CHAPITRE III LES PARTICULES
δ 1. — Négations.
705. — Négations simples. — Les négations sont simples ou composées.
4° En grec, les négations simples sont où (οὐχ devant une voyelle simple, οὐχ devant une aspirée) et μή.
Entre οὐ et un il y a cette différence générale que où nie indépendamment de toute vue de l'esprit et que avec μή la négation est subordonnée à une vue de l'esprit.
2 En latin, les négations simples sont non‘, haud et πᾶ (par un ë long).
1. Voy. Kinxsn-Gsntu, ausf. Gr'amm. der gr. Spr., 8 465, Anm. 6, a (p. 628 et suir.).
2. Voy. Künwen-Gaatu, ouv. cité, S 465, 7 et pour toute cette question de l'emploi de l'article avec les pronoms, le ὃ 465 tout entier, pp. 625-639.
.-- 3. La négation οὐχί qui est employée plus rarement nie plus fortement que οὐ. Sur celle négation,
voy. American Journal of Philology, avril 1898.
4. Non représente nœnu forme archaïque pour nœ@num, contracté de nô œnum = ne oinom, c'est-à-dire πό UNUM, « pas même en une seule chose »). C'est donc par abus qu'on peut dire de non que c'est une négation simple ; en réalité c'est une forme composée. La négation simple πὴ
Non et haud correspondent à οὐ et à μή (du moins dans quelques-uns de ses emplois). \
REMARQUE. — Dans la prose classique, haud peut remplacer non devant un adjectif ou un adverbe (cf. haud magnus, haud sane, etc.), mais s'emploie rarement devant un verbe, sauf devant scio!.
106. — Négations composées. — Aux négations simples s'opposent les négations composées.
4° Ce sont, en grec, οὔτε (μήτε), qui ne s'emploient guère que corrélativement (8 360), οὐδέ (μηδέ), non plus, Ou pas même (8 359, Rex. 1-11).
. 2 En latin, ce sont nec, neque, neve qui s'emploient tantôt corrélativement tantôt isolément (voy. ci-dessus, ὃ 365 pour nec, neque)°.
REMARQUES. — I. 15 Ordinairement on se sert en grec de χαὶ où, xat ur pour unir
une proposition négative à une proposition affirmative et de οὐδέ (une) pour relier une proposition négative à une proposition négative qui précède (8 359).
£9 Contrairement à ce qui a lieu en grec, et non (ac non) ne s'emploie que :
a) Dans le sens de et non pas plutôt (en grec ἀλλ᾽ où [uY]) pour opposer à une hypothèse fausse ce qu’on veut présenter comme étant la réalité. Ex. : T.-Live, 11, 38, 5 : illud non succurrit, vivere nos quod maturarimus proficisci ? si hoc profectio, et non fuga, est.
a servi à former d'autres mots que NON; on la retrouve dans në-üter, nô-fas, në-que, në-queo ne-scio, nihil (p. ne-hilum, « pas même la petile raie noire qu'on voit sur une fève »), nunquam (p. ne-unquam), nullus (p. ne-ullus). nemo (p. ne-hemo ou homo, « pas un homme »); cf. dans Plaute nëvis (p. non vis) et névolt (p. non-volt).
ἃ, César n'emploie haud qu'une fois (dans l'expression haud 8010); dans ses discours, Cicéron ne construit haud avec un verbe que dans l'expression haud 8010 an... Les exemples haud niteretur (de Sen., 23, 82) et haud erravero (de Nat. deor., Il, 21, 57) sont isolés; dans p. Mil., 25, 68,
haud dubitans est régulier, si l'on considère dubitans comme un adjectif; enfin haud dubitavit (p. Sest., 56, 120) se trouve dans une citation poétique.
2. Pour l'emploi des négations dans les propositions indépendantes ou dépendantes, devant l'infinitif ou devant le participe, voy. ci-dessus, liv. IT, aux différents chapitres où il en est traité, et ci-après aux /ndex alphabétiques, ainsi qu'à la fable analytique des matières.
Il reste ici à dire un mat de la construction grecque des négations avec le substanf, l'adjectif, l'adverbe ou la préposition, La règle est la même que pour l'emploi des négations avec le participe, c'est-à-dire que l'on emploie 0%, sauf quand il y a une idée de supposition ou quand les négations se trouvent dans une proposition qui exige μή.
Ex.: Prar., Rép., #29 : εἷς πύχτης δυοῖν μἡ πύκταιν (= εἰ μὴ πύχται εἰσίν) οὐχ ἂν δοχεῖ σοι ῥαδίως μάχεσθαι; — Anisrops., Assembl., 115: οὐχ οἶδα δεινὸν δ᾽ ἔστιν À μὴ ἐμπειρία (ΞΞ εἴ τις μὴ ἔμπειρός ἐστι). — Απιετοτκ, Rhét., 11, 9 : τὸ τῶν ὁμοίων ἠξιῶσθαι τοὺς pa ὁμοίους (ΞΞ εἴ τινες μὴ ὁμοῖοί εἰσιν) οὐ δίκαιον.
Tauc., II, 45, 1: τὸ jh ἐμποδὼν ἀνταγωνίστῳ εὐνοία τετίμηται. — Isocn., XIII, 6 : οὐδὲν χωλύει τοὺς περὶ ἕτερα δεινοὺς γενομένους JR χρηστοὺς elvas περὶ τὰ συμδόλαια. |
Ριατ., Phédon, 1156 : τὸ ph χαλῶς λέγειν... xaxév τι ἐμποιεῖ ταῖς ψυχαῖς (μὴ à cause de l'infinitif). — Lrs., XX, 10 : δεινόν po: δοχεῖ εἶναι εἰ τοῖς εἰποῦσι περὶ τὸ
πλῆθος τὸ ὑμέτερον μιὴ τὰ ἄριστα ὁ μηδὲν εἰπὼν ταὐτὰ πείσεται (μὴ) parce que la proposition est suppositive).
b; Lorsque et non sert à exprimer l’éfonnement, l’indignation. Ex. : Cic., de Har. resp., 12, 25 : videmus... examina tanta servorum immissa in populum Romanum... ef non commovemur !
c) Lorsque et est séparé de non par une proposition incidente. Ex. : Cic., p. Mur., 10, 23 : et, quoniam mihi videris istam scientiam juris tanquam filiolam osculari tuam, non patiar, etc. !.
ἃ) Dans d’autres cas dont il ἃ été parlé ci-dessus, p. 368 (REM.).
3° On trouve et nemo, et nullus, etc., là où le sens demanderait et non (cf. CÉs., de Bell. Gall., VII, 65, 4; Cic., de Orat., IT, 8, 32); partout ailleurs on emploie régulièrement nec quisquam, nec ullus, etc., les exceptions sont rares (cf. cependant, Cic., p. Clu., 64, 119; de Div., 11, 48, 143 et vox. ci-dessus, p. 367, n. 2}.
11. Neve (et par abréviation neu) s'emploie puur rendre le français οἱ... πὸ... pas, dans les propositions où la syntaxe demanderait ne et non pas non.
Réguliérement et logiquement neve ne devrait pas se rencontrer dans des phrases où la conjonction copulative et la négation ne font pas partie de la même proposition. Cependant les poètes emploient en pareil cas neve.
Ex. : Ov., Mét., 1, 151 : neve foret (= et, ne foret) terris securior arduus æther*.
LIT. Dans les propositions subordonnées ne... neve.. peut être remplacé par neve.…. nove... (de même que dans les propositions à l'indicatif ou à l’infinitif non... neque se remplace souvent par nequo.….. neque.….).
Ex.: Cic., p. Sesf., 38, 65 : cum... Duodecim Tabulis sanctum esset ut neve privilegium irrogari liceret, neve de capite, nisi comitiis centuriatis, rogari. — T.-LivE, XXX, 37, 4 : bellum neve in Africa neve extra Africam gererent.
1V. Neve peut être ἐγ 8 correctement remplacé par neque :
a) Dans les formes de phrase où l’on aurait ut, neve…. neve (cf. ci-dessus, REX. Ill) : | Ex. : Cic., de Am., 12, 40 : haec igitur lex in amicitia sanciatur, ut neque rogemus res turpes nec faciamus rogati (au lieu de ut neve rogemus... neve faciamus.…...
Β) Lorsque la proposition qui précède celle où devrait se trouver neve contient une affirmation où un ordre posttif.
Cic., de Rep., I, 2, 3 : teneamus eum cursum... neque ea signa audiamus quæ receptui canunt. — CÉs., de Bell. Gall., 11, 10, 5 : his persusderi ut diutius morarentur neque suis auxilium ferrent non poterat. Εἰς...
1. Voy. O. Rixuaxx, Synt. lul., ὃ 268: À. Mmicxr, Revue de Phil., t. XIE, p. 172.
2. Quelques prosateurs, et T.-Live particulièrement, emploient de même neque là où logiquement il faudrait et non (cf. XXI, 48, 8-9; XXII, 22, &; 59,19; ΧΧΙΙ, 40, 13; 26, 10; 41, 3; XXVI, 9, 12: 20,2; XXVIII, 21, 6, etc.).
3. Au contraire, si la première proposition renferme la négation n6, c'est-à-dire exprime une défense. l'idée de cette négation doit étre régulièrement continuée par neve dans la seconde proposition: cette règle cst souvent violée par T.-Livs (cf. I, 32, 10, cte.).
707. — Au grec οὐδὲ, ne... pas. même ou non plus (cf. ὃ 359, 2, Reu., 1) répond le latin ne … quidem.
On intercale entre ne et quidem le mot sur lequel porte la négation.
Si ne. quidem porte sur l'ensemble d'une proposition, on peut intercaler entre ne et quidem la proposition tout entière, à condition qu'elle comprenne au plus trois mots; sinon, on se borne à enclaver le mot ou les mots les plus importants.
Ex. : Cic., de Off., IN, 10, 43 : neque contra rem publicam neque contra jusjurandum ac fidem amici causa vir bonus faciet, ne si judex quidem* erit de ipso amico (ici ne... quidem porte sur l’ensemble de la proposition si judex erit de ipso amico, mais Cicéron a dû se borner à intercaler entre ne et quidem les deux mots les plus importants de cette proposition).
REMARQUE. — Au lieu de non modo non... sed ne... quidem..., on trouve en latin non modo... sed ne... quidem.
Ex. : Cic., de Am., 24, 89 : quæ (— assentatio) non modo amico, sed ne libero quidem digna est.
Cet emploi n'est vraiment correct que s'il y ἃ un seul verbe commun aux deur membres de phrase* ; en pareil cas, la négation contenue dans ne... quidem porte sur les deux membres de phrase ; c'est comme s'il y avait assentatio non modo amico, sed etiam libero non digna est‘.
4. C'est seulement chez des auteurs incorrects quo ne et quidem sont rapprochés l’un de l'autre,
Ex. : Garcs, III, $ 93: ut ne quidem in Græcum sermonem … proprie transferri possit.
2, Cest surtout à partir de l' époque impériale (cf.cependant Cic., Top., 4, 23) que l'on trouve nec employé pour ὨΘ.. . quidem (cf. οὐδέ, en grec, ci-dessus, $ 350, 2°, Run. ἢ).
T.-Live emploie ainsi nec ipse (gr. οὐδ᾽ αὐτός) como il emploie Θὲ ipse (— xat αὐτός). Voy. par exemple XXII, 18, 4.
3. Cette forme de phrase parait avoir été beaucoup plus employée par Cicéron (du moins dans ses discours, voy. Manousr, Lerikon zu den Reden des Cicero,t. 111, p. 180 sqq.) que la forme logique non modo non...sed ne... quidem.