‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 28 sur 306 · D. — LE DATIF? PROPREMENT DITS · texte numérisé non relu

D. — LE DATIF? PROPREMENT DITS

8 1. — Datif complément d’un verbe, d'un adjectif ou d’un adverbe.

19. — Datif avec les verbes. — Le datif est proprement le cas du complément indirect*, c'est-à-dire qu'il s'emploie comme complément indirect des verbes transitifs et comme complément unique de certains verbes intransitifs, à peu près, comme ,en français, le substantif précédé de la préposition à°.

Seuls l'usage et les dictionnaires peuvent apprendre quels sont les

1. C'est qu'alors 6CC6 (ou en) est considéré comme l'équivalent de adest.

2. Du latin dativus, traduction du grec ἡ δοτιχή (sous-entendu πτῶσις), proprement le cas qu'on emploie avec le verbe « donner », le cas de l'attribution.

3. Au point de vue de la syntaxe, le datif latin est pur de tout mélange ; mais le datif grec a hérité de focetions qui appartenaient à deux cas primitifs, le locatif et l'instrumental. 11] a donc deux emplois bien distincts : 1° il sert à marquer les mèmes rapports que le datif latin; 2° il remplace deux anciens cas, l'instrumentalet le locatif et correspond alors à πο partie desemplois de l'ablati/f latin.

4. B.-Delbrück a montré (Synt. Forsch., IV, 52 sq.) qu’on peut donner du datif proprement dit cette définition générale : c'est le cas auquel on met le substantif pour indiquer la personne ou la chose que concerne ou à laquelle s'adresse l’action signifiée par le verbe.

5. Cette construction se retrouve en sanscrit avec certains verbes de mème sens qu'en grec et en latin ; elle appartenait donc à la langue indo-européenne primitive.

GRAMM. COMP. DU GREC ET DU LATIN (Syntaxe). 6

verbes qui se construisent avec le datif, mais on peut cependant, à ce propos, faire quelques remarques essentielles.

En grec et en latin, les verbes transitifs qui prennent ou peuvent prendre, outre un complément direct à l'accusatif, un complément indirect au datif, sont ceux qui signifient : donner, envoyer, dire, promettre, imposer, conseiller, reprocher. Cet usage se retrouve à toutes les périodes des deux langues et il est inutile d'en donner des exemples.

80. — En grec et en latin, c'est l'usage qui détermine quels sont les verbes intransitifs qui se construisent avec un complément unique au datif; mais, d'une part, les deux langues ne s'accordent pas à employer le datif avec les verbes de même sens et, d'autre part, l'usage peut varier d’une époque à une autre ou même d'une forme verbale à une autre forme verbale ayant cependant le même sens.

4° Ainsi tandis que le grec fait de βλάπτειν un verbe transitif, 16 latin considère nocere comme intransitif, et, d'autre part, au verbe grec ἕπεσθαι, suivre, intransitif, le latin répond par le verbe sequi, transitif, etc.

2 Certains verbes grecs, qui se rencontrent ordinairement avec l'accusatif de la chose et le datif de la personne, peuvent être pris absolument, c'est-à-dire être considérés comme verbes intransitifs et ne se construire qu'avec le datif de la personne comme complément indirect. Ainsi, tandis qu'on dit ἐγκαλεῖν τινί τι, reprocher quelque chose à quelqu'un, On dira ἐγχαλεῖν τινι, élever une plainte contre quelqu'un ; COMparez ὀνειδίζειν (ἐπιτιμᾶν) τινί τί, reprocher quelque chose à quelqu'un et ὀνειδίζειν (ἐπιτιμᾶν) τινι, adresser des reproches à quelqu'un, etc.

3° Quelquefois l'usage a attribué des constructions différentes à des verbes de même sens ou de sens analogue. Ainsi, l'on dit εὔχεσθαί τι τοῖς θεοῖς, demander quelque chose aux dieux (dans ses prières), MAIS αἰτεῖν τινά τι, demander quelque chose à quelqu'un (cf. $ 58) et, au moyen, δεῖσθαί τινος. prier quelqu'un. De même, tandis que les verbes signifiant suivre (ἔπεσθαι, ἀχολουθεῖν), se construisent avec le datif, les verbes signifiant poursuivre, donner la chasse à (dtwxetv, θηρᾶν) prennent l'accusatif, Mais il peut arriver que le changement de construction tienne à une différence de sens; on comprend, par exemple, que ὀνινάναι, ὠφελεῖν, être utile {c.-à-d. aider) se construise avec l’accusatif, tandis que λυσιτελεῖν, συμφέρειν, être utile (c.-à-d. être avantageux) est suivi du datif,

4 Enfin certains verbes changent de construction en changeant de voix.

Ex. : Λοιδορεῖν, injurier, s'emploie avec l'accusatif, λοιδορεῖσθαι, adresser des reproches, avec le datif; πείθειν, chercher à persuader, engager, πεῖσαι, persuader, prend un accusatif pour complément; mais πείθεσθαι (syn. de ὑπαχούειν), obéir, se construit avec le datif, etc. De même χελεύειν, ordonner,

se construit avec l'accusatif d’un nom de personne suivi d'un infinitif (Zi. engager quelqu'un à faire telle ou telle chose), tandis que le composé moyen παραχελεύεσθαι, encourager, c.-à-d. adresser des encouragements, Se trouve toujours avec le datif de la personne.

ὃ Certains verbes latins sont tantôt transitifs et construits avec l'accusatif, tantôt intransitifs et construits avec le datif. Ainsi, dans la langue archaïque, Curo (Pracrr, Cf. ρει, et les Pères De L'Écuise), donner ses soins à, VitO {PLacr.), prendre garde à, et decet (Ριλυτ., Ten, Cf, Sac. (Hist., 1, 1061, A.-GeLce, Αρυμέε), il sied à, Se trouvent construits avec le datif'. — Le verbe ausculto, synonyme d’audio dans la langue familière, est construit par Plaute tantôt avec le datif et tantôt avec l'accusatif, tandis que Cicéron (p. Rosc. Am., 36, 104) n'emploie que le datif;, l'un prend le mot dans le sens d'écouter et de prêter l'oreille à, l'autre, uniquement dans le sens de prèter attention. Æmulari, imiter, se construit avec l'accusatif; æmulari, envier, avec le datif (par analogie avec invidere), temperare et moderari se construisent plutôt avec le datif dans le sens de modérer, avec l'accusatif dans le sens de régler, gouverner”, etc. Comitor au sens d’escorter, se construit avec l'accusatif; toutefois, au sens figuré, Cicéron met toujours le datif.

Ex. : Tusc., V. 24, 68 : tardis mentibus virtus non facile comitatur (p. comes est).

Dans l’un et l'autre cas, les écrivains postérieurs emploient ordinairement l'accusatif.

6° Mais souvent la construction flotte entre l'accusatif et le datif, sans que le changement de cas entraine un changement de sens, c'est ce qui ἃ lieu pour adulari (acc. chez Cicéron, dat. chez Corn. Népos et T.-Live), fatter, præstolari (dat. chez Cic., acc. chez Tér., Cés. et Cic.), attendre, et obtrectare (dat. chez Cic., acc. chez T.-Live), dénigrer.

REMARQUES. — I. En faveur de la construction me aliud fatum manet, une destinée difkreate m'attend, On ne peut alléguer de la bonne époque qu'un fragment d'ANTOINE cité par CICÉRON (Phïl., XIII, 20, 45. Le tour se retrouve dans VIRGILE, d'où il a passé dans la langue de la prose (T.-LIvE, TACITE, Q.-CURCE). Quant à cujus quidem tibi fatum... manet (Cic., Phil., 11, 5, 11) est en réserve pour loi, le datif s'explique comme datif d'avantage ou de désavantage (cf. ci-après, $ 89).

1. Cela tient au rapport que la langue archaïque établit entre l’action marquée par le verbe et son complément ; la traduction française en donne une idée suffisante. Cette considération explique les varisboos de l'usage pour d'autres verbes : le choix de l'accusatif ou du datif dépendait toujours de Fi pis qu'on attachait au verbe employé.

. Cette règle souffre des exceptions. Ainsi moderari signifiant « gouverner » se trouve construit avec € le datif (Cic., Tusc., V, 25, 70 ; Orat., 16, 51), et il semble mème que le datif soit nécessaire lbbraque moderari « gouverner » à pour complément un nom de personne. D'autre part, dans le sens de «modérer », on trouve l'accusatif avec moderari (Sacr., Jug., 82, 2), sans doute aussi avectemperare, paisqu'on rencontre le passif temperari (Cic., Ph. XH, 41, 26). Dans l'exemple de Cicéroir ‘P. Marc., 3, 8) : « victoriam temperare », le texte victoriam n'est pas sûr.

IT. La langue populaire ou vulgaire peut fournir les exemples suivants :

Invidere alicui aliquam rem (construction employée par le poète ACCITS et blâmée par CiICÉRON, Tusc., 11I, 9, 20); mederi morbum (TÉRENCE, VITRUVE, CASSIUS FELIX, etc.), tandis que la construction classique est mederi morbo (Cic.); parcere pecuniam (PLAUT.), oleas (CATON,, fetus (LUCR.) talenta (Virc.), en regard de la construction classique parcere sumptu [dat.]; hoc mihi dolet (PLAUT., TER., Cic., de Orat., 1, 53, 230; p. Mur., 20, 42), etc.

L'incorrection la plus grave est celle qu'on trouve dans TACITE (Ann., IV, 72; XIII. 15, 40) où, par analogie avec impero, le verbe jubeo cest accompagné du datif'.

II. Les verbes dono, circumdo, aspergo et intercludo admettent une double construction. On dit :

donare aliquid alicui, faire un cadeau à quelqu'un et aliquem aliqua re, gratifier, pourvoir quelqu'un de quelque chose; circumdare murum urbi, élever un mur autour d'une ville el circumdare urbem muro (abl.), entourer une ville d'un mur, aspergere aram sanguine, arroser l'autel de sang et aspergere sales orationi, assaisonner un discours de mots d'esprit (lui donner l'assaisonnement = de mots d'esprit}, intercludere alicui iter, fermer le chemin à quelqu'un ou | intercludere aliquem itinere, couper quelqu'un de sa route.

IV. La place du complément indirect cest déterminée par les intentions de l'écrivain et l'effet qu'il veut produire ; toutes les règles se résument en celle-là. Mais il faut faire une exception pour la formule si ordinaire en latin mihi crede. Dans la langue litté-

raire, il semble bien que /oujours mihi précède l'impératif ; crede mihi appartient à la langue familière. Mais on dira :

crede hoc mihi, crede igitur mihi; crede, inquam, mihi, etc.

En d'autres termes, quand mihi est séparé de crede par un autre mot, c'est crede qui doit se mettre le premier.

81. — Datif avec les verbes composés. — En grecetenlatin,on construit avec le datif certains verbes composés transitifs ou intransitifs. 4. En grec, on emploie surtout ainsi les composés de σύν, un

grand nombre de composés de ἐν et de ἐπί, enfin quelques composés de παρά, περί, πρός et ὑπό,

1. Daus T.-Live (ΧΧΥ͂Π, 16, 8) : Fabius interroganti scribæ quid fieri signis vellet ingentis magnitudinis.. Deos iratos Tarentinis relinqui jussit, le datif interroganti dépend vraisemblablement du participe respondens que l'auteur ἃ dans l'esprit,

2. Voy. Scnuaiz, Zeitschr. f. Gymn., 1881, p. 114-116. D'après lui, la coustruction mihi crede se rencontre chez Cicéron (discours et œuvres philosophiques), chez Horace (Satires et Éplires) : au contraire la construction crede mihi se trouve dans Cicéron (Lettres à Atticus), chez les correspondants de Cicéron (sauf de rares exceptions, ex.: ad F'am., XVI, 16, 1), neuf fois sur dix dans les épitres d'Ovide 6. Ponto, enfin chez Pétronc.

3. Pour un graod nombre de ces verbes, il est douteux que le datif représente un datif primilif. Au contraire, il semble bien évident qu'avec les verbes composés de σύν ou de ἐν, par exemple, le datif qui est proprement le complément de la préposition, remplace ici ua instrumental (ou comitatif) primitif, et là un locatif. En effet, on sait que dans l'expression σύν tive, le datif τινι est un comitatif et que dans la locution ἐν πεδίω, le datif πεδίῳ tient la place d’un locatif. Il conviendrait donc de déplacer l'étude de ces verbes ct d'en reporter uue partie là où il est question du datif instrumental, et l'autre partie au chapitre du datif locatif, Toutefois, comme ces verbes composés se construisent avec le datif surtout quand ils sont. pris au sens figuré, et qu'en pareil cas on peut soutenir que le datif est dû au sens particulier pris par le verbe, c'est-à-dire à l’analogie d'un autre verbe construit régulièrement avec le datif proprement dit, il a paru possible de respecter ici l'ordre traditionnel suivi par les grammaires.

87] | ot

{ (se one

Le datif se rencontre surtout quand les verbes sont pris au sens figuré, mais, si de l'ensemble de la phrase se dégage nettement l'idée d'un rapport local, on préfère répéter devant le complément la préposition comprise dans le verbe.

Ainsi l'on dira :

MÉX., Fr., 14 : φίλος φίλῳ δὴ συμπονῶν αὑτῷ πονεῖ. — XEN., Mém., |, 1, 13: (ὁ θεὸς) τῊΝ ψύχὴν χρατίστην τῷ ἀνθρώπῳ ἐνέφυσε. I, 2, 10: τῇ βίᾳ πρόσεισιν ἐχθραί. — Anisrorn., Guép., 41 : πολλ᾽ ἔνεστι τῷ γήρᾳ καχά, etc.

Mais on dira :

Anistopn., Plut., 163 : ἄλφιτ᾽ οὐχ ἔνεστιν ἐν τῷ θυλάχῳ. Cf. ἐμμένειν ἐν τῇ τάξει, demeurer ferme à son rang, en regard de ἐμυένειν ταῖς συνθήκαις, demeurer fidèle aux conventions.

REMARQUES. — I. Les composés de ἦμαι et de χεῖμαι, se construisent ordinairement avec le datif, même quand ils sont pris au sens propre.

Il. Les verbes de mouvement, composés avec παρᾶ, περί, ὑπό, sont transitifs et se construisent avec l'accusatif. Au contraire, les composés de ἐν peuvent indiquer un mouvement et se construire avec le datif.

Ex. : XÉN., Hipp., VIII, 20 : οἱ ἐνέδραις ἐμπίπτοντες ἐχπλήττονται. — PLAT., Rep., VI, 499 : ἔρως φιλοσοφίας ἐμπίπτει τοῖς ἀνδράσιν.

Toutefois il est possible de se demander si de pareils exemples ne s'expliquent pas par l'influence de la syntaxe poétique : car, si l'on trouve chez HOMÈRE ἐυπίπτειν πόντῳ (Od., IV, 508), πέτρη (Π.. IV, 108), νηυσίν (IL, XVI, 113), exemples dans lesquels le datif a la valeur du locatif, les prosateurs emploient souvent l'accusatif précédé de εἰς, par ex. : ἐμπίπτειν εἰς τάφρους (XÉN., Cyr., ΠῚ, 3, 64), εἰς δεσμωτήσιον (DINARQUE et DÉMOSTHÈNE), etc.

III. Quelques-uns des composés de σύν signifient faire quelque chose en compagnie de, et par suite aider quelqu'un à.

Ex. : συναγωνίζεσθαί τινι (THUC., 1, 143, 2), soutenir quelqu'un dans une lutte, συναδιχεῖν τινί (TRUC., 1, 37, 4: XÉN., Anab., II, 6, 27), aider quelqu'un à faire du mal, etc.

2. En latin, beaucoup de verbes composés de ad, ante, circum, cum, de, ex°inter, ob, post, præ, sub ou super se construisent avec un datif, soit Eomme complément indirect, s'ils sont transitifs, soit comme complément unique, s'ils sont intransitifs. En général, les verbes de cette catégorie admettent aussi la répétition de la préposition. Quoique l'emploi de l’une ou de l’autre construction soit en grande partie une question d'usage, on peut dire que les prosateurs de l'époque classique préfèrent ordinairement répéter la préposition lorsqu'il y a l’idée d'un mouvement ou d'un rapport de lieu, c'est-à-

dire lorsque le verbe est pris dans toute la force de son sens primitif, Ainsi, adesse, dans le sens de étre présent à, se construit en général avec ad ouin.

Ex. : adesse ad judicium, in consilio.

Mais, dans le sens de venir en aide à, il prend toujours un complément au datif.

Ex. : adesse amicis, assister, aider ses amis”.

De même inferre, porter ou jeter contre, se construit dans la prose classique avec in et l'accusatif; l'emploi du datif est poétique, sauf dans des expressions toutes faites, où le sens de inferre est plus ou moins effacé.

Ex. :inferre bellum, manum, vim alicui, prendre l'offensive, mettre la main sur quelqu'un, lui faire violence; de même inferre ignem (ignes) aggeri, operibus (Cés., de B. Gall., VII, 22, #; de B. civ., I, 2, 6; 14, 1}, eXpression qui signifie simplement mettre le feu à°.

REMARQUE. — Les poëles, T.-LivE et les prosateurs de l'époque impériale emploient souvent le datif dans des cas où la prose classique aurait préféré répéter la préposition comprise dans le verbe.

Ex. : VIRGILE, Géorg., 1, 316 sq. : cum flavis messorem induceret arvis ‘au lieu de in arva).

Peut-être aussi la construction de certains de ces verbes avec le datif appartenait-elle au style familier. En tout cas, on trouve invadere avec le datif, dans CICÉRON, ad Fam., XVI, 12, 2, et includere orationi dans Cic., ad Aft., 1, 43, 5.

82. — Datif avec certains noms verbaux. — Certains substantifs verbaux dérivés de verbes qui se construisent avec le datif, reçoivent quelquefois eux-mêmes, en grec eten latin, un datif pour complément.

Ex. : Tuuc., V, 35, 2: ὑπώπτευον ἀλλήλους χατὰ τὴν τῶν χωρίων ἀλλήλοις οὐχ ἀπόδοσιν, relativement à la non-reddition réciproque de quelques places. III, 40, 3 : ξύμμαχοι ἐγενόμεθα οὐχ ἐπὶ χαταδουλώσει τῶν Evo τοῖς ᾿Αθηναίοις, non en vue de l'asservissement des Grecs aux Athéniens ‘Cf. Tnvc., ΠῚ, 70, 3 :

1. Cf. Quixriuiex, IX, 3, 2 (sur incumbere) : Verborum vero figuræ οἱ πιαϊαία" sunt scwper et, . uteumque valuit consuctudo, mutanlur. Jtaque si antiquum sermonem nostro comparemus, pæne jam qujquid loquimur figura est, ut... incumbere illi non in illum.

2. Dans cet emploi, le datif peut s'expliquer comme un datif d'intérêt : adesse amicis, c'est proprement « étre présent pour ses amis », « prêter à ses amis l'appui de sa présence. »

3. Dans Cicéron, p. Flacco, ?, 5 : Gatilinam signa patriæ inferentem, la construction du datif s'explique par l'analogie de bellum inferre dont signa inferre est synonyme. Cf. Rirmixx, Etudes sur la langue et la grammaire de T.-Live, 2° édit., p. 264 sqq. ; Ktuxea, ausf. Gr. der lat. Spr., £ 76, 9.

Cet

Ριλῦτε, Amph., 166 : Opulento homini dura... servitus est. Rud., 502 : quid mihi scelesto tibi erat auscultatio? Cic., de Leg., 1, 15, 42 : justitia est obtemperatio scriptis legibus institutisque populorum. — Cés., de B. civ., 1, 5, 5 : (Cæsar) exspectabat suis lenissimis postulatis responsa. — T.-Live, XXII, 35, 1: ne qua exprobratio cuiquam veteris fortunæ (s 104) discordiam inter ordines sereret (on dit exprobrare aliquid alicui). XXVI, 19, 8 : his miraculis... fides.

83. — On construit avec le datif beaucoup d'adjectifs grecs et latins qui se rattachent par le radical ou par le sens aux verbes qui prennent un datif pour complément. Ce sont les adjectifs qui signifient utile, nécessaire, etc, Ou le contraire.

EX. : Piar., Rép., 389, ἃ : τῷ ὄντι θεοῖσι μὲν ἄχρηστον ψεῦδος, ἀνθρώποις χρήσιμον ὡς ἐν φαρμάχου εἴδει. Ibid., 559 : ἡ ἐδεσμάτων ἐπιθυμία βλαδερὰ μὲν σώματι, βλαδερὰ δὲ Φυχῇ πρός τε φρόνησιν χαὶ τὸ σωφρονεῖν.

Cés., de B. Gall., VII, 18, 1 : inutiles bello (par analogie avec nocere). — Sa, Jug., 98, 3 : OPDOrtunus usui (par analogie avec prodesse). — Cic., Brut., 4, 25 : ipsa mihi tractatio litterarum salutaris fuit.

REMARQUES. — I. C'est seulement dans la langue latine vulgaire qu'on trouve avec le datif les adjectifs dérivés de verbes, comme studiosus ou gratulabundus.

Ex. : PLAUT., Miles gl., 801 : qui nisi adulterio studiosus rei nulli alia est improbus. — JusTix, IX, 8, ὁ : fuit rex armorum quam conviviorum apparatibus studiosior. VI, 8, 3 (Epaminondas) velut gratulabundus patriæ exspiravit.

II. T.-LivE, par analogie avec le verbe confidere, a construit fretus avec le datif 1V, 37,6; VI, 143, 1; 31, 6; VIII, 22, 7). La construction ordinaire est l’ablatif.

84. — Datif avec les verbes de contact. — On construit, avec le datif, certains verbes qui expriment l'idée d'un rapprochement, d'un contact, et qui sont pour la plupart suivis, en français, de la

préposition avec!.

1. lei encore, il est vraisemblable que, dans beaucoup de cas, le datif grec nous cache un instrumental (ou comitalif), Par exemple, cela est à peu près certain pour ὁμιλεῖν, ὅμοιος et χοινός, car les verbes et les adjectifs correspondants en sanscrit sont construits avec l'instrumental. De même les mots signifiant « combattre » ont en sanscrit leur complément à l'instrumental. Toulefois, comme dans certains cas, le latin répond à cette construction par l'emploi du datif, en peut se demander si le grec et le latin n'auraient pas envisagé d'une autre façon que le sanscrit le rapport qui unit ces verbes à leur complément. En tout cas, le plus simple est de reconnaitre que le datif de contact est un mélange du datif proprement dit et de l'instrumental (ou σον αἰ). Là où le latin met le datif, comme le grec, on a affaire dans les deux langues à on datif proprement dit ; au contraire, là où le latin n’emploie pas le datif (par exemple : loqui, pugnare cum aliquo), le datif grec correspondant nous cache un instrumental (ou comitatif). Si cette hypothèse est juste, une construction comme pugnare alicui srrait un emprunt fait au grec. Cf. Βειβαῦοκ, Synt. Forsch., Y, p. 59: Horrwrissio, die Wahrheit u. Irrthum der lokal. Casustheurie, p. 19 sqq.

Bt.

4. En grec, les verbes les plus fréquemment employés ainsi sont ceux qui signifient mêler, unir, lier, au propre et au figuré.

Ex. : ueyvüvat τί τίνι, mêler une chose avec une autre, συμμιγνύναι, se rencontrer avec quelqu'un (aborder un ami, en venir aux mains avec un ennemi), χοινωνεῖν, μετέχειν τινέ τινος (Eur, Her., 8; Puiuwpe cité par Dé., 160, 22), avoir part avec quelqu'un à quelque chose, ἀναχοινοῦν τινί τι (PLAT.), communiquer quelque chose à quelqu'un (communicare aliquid cum aliquo), xvaxo:νοῦσθαί τινι περί τινος (PLar. XÉN.), consulter quelqu'un sur une affaire (consulere aliquem de aliqua re), εἰς., ὁμολογεῖν, συμφωνεῖν τινι, être d'accord avec quelqu'un.

À ces verbes on peut ajouter ceux qui signifient ressembler, rendre semblable OU comparer.

Ex. : ἐοιχέναι, ressembler à, {GoUv, égaler, rendre égal à, ὁμοιοῦν, rendre semblable à, εἰκάζειν, comparer à, etc.

9. Viennent ensuite les verbes suivants, qui marquent une réciprocité d'action entre 16 sujet et l'objet, qu'il s'agisse d'ailleurs de relations amicales ou de relations hostiles*.

8) Combattre, lutter (au propre ou au figuré), μάχεσθαι, πολεμεῖν, ἀγωνίζεσθαι, ἐρίζειν, ἁμιλλᾶσθαι, ἀμφισθητεῖν, — διαφέρεσθαι (être en désaccord)*, δικάζεσθαι (être en procès), ἀντιποιεῖσθαί τινί τινος, prétendre en mème temps qu'un autre à quelque chose, lui disputer quelque chose; de même χεῖρας Ou μάχην συνάπτειν, διὰ πολέμου (ou μάχης) ἰέναι, ὁμόσε (ou εἰς χεῖρας) ἰέναι, en venir aux mains.

b) Se réconcilier, συν -, dt, χαταλλάττεσθαι. — Conclure une trève, σπένδεσθαι, σπονδὰς (συνθήχας) ποιεῖσθαι.

C) S'entretenir avec quelqu'un, διαλέγεσθαι τινι. --- Entrer en pourparlers avec quelqu'un, εἰς λόγους ἰέναι τινί. — Fréquenter quelqu'un, ὁμιλεῖν τινι... Avoir avec quelqu'un des relations bonnes (OU mauvaises), προσφέρεσθα! τινι χαλῶς (Ou χαχῶς).

d 1. Par exemple : μιγνύναι ὕδωρ οἴνῳ (datif), miscere aquam vino (datif); mais on dit aussi : μιγνύναι οἶνον ὕδατι, miscere vinum aqua, ὕδατι ayant alors lo sens instrumental. D'ailleurs μιγνύναι peut se traduire par « ajouter à » quaud il est construit avec le datif proprement dit.

Ex. : Xén., Mém., 1V, 3, 6: τὸ ὕδωρ μεγνύμενον πᾶσι τοῖς τρέφουσιν ἡμᾶς εὐχατεργαστότερα [« plus faciles à digérer »] ποιεῖ αὐτά.

2. On ajoute ordinairement à cette liste le verbe γαμεῖσθαί tive « 56 marier avec quelqu'un » (en parlant d'une femme\, mais il vaut peut-être mieux considérer le datif complément comme un datif d'intérét($ 89, 1°, Rru. 111) signifiant au profit de. On expliquerait de mème lo tour latin correspondant : nubere alicui « mettre le voile de mariée au profit de quelqu'un ».

8. Οἵ, Rixmaxx et Cucue., Règles fondamentales de la syntare grecque (d'après l'ouvrage d'A. von Bamberg), p. 71 (Paris, Klincksieck, 1888).

4. Remarquez la différence qu'il y a entre διαφέρεσθαί τινι « être cn désaccord avec quelqu'un », ct διαφέρειν τινός « l'emporter sur quelqu'un ».

5. Mais comme on dit aussi χρῆσθαί τινι, ct qu'à cet emploi le latin répond par utor aliquo, ou peut se demander si le datif ne tient pas ici la place d'un instrumental primitif.

REMARQUES. — I. Les verbes disputer, combaitre, peuvent aussi se construire avec πρὸς et l'accusatif.

Ex. : πολεμεῖν πρός TIVA, faire la guerre contre quelqu'un, etc.!

II. Les locutions formées avec ποιεῖσθαι pour exprimer des relations hienveillantes ou hostiles se construisent très souvent avec πρός et l'accusatif.

Ex. : ποιεῖσθαι πρὸς τοὺς ᾿Αθηναίους σπονὸας (συμμαχίαν, εἰρήνην, φιλίαν, πόλεμον + conclure avec les Athéniens, un traité, une alliance, faire la paix avec eux, faire alliance avec eux, leur faire la guerre. Au passif, on dira (avec γί νεσθαι!) : « On fait alliance avec les Athéniens, γίγνεται συμμαχία πρὸς Tous ᾿Αθηνχίους, » et (par une abréviation d'expression facile à comprendre) « l'alliance conclue avec les Athéniens, ἢ πρὸς τοὺς ᾿Λθηναίους συμμαχία ».

85. — En latin, les verbes qui se construisent avec le datif de contact sont en très petit nombre, si l'on excepte les verbes composés de prépositions que leur sens permettrait de citerici, mais qui, pour la construction, rentrent dans la règle générale donnée ci-dessus ($ 81 , 2). Parmi les verbes simples on ne peut guèrc citer que miscere, ajouter à lun mélange de}?, jungere, ajouter, lier, relier, associer, hærere, adhérer, s’attacher OU être attaché à, ete. Encore convient-il d'ajouter que tous ces verbes peuvent avoir une autre construction et qu’on dit souvent jungere cum, et hærere ad...

REMARQUES. — I. A l'imitation du grec, les poètes latins construisent avec le datif les verbes signifiant combattre, lutter contre.

Ex.:Lucr., III, 6 sq. : quid enim contendat hirundo cycnis? — CATULLE, LXII, 64 : noli pugnare duobus. — VirG., Égl., V, 8 : solus tibi certet Amyntas (cf. Égl., VIII, 54; Géorg., Il, 138). Én., IV, 38 : placitone etiam pugnabis amori ? etc.

Cette construction a passé dans la prose de l'époque impériale.

Ex. : PLINE LE JEUNE, Ep., VIII, 8, # : rigor aquæ certaverit nivibus.

Il. Les écrivains de l’époque postérieure mettent quelquefois au datif le complément du verbe loqui, cf. PALLADIUS, de Re rust., 1, 1 : multi dum diserte loquuntur rusticis, etc.

ΠῚ. C'est encore par imitation du grec que les poètes ont construit avec le datif les verbes signifiant étre différent de, être en désaccord avec quelqu'un, ete.

Ex. :Hor., Sat., 1, 4, 48 (comædia) pede certo differt sermoni. 1, 6, 92 : longe mea (sc. vox) discrepat istis. Carm., Il, 2, 18 : dissidens plebi.

Cette construction ἃ passé dans la prose impériale. Voyez les dictionnaires aux mots differo, discrepo, disto, dissentio, etc.

4. H ne faut pas confondre πολεμεῖν τινι ou πρός τινα « faire la guerre à quelqu'un », avec πολεμεῖν μετά τινος, c'est-à-dire συμπολεμεῖν ou συμμαχεῖν « faire la guerre de concert avec quelqu'un ». 2. Cf. ci-dessus, p. 88, n. 1.

86. — Datif avec les adjectifs. — Par analogie avec les verbes de cette catégorie, on construit avec le datif :

4° En grec, les adjectifs qui marquent un rapprochement, un contact (réel ou figuré), comme ὅμορος, voisin, — χοινός, commun à, — φίλος, ami, εὔνους, bienveillant!, — ἐχθρός, πολέμιος, ennemi, ἐναντίος, hostile, — συγγενής, parent, --- ὅμοιος, παραπλήσιος, semblable, — ἴσος, égal, — διάφορος, qui est d'opinion différente.

REMARQUES. — I. Ko:vos se construit aussi avec le génitif. γον. ci-après, $ 128.

II. Quand διάφορος signifie différent de, il se construit avec le génitif, par analogie avec διαφέρω, οἵ. 147, REM. III. Quant à ἐναντίος, opposé à, il peut aussi bien se construire avec le génitif qu'avec le datif. Quand il est construit avec le génitif, il suit l'analogie de διάφορος.

III. Par analogie avec ὅμοιος on trouve ὃ αὐτός, le même que, suivi du datif.

Ex.: PLAT., Protag., 331, 6 : où δὲ τίν᾽ ἂν ψῆφον θεῖο; τὴν αὐτὴν ἐμοὶ ἢ ἄλλην; | 11 y a dans cette expression une abréviation semblable à celle qu'on trouve avec ὅμοιος. Au lieu de dire en effet ὁμοίαν τὴν γνώμην ἔχω χαὶ σύ, le grec préfère dire ὁμοίαν (ἴσην, παραπλησίαν) σοὶ τὴν γνώμην ἔχω.

2° En latin, les adjectifs qui, comme en grec, expriment l’idée d’un

rapprochement, d'un contact (réel ou figuré), c'est-à-dire qui marquent une idée d'égalité (æquus, par), de ressemblance (similis), de voisinage (vicinus, propinquus, propior, proximus, affinis, finitimus), de communaute (communis), de parenté (cognatus, affinis, propinquus), etc., ainsi que ceux qui expriment des idées contraires à celles-là (iniquus, impar, dispar, — dissimilis, — alienus, etc.), et de même les adjectifs signifiant bienveillant Ou hostile (gratus, ingratus, — amicus et inimicus, carus, benevolus, — familiaris, intimus, propitius, fidus et infidus, adversus, contrarius, infestus, infensus, æquus et iniquus, alienus, etc.).

REMARQUES. — 1. CICÉRON construit plus souvent similis avec le σόντ qu'avec le datif; au contraire, Το ΝΕ semble préférer le datif au génitif. L'emploi du génitif est obligatoire dans l'expression veri similis et le génitif a plus d'autorité dans les cas où

le complément de similis est un pronom personnel. On dit similis mei, nostri, très rarement similis mihi.

II. Communis se construit mieux avec le génitif qu'avec le datif, parce que le sens propre de l'adjectif est qui est le bien commun de, sens qui appelle naturellement l'emploi du génitif possessif. Toutefois l'emploi du datif est obligatoire dans l'expression communis alicui cum aliquo,'et le datif a plus d'autorité que le génitif quand le complément de communis est un pronom personnel”.

1. Mais le datif avec εὔνους peut étre aussi bien ΜῈ datif d'intérèt, Cf. S 89.

2. Ces observations s'appliquent aussi à l'adjectif proprius. Cicéron construit régulièrement proprius avec le génitif possessif; mais avec un pronom personnel il dira, p. Sull, 3, 9 : tempus agendi fuit mihi magis proprium quam ceteris.

HT. Quand les adjectifs par, æqualis vicinus, finitimus, propinquus, cognatus, affinis, amicus, inimicus, familiaris, adversarius, etc., sont employés substantivement, ils prennent réguliérement pour complément un génitif possessif ou le remplacent, quand il y a lieu, par un adjectif possessif.

Ex. : inimicus Cæsaris et meus inimicus.

IV. Par imitation de la tournure grecque τὴν αὐτὴν σοὶ γνώμην ἔχω, les poètes latins emploient idem avec le datif.

Ex. : Hon., Ép., Il, 3, 467 : invitum qui servat idem facit occidenti.

Cette construction se retrouve dans JusTiIN, 11, 4, 11.

87. — Aux adjectifs précités il faut ajouter aptus, idoneus, accommodatus, etc.

Quand ils signifient simplement convenant ἃ..., en rapport avec…., ils peuvent se construire avec le datif".

Ex. : Cic., de Fin., V, 9, 24 : (omné animal: cœptat) ea, quæ naturæ sentit apta, appetere; ergo omni animali illud, quod appetit, positum est in eo, quod naturæ est accommodatum.

Mais. quand leur sens devenant plus spécial, ils répondent au français propre à {elle ou telle fin, on les construit de préférence avec ad et l’accusatif.

Ex. : Cic., de Nat. deor., 11, 55, 139 : (ossa) commissuras habent et ad stabilitatem aptas et ad artus finiendos accommore Ad Fam., N, 16, 1: minime sum ad te consolandum accomodatus. — Cés., de Bell. Gall., NII, 22, 1 : Castra

erant ad bellum ducendum aptissima naturà 100].

88. — Datif avec les adverbes. — Se construisent enfin avec le datif les adverbes grecs et latins dérivés des adjectifs cités.

Ex.: Xéx., Hiér., 6, 3 : ὁ τύραννος μέθην καὶ ὕπνον ὁμοέως (à l'égal de ἢ ἐνέδρᾳ φυλάττεται.

En latin on peut citer les adverbes convenienter et congruenter.

REMARQUE. — T.-LiVE construit avec le datif l'adverbe juxta, dans le sens de à l'égal de ‘cf. XXIV, 19, 6).

1. Mais on trouve aussi ad et l'accusatif, cf. Cic., de Orat., 1, 54, 231 : … ut, si mihi calceos Sicyonios attulisses, non uterer, quamvis essent habiles et apti ad pedem.

2. De même qu'avec ὅμοιος et αὐτός (cf. ci-dessus, $ 86, 1°, Reu. 111), on trouve avec ὁμοίως me remarquable abréviation d'expression.

Ev.: Xén., Mém., IV, 8, 10 : Σωκράτης, ἐπιμελείας ἔτυχεν ὑπ ᾿ἀνθρώπων οὐχ ὁμοίως τοῖς αὐτὸν ἀποχτείνασι (c'est comme s'il y avait οὐχ ὁμοίως τῇ ἐπιμελεία τῇ τῶν ἀποχτεινάντων αὑτόν).

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