‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 5 sur 306 · Voy. Rismaxs, Études sur. T.-Live, introduction, ὶ · texte numérisé non relu

Voy. Rismaxs, Études sur. T.-Live, introduction, ὶ

littéraire se transforme, elle fait à la poésie de nombreux emprunts, et, à la fin, il n'y a plus de différence entre la syntaxe des poètes et celle des prosateurs.

Enfin il y avait à Rome entre la langue écrite et la langue parlée une ligne de démarcation dont il faut tenir grand compte, quand on étudie la syntaxe latine. Sans vouloir prétendre qu'entre les deux la séparation fût absolue, on est bien obligé de reconnaître que la langue parlée se distinguait de la prose littéraire par certaines particularités plus ou moins marquées, selon qu'on les relève chez des auteurs médiocres ou chez des écrivains très instruits. Nous possédons sous le titre de de Bello hispaniensi une relation de la guerre soutenue par César en Espagne contre les partisans de Pompée et, dans cet ouvrage mal écrit, bien qu'appartenant par sa date à l'époque classique, nous relevons une foule d’incorrections qui sont devenues la règle dans les langues romanes; il semble par conséquent qu'il soit légitime d’y voir des facons de parler populaires!. On peut en dire autant de certains tours qu'on lit dans Varron, dans Vitruve et surtout dans les passages du Satiricon où Pétrone fait parler soit des affranchis, soit des gens de condition inférieure. C’est dans ces ouvrages ou dans ces parties d'ouvrages que nous trouvons les traces les moins contestables du latin populaire. Quand on rencontre aussi les mêmes formes ou les mêmes constructions soit dans les inscriptions dues à des gens du peuple, soit dans les langues romanes, on peut conclure en toule certitude. Mais, à défaut de ce contrôle, qui n'est pas toujours possible, il est d'autres moyens d'arriver à des conclusions, sinon aussi rigoureuses, du moins très acceptables. Lorsque dans les auteurs que nous venons de citer ou bien chez d’autres encore, on trouve des façons de parler absolument rejetées par tous les prosateurs de l'époque classique, y compris T.-Live, non seulement dans leurs ouvrages les plus soignés, mais mème davus ceux qui, comme les lettres de Cicéron, se rapprochent le plus du ton de la conversation familière, ne peut-on décider — presque avec certitude — que ces incorrections appartenaient à la langue populaire?

Mais il ne faut pas confondre la langue populaire ou vulgaire avec le langage familier. « Lorsqu'on écrit, on emprunte, en général, la plupart des constructions grammaticales dont on se sert à la langue qu'on parle soi-même et qu’on entend parler autour de soi; mais il y a des facons de s'exprimer qu'on emploie en parlant, et qu'on n’emploierait peut-être pas dans un ouvrage écrit; c’est ainsi qu'on rencontre dans les lettres de Cicéron un certain nombre de tours qui ne se trouvent jamais dans ses discours ou ses traités littéraires. Tout écrivain fait donc un choix parmi les constructions, comme parmi les mots, . que Jui offre la langue parlée; ce choix peut étre plus ou moins sévère; or, on a remarqué que certains auteurs, Cornélius Népos, Salluste, T.-Live, emploient sans scrupule, dans leurs ouvrages, des tours grammaticaux qui étaient sans doute en usage dans la langue parlée de leur temps par la bonne société, mais

1. On mettait autrefnis sur la même ligne le de Bello africano; mais M. Landgraf ἃ montré (l'ntersuchungen zu Cæsar und seinen Fortselsern, Erlangen, Deichert, 1888) que les constructions remarquables qu'on y rencontre sont ou archaïques ou poétiques ou enfin empruntées à la langue de la conversation, telle que la parlaient les gens instruits du temps: il en conclut que l'auteur pourrait bien être Asinius Pollion. Voy. aussi C. Asini Polionis de Bello africo commentarius, par Ed. Wælfllin et A. Miodon'ski (Leipzig, Teubner. 1889).

que Cicéron, plus soigneux de la pureté de son style, semble avoir évités dans ses œuvres littéraires. Ainsi, lorsqu'une construction qui se trouve chez Salluste, T.-Live ou Cornélius Népos ne se rencontre pas chez César et n’a pas été admise non plus par Cicéron dans ses discours ou ses trailés, mais se trouve dans les (lettres de Cicéron (souvent aussi en même temps chez les comiques), il y a apparence que cette construction, sans être précisément incorrecte, appartenait cependant plutôt au langage familier, qu'à la prose littéraire, au moins suivant le sentiment de Cicéron ou de César.

« Il faut, du reste, faire encore une restriction pour ce qui regarde cette pureté de la langue de Cicéron; il ne semble pas y être arrivé du premier coup, et l’on a cru remarquer que, dans ses premiers ouvrages, le de Inventione (669-835 av. J.-C.), le pro Quinctio (013-84), le pro Roscio Amerino (674-80), elc., il avait employé certaines expressions et certaines constructions appartenant peut-être au langage familier, et dont il semble s'être abstenu soigneusement dans ses ouvrages postérieurs, surtout dans ses derniers discours!. »

Enfin on a pu supposer avec vraisemblance que César, dont les Mémoires sont avant tout un pamphlet politique s'adressant au peuple, avait employé parfois (surtout dans le de Bello civili) des facons de parler qui semblent avoir appartenu au langage familier ?.

Toutes ces distinctions à faire, jointes aux difficultés que nous avons énumérées plus haut, rendent très délicate la täche du grammairien. Mais ce sont les conditions mèmes d'un travail sérieux et solide ; il n'est pas permis de s’y soustraire. Toutefois, si nous avons tant de peine à dégager des faits grammaticaux les règles générales qui dominent chacune des syntaxes grecque et latine, notre peine est moindre, une fois que, ces premiers résultats obtenus, nous entreprenons de comparer entre elles la syntaxe grecque et la syntaxe latine. I s’agit tout simplement alors de disposer dans des cadres convenant aussi bien au latin qu'au grec les principaux documents réunis, de les comparer et de noter les ressemblances ou les différences. Ce travail a déjà été fait plusieurs fois, mais d’une facon indirecte. L'enseignement du grec et du latin, en France comme à l'étranger, repose sur des grammaires qui étudient séparément mais parallèlement chacune des deux langues. C’est ainsi que procède notamment R. Kühner : sa grammaire latine complète (ausführliche Grammatik der lateinischen Sprache, 2 vol., Hannover, Hahn, 1878-1879) est faite sur le même plan que sa grammaire grecque complète (ausführliche Grammatik der

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