscujusque accipilur personasque finilas accipit. Comme les Grecs, il distingue deux espèces de pronoms : pronomina primitiva (ἀντωνυμίαι πρωτότυποι) et pronomina possessiva (ἀντωνυμίαι χτητικαί). D'après cette définition, les pronoms primitifs sont ou des pronoms de la première personne (ἐγώ, 690) ou des pronoms de la deuxième personne σύ, tu) ou des pronoms de la troisième personne (en grec t, οὔ, ol, €. éxeïvoc, ὅδε, οὗτος et les cas obliques de αὐτός, eu latin, d'après Priscien, ille, ipse, iste, hic, is et se). Les Grecs et Priscien ne connaissent pas d’autres pronoms que ceux-là et les pronoms possessifs qui en dérivent : les autres sont pour eux des espèces de noms. Dans les pronoms primitifs ils établissent trois catégories ou espèces : 1° les pronoms que les Grecs appellent ἀντωνυμίαι δειχτιχαί et les Latins pronomina demonstrativa (Pniscrex, liv. X11, 3-4) ; ce sont ceux de la première et de la deuxième personne ; 2° les pronoms que les Grecs appellent ἀναφοριχαί et les Latins pronomina relativa (ce sont, en grec, À, οὔ, of, ἔ et αὐτός, en latin, is, sui, 8ibi, 86 : 3° les pronoms tantôt démonstratifs et tantôt relatifs (ou anaphoriques), comme ἐχεῖνος, ὅδε, οὔτος, 1116, ipse. C'est Priscien (XII, 4) qui nous a conservé le définition de la δεῖξις et de l'ävapop=, dont il explique ainsi la différence : interest inter demonstrationem et relationem hoc quod demonstratio interrogatione reddita primam cognilionem ostendit («x quis fuit ? ego » ); relatio vero secundam cognitionem significat (« quis fuit ? is, de quo jam dixi »), «il y a cette différence que la demonstratio ramenée à une interrogation exprime une connaissance qui n'est pas antérieure, tandis que la relatio sigoifie quelque chose d’antérieurement connu. νυ
Les grammairiens latins ont adopté, nous l'avons dit, une défioition du pronom beaucoup plus étendue que Priscien qui suivait les Grecs. Voici comment s'exprime Dunat (11, 44) : pronomen est pars oralionis quæ Pao κοπῖνε posita lantumdem pæne significat pansonauque inlerdum nnctrir, a le pronom est une partie du discours qui, mise à la place du nom, signifie à peu près la même chose et peut à l'occasion désigner des personnes. » 11 les divise d'abord en pronoms déterminés (finita) et indéterminés (infinita), les pronoms déterminés étant ceux qui désignent des personnes (660, tu, ille) et les pronoms indéterminés ceux qui ne désignent pas des personnes (Qui). Puis il ajoute : sun{ pronomina minus quam finita, ut « 1sTe, τροὸκ ἡ; sunt præposilina, ut « quis, πιο»; sunt subjectiva vel relativa ut a qui, su ».
Les grammairiens du moyen âge avaient sous les yeux Priscien et les autres grammairiens latins ; ils ont essayé de concilier les deux définilions, qui sont inconciliables : aussi ont-ils forcé le sens de Priscien pour l’accommoder à celui de Donat. Le P. Sanchez (Sanctius) dans sa Minerva (liv. I, ch. 11) a combattu par de bons arguments l'idée que le pronom est employé à la placo du nom : il fait remarquer avec raison que quand on dit @g0, ce pronom ne tient pas la place du nom propre de la personne qui parle. Pourtant les grammairiens de Port-Royal (ch. vu) ont adopté l’idée que le pronom tient la place du nom.
Dans le courant du dix-huitième siècle prévaut la théorie suivante développée par Condillac. Grammaire, ch, van : « Le pronom cst un nom qui, n'ayant par lui-même aucune sigaification, est mis daus certaines
de force l'idée de la personne, comme, par exemple, dans les
oppositions :
Ex. : Sopn., Phil., 123 : OÙ μὲν μένων νυν χεῖνον ἐνθάδ᾽ ἐχδέχου, | ἐγὼ ὃ ἄπειμι. Cf. Ant., 889: σὺ μὲν ζῇς, ἢ δ᾽ ἐμὴ Ψυχὴ πάλαι τέθνηκεν. — Ριλτ., Protag., 319 a: ἐγὼ ᾿Αθηναίους, ὥσπερ χαὶ οἱ ἄλλοι Ἕλληνες, Φημὲ σοφοὺς εἶναι. — Lrs., 1, 26 : Οὐχ ἐγώ σε ἀποχτενῶ, ἀλλ᾽ ὁ τῆς πόλεως νόμος. Etc.
Ριλῦτε, σακ., Ill, 6, 10: {U amas, at ego esurio et sitio. — Cic., p. Rosc. Am., 50, 145 : prædia mea {u provides, ego aliena misericordia vivo. — Hon., Ép., 1, 10, 6 : {u nidum servas, ego laudo ruris amœni | rivos. Etc.
REMARQUE. — 1° En grec, on compte beaucoup plus qu'en latin et surtout qu'en
français sur l'intelligence du lecteur ou de l'interlocuteur : on passe brusquement d'un sujet à un autre.
Ex.: XÉN., An, 1, 4, 5 : Κῦρος τὰς ναῦς μετεπέμψατο, ὅπως ὁπλίτας ἀποῦι- Graerev... βιασομένους τοὺς πολεμίους εἰ φυλάττοιεν (suj. οἱ βάρδαρο!). — DÉx., LIX, 115 : τῶν νόμων αὐτῶν ἀχούετε τί χελεύουσ! χαὶ τί παραδεθήχασιν (s.-ent. οἱ ἀντίδιχοι). Etc.
29 En latin, loin d'avoir la mème liberté, on se sert souvent du pronom is pour représenter la personne ou la chose qu'on vient précisément de désigner dans la phrase précédente.
Ex.: TER., Andr., 222 : fuit olim hinc quidam senex | mercator ; navem is fregit apud Andrum insulam; | is obiit mortem. — Cic., ad Fam., XIII,
- 11, 1 : Dionysius servus mous aufugit ; is est in provincia tua. Etc.
Quand le sujet change, on l'indique souvent par l'emploi de ille ou de ipse qui marque une opposition plus forte que ille)*.
676. — Emploi du pronom personnel complément. — 1° £n grec, le pronom de la troisième personne est très souvent supprimé aux cas obliques, quand l'objet auquel il se rapporterait est exprimé dans ce qui précède*.
phrases à la place d'un autre nom qui a été énoncé dans une phrase précédente et dont il faut éviter la répétition. » 1} ajoute : Je, tu, nous, vous sont des substantifs qui ne tiennent la place d'aucun autre nom. Ce, cet, mon, mien, nôtre sont des adjectifs possessifs. » En conséquence, il n'admet comme pronoms que les mots qui ticnnent la place d’un nou énoncé dans la phrase précédente, c'est-à-dire il, elle, le, la, les, y, en.
Cette théorie touche de très près à la vérité : on y arrivera tout à fait si l'ou ajoute que il, elle, le, la, les, y, en ne sont pas des pronoms.
En effet, d'après Ch. Thurot, le pronom n'est pas uuc partie du discours. Les pronoms sont des mots dont la racine signifie uue relation entre la personne qui parle et l'objet dont elle parle. Les racines pronominales ne sigoifient primitivement que deux relations de l'objet avec la personne qui en parle : 1° elles désigoent l'objet par le rôle qu'il joue dans l'entretien relativement à la personne qui parle (les racines qui ont cette signification forment les pronoms personnels qui sont des substantils, et les pronoms possessifs qui sont des adjectifs); 2° elles désignent l'objet comme présent aux yeux ou à l'esprit de la personne qui parle ou de celle à qui l’on parle (les racines qui ont cette signification scrvent à former Îles pronoms démonstratifs, indéfinis, interrogatifs ct, cn outre, deux espèces de mots qui sont originairement des pronoms : les pronoms relatifs et l'article).
4. Voici une phrase qui scrvira à faire comprendre la valeur du pronom ipse :
T.-Live : navis tantum jactura facta, incolumes ipsi (les marins opposés au vaisseau) eVaserunt.