E. — LE GÉNITIF‘ PROPREMENT DIT
400. — On peut donner du génitif proprement dit cette définition générale, qu'il détermine le substantif comme l'accusatif détermine le verbe. Par extension, il a servi à déterminer des verbes, des adjectifs et des adverbes.
Ι. — Génitif joint à un substantif.
404. — Rattaché comme complément à un substantif, le génitif ne possède par lui-même qu'une signification assez vague, tout à fait
4. Duuanücx, ouv. cil., p. 54, rapporte d’autres exemples, mais qui ne sont pas concluants; ainsi dans Houèaz, Zl., 111, 318 : θεοῖσι δὲ χεῖρας ἀνέσχον, où ἀνέχω signifie « tendre »; de même dans αἱματόεσσα δὲ χεὶρ πεδίῳ πέσεν, πεδίῳ est un locatif (cf. πεσεῖν χαμαί); de même xuvén βάλε est encore un locatif désignant le casque en pean de chien où le—euupest-perté. Enfin dans l'Jliade, 1, 3 : "Αϊδι προΐαψεν, il faut traduire, non pas « envoyer dans les enfers », mais « envoyer à Hadès ».
2. C'est-à-dire au fond même de la langue latine, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque les emplois analogues du grec et du sanscrit (cf. Deznatcx, ἰ, ἰ.) semblent indiquer que la coustruction était primitive,
3. Il ne faut pas oublicr d'ailleurs que les adverbes en 0 qui marquent le terme où sboutit un mouvement (60, (ΠΙΟ, etc.) sont presque certainement d'anciens datifs.
4. Du latin genetivus ou genitivus, traduction maladroite du grec ἡ γενικὴ (s.-e. πτῶσις), « le cas qui désigne le genre ou l'espèce. » En choisissant le nom de genetivus, les grammairiens latins out songé à genetrix et semblent n'avoir vu dans le génilif que le cas exprimant un rapport de filiation.
5. Le géaitif latin s'est conservé, au point de vuc de la syntaxe, pur de tout mélange avec d'autres cas (voy. cependant ci-après, p. 173, n. 5); mais le génitif grec a hérité des fonctions de l'ablatif primitif employé en-taut-qu-ablatif,
Mt pou
analogue à celle qu'aurait un adjectif. Que l'on compare en effet
metus regius et metus regis, la crainte qu'on a du roi, hoSpitalis filius (Praure, Pœn., 75) et hospitis filius, le fils de son hôte, servilis percontatio (Cicéron, de Orat., 11, $ 321) et servorum percontatio, les interrogations adressées aux esclaves, enumeratio oratoria (Cic. Brut., 93, 319) et oratorum enu-. meratio, opus laboriosum et opus magni laboris, στέφανος χρυσοῦς et στέφανος χρυσοῦ", elc.
Pour cette raison, on peut distinguer avec Ch. Thurotun génitif épithète et un génitif attribut, le premier déterminant et complétant directement le sens du substantif, le second déterminant et complétant le sens du substantif par l'intermédiaire d'un verbe.
δ 1. — Génitif possessif.
102. — L'emploi le plus ordinaire du génitif consiste à désigner l'objet auquel appartient celui qui est signifié par le terme complété (génitif possessif ou d'appartenance?).
Quand les deux substantifs sont des noms de personnes, le substantif construit au génitif marque les divers rapports de parenté, d'alliance ou de société qui unissent les hommes. Quand le substantif au génitif est un nom de personne et que l’autre est soit un nom de chose concret (pays, etc.) soit un nom de chose abstrait de qualité (éclat, pureté) ou d'état (pauvreté, richesse), enfin quand les deux substantifs sont des noms de choses, le substantif au génitif signifie l'objet auquel l’autre appartient à un titre quelconque, comme propriété, produit, effet, ouvrage, elc., et exprime tous les rapports que peut marquer en français la préposition de.
REMARQUES. — I]. L'usage s'est établi de faire rentrer dans le génitif possessif des emplois où le rapport de possession n'est exprimé que très indirectement.
Tacc., 1, 440! 4 : oi Λαχεδαιμόνιοι χελεύουσι τὸ Μεγαρέων ψήφισμα καθαιρεῖν (abroger le décret relatif aux Mégariens, rendu contre les Mégariens). -- IH, 144,1: μετὰ τὴν τῆς Αἰτωλίας ξυμφοράν (après le désastre arrivé en Étolie). — ANTIPHON, V, 9 : οὐ χάχουργός εἰμι, οὐδ᾽ ἔξοχος τῷ τῶν
4. Toutefois il ne faut pas oublier que les deux constructions ne peuvent pas toujours s’employer l’une
pour l'autre £x. : dignitas consularis « dignité de consul », et dignitas consulis « dignité du consul »,
et que souvent l'une ou l’autre des deux constructions n'existe pas. Ainsi le génitif explicatif (voy.ci-après) pe saurait étre remplacé par un adjectif. Quant à l'hypothèse de certains linguistes que le génitif avait à l’origine une forme adjective, elle ne repose que sur l’analogie apparente d'un adjectif comme δημόσιος avec La forme primitive du génitif ônwo-oyo. Or il faut renoncer à ce rapprochement, car δημόσιος vient de δημότιος (cf. V. Hewnr, Précis, elc., S 151, 2).