Accusatif d'apposition
76. — L’accusatif peut servir d’apposition à toute une phrase; mais il faut se garder de croire que cette construction se rencontre aussi souvent qu'on le dit.
En grec, au commencement d'une proposition, on trouve souvent un adjectif neutre sans verbe, annonçant ce qui va suivre; cet adjectif neutre n'est pas nécessairement à l'accusatif. Il y a des cas où c’est un nominatif.
Ex. : Prat, Phédon, 66: δυοῖν θάτερον (s.-ent. γενήσεται) ἢ οὐδαμοῦ ἔστι χτήσασθαι τὸ εἰδέναι ἢ τελευτήσασιν. — Ps.-Dém., XXV, 89 : τὸ τῆς παροιμίας (s.-ent. ἐστί), ὁρῶντες οὐχ ὁρῶσι χαὶ ἀχούοντες οὐχ ἀχούουσιν (cf. PLaT., Gorg., 411: τὸ λεγόμενον [« comme on dit »], χατόπιν ἑορτῆς ἥκομεν). -- XEN., Hell. VI, 3,8: τὸ πάντων ἐναντιώτατον αὐτονομίᾳ (c'est-à-dire ὅ πάντων ἐναντιώτατόν ἐστιν...) χαθίστατε δεκαδαρχίας (εἴ. Cyr, V, 5, 24, τὸ πάντων μέγιστον χαὶ κάλλιστον, τὴν μὲν σὴν χώραν αὐξανομένην ὁρᾷς, τὴν δὲ τῶν πολεμίων μειουμένην).
1. Toutes ces locutions ont été étudiées en détail par Wælfflin (Archiv. f. lat., Ler., V, 381 sqq.). Il ressort clairement de son exposé que genus avec id, Omne ou d'autres adjeclifs analogues, a d'abord été construit en apposition avec an nominatif ou un accusatif, Par exemple, dans ce fragment de Caton, de Re rust., 8, 2: Coronamenta omne genus... facito ut serantur, si l'on veut se rendre compte de la valeur primitive da tour, il faudra traduire mot à mot : « des fleurs pour guirlandes, chaque espèce. » Mais cet emploi conduit à prendre Omne genus, id genus, etc., au même sens que Plaute et Térence donnaient à Omnis modi, ejus modi, etc. ; aussi crut-on pouvoir construire id genus, omne genus avec n'importe quel cas; de là des phrases comme : aliis id genus rebus (Vans, de Re rust., III, 7, 17), ou pascuntur omne genus objecto frumento (Vann., de Re για. III, 6,3), etc. Il arrive même qu'on laisse au lecteur le soin de suppléer le substantif que modifie l'expression :
Ex. : Vann., de re rust., 1,16, ἃ : in hoc genus (s.-ent. prædiis).
Quant à quod genus, on ne le trouve jamais construit qu'en apposition à un nominatif ou ἃ un accusatif; maïs l'auteur de la Rhétorique à Herennius, Cicéron et Lucrèce l'emploient librement pour remplacer quo modo (Lcen., III, 276 ; Cic., de Znv., 11, 54; 162, 165) ou sicut (Lucn., Ill, 266. 276; V, 478). C'est sur le modèle de id genus que semblent s'être formées les locutions comme id ætatis; mais on peut croire aussi que l'expression id temporis (cf. ὃ 75) a pu avoir aussi une certaine influence sur «sn développement. Quoi qu'il en soit, la langue latine littéraire a évité toutes ces constructions ; elles n'apparaissent pas avant Caton, sont rares dans Cicéron, et ne se retrouvent que dans le latin d'Afrique, per affectation d'archaïsme. La preuve qu'elles avaient quelque chose d'artificiel, c'est que la langue du quatrième siècle ne les connait presque plus. Enfin, il faut remarquer que les Grecs n'ont jamais employé τοῦτο γένος arec la valeur du latin id (hoc) genus.
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Dans quelques cas seulement on trouve de vrais accusatifs.
Ex. : Ρημμέμον. 103 : ἀμφότερον οὗτος, εὐτυχεῖ τε καὶ φρονεῖ (c'est comme s'il y avait ἀμφότερον τελεῖ). — PLaT., Gorg., 508 : εἰμιὶ ἐπὶ τῷ βουλομένῳ, ἄν τε τύπτειν βούληται, ἐάν Te, τὸ ἔσχατον (5.-επι. βούληται), ἀποχτεῖναι.
71. — L'apposition à toute une phrase, soit au nominatif, soit à l'accusatif, est moins fréquente en latin qu'en grec, au moins dans la bonne langue. On connait les expressions mirabile dictu (ou visu), horrendum, infandum, ete. Ce sont dans la plupart des cas des nominatifs'. T.-Live ἃ dit (peut-être sous l'influence de Virgile), Vi, 26, 5 : dictu mirabile (nominatif), tenuit non solum ales captam semel sedem, sed...
On trouve bien, dans Cicéron, quelques appositions mises à l'accusatif, mais c'est ordinairement rem qui est ainsi employé et qui est toujours amené très naturellement par la construction :
Ex. : Tusc., 1, 43, 102 : admoneor ut aliquid etiam de. sepultura dicendum existimem, rem non difficilem (apposition à l'idée de dicere). — De Orat., 11, 19, 19 : quinque faciunt quasi membra eloquentiæ. rem sane non reconditam (apposition à quinque membra).
Comme exemple réel d'apposition à toute une phrase on ne trouve guère chez lui que celui-ci :
Phil., Ἢ. 34, 85 : non enim objectum (diadema) sustuleras, sed attuleras domo, meditatum et cogitatum scelus (accus. )?.
Mais dans Sénèque et dans Tacite, les exemples sont plus nombreux".
REMARQUE. — L'accusatif en apposition peut marquer l'intention ou le résultat.
Ex. : EURIPIDE, Hel., 482 : ᾿Ἑλένην xrivouev, Meveléo λύπην πικράν. — SALL., fragm., J, 49, 12 : plebis innoxiæ patrias sedes occupavere pauci satellites, mercedem scelerum (c.-à-d. ut esset merces..….). — 4, 20, 8 : Eumenem prodidere Antiocho.. pacis mercedem. — T.-Live, 1, 13, 5 : monumentum ejus pugnæ, ubi primum... equum Curtius in vado statuit, Curtium locum appellarunt. — TACITE, Ann., 1, 3, 1 : Augustus subsidia dominationi Claudium Marcellum, M. Agrippam geminatis consulatibus extulit, etc.
1. En dehors des adjectifs ainsi employés, on trouve des appositions à toute ὑπὸ phrase qui sont certainement au nominatif,
Ex. : Cic., Tusc., 1, 26, 55: nec Homerum audio, qui Ganymedem a diis raptum ait ut Jovi bibere ministraret: non justa causa cur Laomedonti tanta fieret injuria.