‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 32 sur 306 · Voy. LanDonar, /. L., p. 52 sq · texte numérisé non relu

Voy. LanDonar, /. L., p. 52 sq

En latin, la construction ne parait devenir fréquente qu'à partir de Tite-Live : encore faut-il remarquer que, comme Salluste, il emploie souvent une proposition conditionnelle (cf. Sar., Hist., IV, 61, 3 : Si vero æstumare voles et T.-Live, VI, 11, 4 : si quis vere æstimare velit). Toutefois c'est chez lui qu'on trouve pour la première fois la formule devenue plus tard si commune vere æstimanti (εἴ. XXXVII, 58, 5)!.

8 5. — Datif servant à marquer la destination, l'usage, l'effet de telle ou telle chose.

95. — Cet emploi du datif, inconnu en grec?, est sorti en latin des constructions précédemment étudiées. Entre les deux constructions cano tibi, je chante pour toi (en ton honneur) et receptui Cano, je sonne pour la retraite, il y ἃ cette seule différence que dans la première le datif désigne une personne et dans la seconde une chose; mais dans l'une comme dans l'autre, le datif désigne l'objet en vue duquel se fait l'action.

La construction dans laquelle se montre le mieux la valeur particulière de ce datif est celle où il dépend d'un verbe marquant mouvement ou destination, comme ire, venire, mittere, arcessere, capere, constituere, deligere, destinare, quærere, petere, etc. Ordinairement le datif de destination est accompagné d'un autre datif désignant soit

{. On remarquera que dans ces sortes de formules le singulier est la règle et le pluriel l'exception (pour le pluriel, cf. T.-Live, VII, 10, 6 ; Tac., Hist., 11, 50; IV, 17 ; II, 8; Fnaontox, p. 58 Vaber.). Landgraf explique en ces termes cette dérogation à la règle qu'il a donnée (cf. ci-dessus, ὃ 93). L'emploi plus fréquent du singulier, dit-il, tient peut-être ἃ ce que, dans la latinité classique, le datif du participe des verbes signifiant « considérer, examiner » servait à désigner la personne mème de l'écrivain ; an esnpnait les formules si fréquentes au début des dialogues, des lettres, des discours de Cicéron : Cogitanti mihi, quærenti mihi, etc. Plus tard, Virgile étendit cet emploi, comme dans le vers, ἔν. VII, 212: quærenti (« pour Hercule qui cherchait ses bœufs ») nulla ad speluncam signa ferebant, et la nouvelle formule créée par lui exerça une influence sérieuse sur la construction étudiée,

2, Mais cette construction n'est pas propre au latin ; on la retrouve aussi en sanscrit, cf. B.-DeLsnÜcx,

die Grundlagen, ete., p. 54. La formule ἀγαθῇ τύχη (ἀγαθῇ τύχη τῇ ᾿Αθηναίων) qu'on lit sur becs

l'inscription de Chalcis, 1. 40-41, n'est pas un datif de but : c'est un instrumental ou un datif de manière; cf, en latin: bono (malo) publico. Le grec construit comme attribut le nom que le latin met au datif pour indiquer l'effet ou le résultat.

Ex.: Xéx., Jfém., II, 3, 6 : ὁ ἀδελφὸς ἐμοί, ὅπου ἂν παρῇ, ζημία, μᾶλλον ἢ ὠφέλειά ἐστιν. Hell. 11, 1, 16: ἐχείνῳ αὕτη ἡ χώρα δῶρον ἐχ βασιλέως ἐδόθη. — Isocn., I, 2 : ἁπέσταλχά σοι τόνδε τὸν λόγον δῶρον.

Quelquefois aussi le rapport est marqué par une préposilion.

C'est par exception que le latin substitue au datif de destination Jo nominatif ou l’accusatif. comme le grec. Cf. cependant Cicéron, de Fin., II, 18, 59 : cujus mors tibi emolumentum futura sit. — Voix, Égl., ΠΙ, 191 : idem amor exitium pecori pecorisque magistro.— T.-Live, 11,22, 6: coronam auream Jovi donum in Capitolium mittunt. — Tacirr, (erm., 44 : neque nobilem neque ingenuum, ne libertinum quidem, armis præponere regia utilitas est (pour regibus utilitati est).

ja personne qui est l'objet indirect de l'action, soit la personne intéressée dans l’action.

Ex. : virtus non datur dono nobis (complément indirect); venire auxilio alicui (datif d'avantage).

Cette construction avait ses racines dans le fond même du latin, comme le prouvent les nombreux exemples qu'on en trouve dans la langue de l'agriculture et surtout chez les écrivains militaires. César seul en fournit une grande quantité :

Ex. : arcessere auxilio (de B. Gall., III, 41, 2); venire, succurrere, mittere, submittere auxilio; subsidio ducere, adducere, ire, venire; præsidio relinquere', mittere, ducere, educere; receptui canere; locum castris capere; diem constituere concilio, colloquio, pugnæ; locum diligere castris, colloquio, domicilio; diem dicere colloquio; tempus dare colloquio (de Bell. civ., 1, 11, 3); diem petere indutiis (de Bell. Gall., IV, 12,1); hortatur, ut se imperio* natos meminerint (de B. Gall., VII, 31, 2), οἱο

À quelques-unes de ces expressions comme

receptui canere, mittere præsidio; currere, venire, proficisci subsidio, Cicéron ajoute mittere aliquid alicui muneri, envoyer à quelqu'un quelque chose pour que ce soil un présent (in Verr., 11,5,25,64) et dare alicui pecuniam fœnori, donner à quelqu'un de l'argent pour qu'il rapporte des intérêts.

Dans la langue de Caton et de Varron on trouvait déjà le datif employé d'une manière assez libre avec des verbes qui ne suggéraient pas par eux-mêmes l'idée de destination.

Ex. : Caron, de Re rust., 60 : granatui (pour la récolte des grains) videto ut satis viciæ seras. — Vannon, de R. r., 1, 60 : de olivitate oleas esui optime condi scribit Cato orcites, touchant la récolte des olives, Caton dit qu'on met très bien en réserve pour la consommation l'espèce appelée orchis. Ibid., 1Π, 5, 4: Cibatui

1. Il est intéressant de remarquer qu'avec le mot præsidium, T.-Live préfère employer le tour par ad avec l'accusatif, sans doute pour exprimer avec plus de netteté le rapport de destination.

Ex. : Il, 5 : L. Valerius ad præsidium urbis relictus (cf. IV, 27, 1; V1, 22, 1; XXIV, 12, 4; XXVI, 42,1 ; XXVII, 46, 10).

Quelquefois même, mais beaucoup plus rarement la préposition in remplace ad. Ex. : XXVIIL, 28, © : in præsidium missa legio (cf. IV, 61,10 ; 1X, 26, 4; XXXI, 16, 47). 2. Cf. Cic., p. Cluent., 15, 43 : quod se non suis commodis... natum esse arbitrabatur.

Mais avec natus Cicéron emploie de préférence ad avec l'accusatif. 3. Cf, Laxorar, ἰ, L., p. 56.

offas positas. Sat. Men., 262 : lecto strato, matellam, ceteras res esui usuique præ se portant. De Ling. lat., X, 21 : eam dicimus muliebrem, quæ de eo genere est, quo indutui mulieres ut uterentur est institutum!.

Mais c'est Virgile qui étendit le plus l'usage de ce datif. On trouve chez lui, à côté de constructions qui ne sont guère que des variétés de l'usage ordinaire, comme

Én., 11, 216 : auxilio subire; XII, 733 : subsidio subire; v, 686 : auxilio vocare deos; VIII, 535 : arma auxilio ferre,

des tours bien plus libres et bien plus hardis, où le datif est employé au lieu de la préposition ad, pour marquer le but.

Ex. : Én., VIII, 606 : bello lecta juventus; 11, 198 : collecta exilio pubes; 11, 315 : manum glomerare bello; 11, 540 : armare bello equos; XI, 1071 : se accingere pugnæ; Χ, 259 : me pugnæ paro?; XI, 649 : unum latus exserta pugnæ; VII, 482 : accendere bello animos.

Parmi les prosateurs qui ont subi le plus l'influence de la syntaxe poétique Tacite tient, on le sait, le premier rang; il n'y a, par conséquent, rien d'étonnant à ce qu'il ait suivi Virgile sur ce point; aussi trouve-t-on chez lui, entre autres exemples hardis :

Ann., 1, 23 : Centurionem morti deposcit, 1, 51 : incessit itineri et prϾlio. 11, 1: honori patris cum legionibus decucurrit. 1V, 72 : tributo aderant. XII, 32 : factum est senatus consultum ultioni juxta et securitati. XV, 54: vulneribus(i.e.ad vulnera sananda)ligamenta parare, etc.

REMARQUES. — 1. Par analogie avec receptui canere on pouvait dire en latin receptui signum, lit. le signal donné par la trompette pour ordonner la retraite (cf. Cic., Phil., XIII, 15). On comprend donc que la langue ait étendu l'usage du datif de destination même après une foule de substantifs qui ne se rattachent nullement à des verbes. Beau- Coup de ces tours, selon la remarque de Landgraf, servaient dans la langue de l'agriculture et de la médecine à remplacer certains mots composés que le latin était impropre à former, et ce procédé se retrouve en français, dans des expressions comme la bouteille à l'encre, le pot au lait, etc. Cf. CATON, Agr., 10, 4 : opercula doliis; 5, 3 : satui semen, blé de semence; V, 8 : pabulum ovibus; 11, 4 : ornamenta bubus; 70, 1 : bubus

1, Cf. Lamonar, ἐ, ἐ, On remarquera que dans ces exemples le datif de destination est celui des subetantifs verbaux en -u8. L'emploi de ces substantifs daas cette construction, remis en honneur par Tacite, devint surtout fréquent chez Apulée. Cf. Laxnanar. ἐ. [., p. 60, 614. | 3, Cette construction de parare se retrouve dans Ovide et dans Justin ; mais c'est sans doute par Ets de ce tour que T.-Live ἃ construit avec le datif le participe adjectif paratus (1, 1, 8; XXI,

medicamentum; APULÉE, Mét., I, 23 : oleum unctui et lintea tersui, etc. L'usage de ce datif est ordinaire avec les mots locus, dies, initium, finis, causa, materia, signum, ornamentum, tegimentum, remedium.

De mème, il ne semble pas douteux qu'il faille voir un datif de destination dans les locutions bien connues de la langue du droit tutor liberis, patronus (advocatus, alicui, heres alicui, parce que ces expressions se rattachent à d’autres plus complètes.

Ex. : heres alicui institutus, tutor liberis constitutus, etc.

Peut-être aussi faut-il voir dans l'expression militaire legatus Lucullo, un datif de destination, parce qu’on disait legatum sibi legare. Mais il paraît douteux qu'après les mots servus, libertus, pater, mater, sobrinus, sobrina, avunculus, patruus, filius, sodalis, hospes, etc., le datif soit autre chose qu'une extension du datif de possession, comme, en français, dans la locution familière la fille à Jérômc!.

IT. Pour les expressions dans lesquelles le datif est accompagné d'un adjectif verbal en -ndus, cf. ci-après, ch. de l’adjeclif verbal.

96. — Au datif servant à marquer la destination se rattache la construction de esse avec un double datif, dont l'un est un datif d'avantage ou de désavantage (ἃ 89, 1°) et dont l’autre marque la conséquence Où l'effet de telle ou telle chose :

Ex. : aliquid mihi est usui, fructui, dedecori, auxilio, bono, detrimento, fraudi, lucro, saluti, calamitati, impedimento, admirationi, amori, odio, dolori, etc., quelque chose lourne à mon avantage, à mon profit, à ma honte, etc., quelque chose est pour moi une source d'ennuis, de chagrins, quelque chose m'est un objet d'admiration, d'amour, de haine, etc.; hoc mihi cordi (— curæ) est, j'ai cela à cœur, etc.

REMARQUES. — I. Cette construction du double datif a quelque analogie avec celle du double accusatif après les verbes facere, creare, etc. (8 56); le datif de la chose, cordi, complète l'expression aliquid est mihi, de la même façon que l'accusatif attribut consulem complète l'expression facere aliquem*.

11. Les substantifs qui sont joints au verbe esse pour marquer la destination sont, en règle générale, des mots abstraits ou tout au moins des mots concrets pris dans un sens abstrait, comme dans aliquid mihi est cordi (— curæ) ou dans aliquid mihi est frugi (— fructui, utilitati).

1. Tandis que la langue classique boruc cet usage du datif possesaif à un petit nombre de locutions toutes faites (imperatori legatus fuit, illi quæstor fueram, etc.), les poètes et les prosateurs de l'époque impériale, à partir do T.-Live, reviennent à la liberté de la langue archaïque ou familière : Οἵ, T.-Live, VII, 23. 4 : auctor patribus; VIII, 4,5 : Romam caput Latio esse; XXV, 18,4: Crispino Badius Campanus hospes erat, εἰς. — Tacirs, Ann.. 1, 22 : plures seditioni duces. 1, 24 : rector Juveni. 11I, 14 : custos saluti. 1, 23 : Druso proavus. IV, 60 : Sejano fautores (mais ici le datif est dû peut-être à l'analogie de favere): 11, 46: paci firmator; vi, 43 : Tiberio auxiliator (toutefois songer à auxilior): ΧΙ, 8 : is rex Hiberis, εἰς. Cet usage, étendu encore par Apulée, se maintient jusqu'à la fin de Ja languc latine.

2. Cf, Küaxea, ausf. Gr. der lat. Spr.,t, I, p. 252, qui cite les ceux études de Franz NieLinoen, der factitive Datir in den Ciceronischen Schriften (Pragr. Krotoschin, 1874), et der factitive Dativ bei Rôm. Dichtern τι. Prosaikern (Progr. Schcidemühl, 1877).

HT. On évite d'employer un adverbe pour modifier ces expressions, et les exemples suivants renferment des incorrections.

CATON (cité par MACROBE, Sat., III, 5, 10) : Juppiter, si tibi magis cordi est nos ea tibi dare potius quam Mezentio, uti nos victores facias. — LUGILIUS (cité par Nonics, 88, 32) : et quod tibi magnopere cordi est, mihi vehementer displicet. — T.-LivE, XXXV, 23, 1 : minus ea bella, quæ gerebantur, curæ patribus erant quam exspectatio nondum

cϾpti cum Antiocho belli.

anarsuan Ê uvif dit Aa e van l !

Mais on peut ajouter au-substanüf abstrait un adjectif qualifiéatif-et-dire

Ex.:hoc mihi magnæ (majori, maximæ) ou parvæ norte minimæ) pus 187 .h ι3 curæ est. ὍΣ inanvy ke pe Ἶ ; | 97. — L'expression est mihi pouvant être souvent remplacée par habeo, on disait aussi, pour marquer le résultat :

habeo aliquid quæstui, cela m'est une source de profit, hoc habeo religioni, ce m'est une source de scrupules, hoc habeo ludibrio, cela m'est un objet de dérision, etc.

98. — Pour exprimer le résultat de l'interprétation que l'on donne de la conduite d’une personne, on se sert encore du datif de destination dans les constructions bien connues :

Ex. : dare alicui aliquid crimini ou culpæ; dare (ou ducere) alicui aliquid vitio ou laudi; vertere alicui aliquid vitio; tribuere alicui, aliquid ignaviæ, superbiæ, etc., faire à quelqu'un un crime ou un mérite de quelque chose, lui imputer quelque chose à lächeté, à orgueil, etc.

$ 6. — Datif marquant le but.

99. — Chez les potes et dans la langue postérieure de la prose, on sait que le datif s'emploie avec les verbes de mouvement, au lieu de l'accusatif précédé de ad ou de in, pour marquer le terme auquel aboutit un mouvement.

Ex. : Vinc., Én., VI, 171 sq. : aramque sepulcri | Congerere arboribus cæloque (— ad cælum) educere certant. 11, 553 : lateri (— in latus) capulo tenus abdidit ensem.

4. Cf. Nauanarr, der Gebrauch des lokalen Dativs bei Homer, Vienne, 1867. — H,. Scnaæran, der Datie zur Bezeichnung der Richtung in der lat. Dichtersprache (Progr. Sagan, 1873). — H. Panss, de dativi apud priscos scriptores usu (Strasbourg, 1878). — Tuiecuaux, das Verbum dare, Leipzig, 1882, p. 12 sqq.— Scnærriun, die Syntakt. Græcismen, p. 50 sqq. — Lanpanar, /. L., p. 69 544.

Si cet usage apparaissait pour la première fois dans Virgile, on pourrait soutenir avec quelque vraisemblance que c'est un emprunt fait par lui à la syntaxe poétique grecque.

Ex. : Hou., Od., IX, 287 : ἀναΐξας ἑτάροις, s'étant élancé vers ses compagnons. — SopHocLE, Anlig., 1236 : ἤρεισςε πλευραῖς μέσσον ἔγχος", il a enfoncé avec force son épée dans la poitrine.

Mais, s'il est vrai que ce datif est particulièrement développé chez Virgile, chez Ovide et chez Stace, il ne faut pas oublier que Plaute emploie morti dare (Merc., Il, 44) en regard de ad mortem dare. Cette construction appartenait donc vraisemblablement à la langue familière*; ce qui semble, en tout cas, le prouver, c'est qu'elle n'est pas propre seulement aux poètes ou à ceux qui les imitent, mais qu'elle se retrouve dans le de Bello Hisp., 16 : multis.… vulneribus affectos oppido (— in oppidum) represserunt; c'est enfin qu'elle apparait encore en pleine vigueur dans la langue des bas temps et jusque dans les écrits de Grégoire de Tours (cf. LANDGRAF, ouv. cité, p. 16).

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