‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 45 sur 306 · On trouve quelquefois aussi l'ablatif · texte numérisé non relu

On trouve quelquefois aussi l'ablatif

Ex.:Cic., p. Planc., 6,14 : hic familia consulari est, ille prætoria. P. Sest., 846. 57 : erat eodem genere eisdemque majoribus, eadem vetustate societatis. Phil., 2, 16, 41 : qua facie fuerit, qua statura, quo municipio, qua tribu.

2. Ce cas particulier peut s'expliquer par l'ellipse de classis, comme attribut de fuit.

417. — Génitif indiquant ce que réclame telle personne ou tel objet.

a) Génitif épithète :

Le tour est rare en grec, où l’on ne trouve guère que des constructions comme πρᾶγμα πολλοῦ πόνου, affaire qui exige beaucoup de peine. En latin, c'est très fréquent :

Ex. : Cic., ad Fam., IX, 36, 4 : non multi cibi hospitem, multi joci'. Ad Atlic.. IV, 16 : res plurimi ΟἿΣ, affaire qui exige beaucoup de loisir. — Varix. ar. Cic., ad Fam., V, 10, a, 3: quasi vero non justissimi triumphi in Dalmatia res gesserim, comme si je n'avais pas accompli en Dalmatie des actions qui devraient m’assurer légitimement le triomphe. — T.-Live, XLIV, 16, 1 : per facillimæ custodiæ pontem, etc.

b) Génitif attribu! :

PLAT., Gorg., 461 b : οὐχ ὀλέγης συνουσίας ἐστίν. Lois, 642 : ταῦτα παμπόλλων ἐστὶ λόγων. — Eun., Phén., 119 : τοῦθ᾽ ὁρῶ πολλοῦ πόνου.

Suér., Galba, 22 : CIDI plurimi traditur. --- ἀλριτοι,.., Ver., ἃ : somni fuit permodici.

IL — Génitif complément d'un verbe:.

418. — L'emploi du génitif complément d'un verbe est beaucoup plus étendu en grec qu'en latin.

Mais il est impossible de dresser la liste complète des verbes qui se construisent avec le génitif : on ne peut les connaître que par l'usage ou par la pratique du dictionnaire. Ce qui importe, c’est de ranger par catégories les principaux de ces verbes, en tâchant de

1. Cette phrase renferme deux exemples différents du génitif descriptif : le second (multi joci « capable de montrer beaucoup d'esprit ») exprine Ja qualité distinctive de la personne, le premier ne peat être rendu que par « qui ne demande pas à manger beaucoup ». Traduire par « capable de manger heancoup » serait contraire au sens ; car le contexte porte : nihil est quod adventum nostrum extimescas, etc.

ἃ. Bien que nous ayons pris soin de séparer les cas où le génitif grec est un véritable génitif de ceux où il correspond à l’ablatif latin proprement dit, nous ne nous dissimulons point que ce partage est la piopart du temps très diffcile à faire. Ce qui augmerrte l'embarras, c'est qu'il y a eu vraisemblablement aussi en lalin confusion entre le génitif et l'ablatif; car certains emplois du génitif latin ne semblent s'expliquer que si l'on admet que le génitif y remplace un ablatif primitif. On est tenté de supposer qu'avant !a séparation du grec et du latin, le génitif avait commencé à empiéter sur l'ablatif. En grec, il Soit par l'absnrber tout entier; en latin, l'ablatif se maintint; mais du moins, à l'époque archaïque, quelques constructions renferment des génitifs analngucs aux génitifs-ablatifs du grec. Plusieurs de ces emplais, après l'époque archaïque, disparaissent de la langue courautc οἱ sont de nouveau remplacés par l'ablaiif,

découvrir et d'expliquer les raisons qui ont fait préférer le génitif à tout autre cas!.

Voici dans quel ordre on pourrait étudier ces diverses constructions :

4° Le génitif se joint à un verbe pour déterminer l'idée sousentendue” d'un aceusatif complément direct ou” d'un accusatif qualificatif.

a) Cette catégorie comprend tous les verbes qui signifient avoir part à, recevoir une part de, εἰς, ou, en d’autres termes, tous ceux qui renferment l'idée d'une participation.

Le génitif dépend vraisemblablement du mot μέρος (ou μοῖραν), complément direct sous-entendu du verbe.

EX. : XEn., Anab., V, 3,9 : πάντες οἱ πολῖται χαὶ οἱ πρόσχωροι μετεῖχον τῆς ἑορτῆς. Mem., IV, 3, 14 : ἀνθρώπου ψυχὴ τοῦ θείου μετέχε:". — PLar., Lois, Ἴ2: τὸ ἀνθρώπινον γένος μετείληφεν ἀθανασίας. — XEN., Mém., IV, 3, 12 : δι' ἑρμηνείας πάντων τῶν ἀγαθῶν μεταδίδομέν τε ἀλλήλοις διδάσχοντες καὶ χοινωνοῦμεν. -- PLAT., Rép., 429 a : προσήχε: τῆς ἐπι-

REMARQUES. — I. Le latin classique ne connaît pas ces constructions. Mais, par imitation du grec, Plaute a dit (Cistell., 1, 3, 1) : paternum servom sui participat consilii. RSR υἰρὴ La

11. L'analogie a étendu cette construction à des verbes intransitifs comme χοινωνεῖν, avoir part à, ou impersonnels comme μέτεστι μοι, j'ai part à, et προσήχει WO, il me revienl une part de.

Ex.:PLAT., Banq., 218 : πάντες χεχοινωνήχατε τῆς φιλοσόφου μανίας. Rép., 550 : ἐν ὀλιγαρχίᾳ πένησιν οὐ μέτεστιν ἀρχῆς. — Χέν., Μόηι.. IV, 5, 11 : ἄνδρι ἥττονι τῶν διὰ τοῦ σώματος ἡδονῶν πάμπαν οὐδεμιᾶς προσήχει ἀρετῆς.

IIT. La mème construction s’est étendue aux verbes signifiant manger, boire, quand il s'agit d'une quantité déterminée de nourriture ou de boisson dont on n'a pris qu’une partie.

Ex. :XÉN., 4n., IV, 7, 20 : τῶν κηρέων ὅσοι ἔφαγον ἄφρονες ἐγίγνοντο, tous ceux qui avaient mangé des rayons de miel perdaient l'esprit. — XÉN., Anab., Il, 1, 3 : ἀθύμως ἔχοντες ὀλίγοι σέτου ἐγεύσαντοϊ.

4. Je ne πιὸ suis pas résigné à suivre à peu près docilement l'ordre proposé par les grammairiens et notamment par A. von Bamberg, voy. Aègles fondamentales de la Syntare grecque (2° éd. remaniée par C. Cucuel sous la direction de O. Ricmann. Paris, Klincksieck, 1889), p. 52 et suiv. J'ai tâché surtout de faire voir comment les diverses constructions naissent les unes des autres, et me suis attaché à mettre, autant que possible, en évidence l'enchainement des causes.

?. Ce qui prouve qu'on cest fondé à sous-entendre, en pareil cas, lo complément direct μέρος ou μοῖραν, c'est que l'on trouve réellement μετέχειν μοῖράν τινος (Hen., IV, 145), ou μέρος τινός (Escuvre, Agam., 507; Xex., Cyr., VII, 5, 54). Cetto construction appartenait à la languc indoeuropéenne primitive. Cf. B.-Dernnücx, Grundlagen, etc., p. 40.

3. Le génitif n'est possible qu'en ce cas. On dira, en effet (avec l'accusatif) : θῆρες Ἀρέα ἐσθίοντες « des bêtes sauvages se nourrissant de chair », parce que l'expression est générale, De même τὸ LUOVELOV πίνειν « boire la ciguë », signifie qu'on boit ou qu'on dait boire le tout. ᾿

ἐν, Voy. KCuxen, our. cité, p. 305. La construction du géuitif avec les verbes de cette catégorie cviste

De À

Et au sens figuré : ET νι

PLAT., Phédre, 221 : τῶν λόγων ὑμᾶς Λυσίας εἰστία, Lysias vous régelait de ses discours!, Lois, 634 ἃ : γεύειν τῶν ἡδονῶν. — Εὐκ., Héc., 375 : γεύεσθαι πόνων.

IV. L'idée que l'action s'exerce seulement sur une partie de l’objet peut être rendue, en grec, par le génitif seul, sans que le verbe employé se rattache de près ou de loin à ceux dont il ἃ été question ci-dessus. Mais il ne semble pas douteux cependant que cette construction soit une extension de celle qui vient d'être étudiée : de ce qu'avec certains verbes le génitif signiflait une part ou une partie de (tel ou tel objet), les Grecs prirent l'habitude de croire que cette signification particulière et accidentelle était une des significations fondamentales du génitif.

Ex. :Tauc., III, 89, 3 : ἢ ἐπίχλυσις παρεῖλε τοῦ φρουρίου (l'inondation emporla une partie du fort). 1, 30, 2 : τῆς YAS ἔτεμον (cf. 11, 56, 6; VI, 75, 2; 105, 3). — XÉX., Anab., 1,5, 7: ἔταξε Γλοῦν xat Πίγρητα λαθόντας τοῦ βαρδαρικοῦ στρατοῦ (ayant avec lui des gens de l'armée barbare) ouvexGtῥαζειν τὰς ἁμάξας. Hell, V, 4, 8: τούτους ταχὺ τῶν ἐχ τῆς στοᾶς ὅπλων χαθελόντες (ayant enlevé une partie des armes) ὥπλισαν. — LYsias, XXI, 15 : πολὺ μᾶλλον ὑμῖν προσήκει τῶν ὑμετέρων ἐμοὶ διδόνα!

fm'accorder une part de vos libéralités).

V. Cest grace à la faculté d'employer le génitif pour marquer que l'action s'exerçait sur une partie seulement de son objet que les Grecs pouvaient exprimer des nuances de signification assez délicates, comme celles-ci :

En effet, tandis que χατέαγε τὴν χεφαλήν (voy.S 14, 1°) signifiait il est brisé pour ce qui est de la tête (il a la tête fracassée), χατέαγε τῆς κεφαλῆς (cf. ARISTOPH., Acharn., 1180) voulait dire il s'est fait une fracture à la têle (lit. il est brisé à un endroit de la tête) ?,

Enfin dans des phrases comme celles qui suivent :

XÉN., Hipp., 6, 9 : ἄγει τῆς ἡνίας τὸν ἵππον (il conduit le cheval par la bride). Anab., 1, 6, 10 : ἐλάθοντοῦ τῆς ζώνης τοῦ ’Océvrz! (ils prirent Orontas 2 ' 7

par la ceinture). + a FC pe +

aussi en sauscrit et est, par conséquent, proecthnique ; voy. B.-Deinaücx, Grundlagen, ete., p. 40. — On serait tenté, avec quelques grammairiens, de rattacher aux constructions qui vicnnent d’être étudiées uu exemple comme ἀπολαύειν ποτῶν (Xéx., Cyr., VII, 5, 81); on pourrait y voir d'autant plus volontiers une consiruction due à l'analogie de γέυειν ou de γεύεσθαι que le sanscrit, lui aussi, met au génitif le complément des verbes « manger, boire, jouir de » (cf. B.-Decsnicx, ouv. cité, p. 40). Maisil ne faut pas oublier que la préposition ἀπό entrant dans la composition du verbe ἀπο-λαύειν, le sens primilif doit ètre « retirer une jouissance de... », ce qui oblige à voir dans le complément non pas un génitif proprement dit, mais un génilif- ablatif. D'ailleurs l’ablatif est le cas auquel se met régulièrement en latin le complément du verbe frui, analogue, pour le sens, à ἀπολαύειν.

1. La traduction française pourrait faire croire que le géuitif remplace ici un ablatif instrumental. Pour écarter cette supposition, il suffira de rappeler que le grec dit aussi : ἑστιᾶν τινα ἰχθύσι (Prar., Rép., 404, b), « régaler quelqu'un de poissons ». Le génitif exprime donc ici une toute autre idée.

2, C'était sans doute en songcant à des tournures semblables que J. Grimm déterminait, comme il suit, les rapports de l'accusatif et du génitif (voy. B.-Deonücx, Grundlag., p. 39) :

Ter Accufativ gris die ne ἘΠΕ τα ΠΕ Betwältigung εἰποῦ Gegenftanbes burd ben im Berbo des Sabkfubiects enthaltenen Begriff. Geringere Objectivifirung Liegt in bem Gen., die thâtige Araft wird dabei gleidfam nur verfudt und angeboben, nidt er{düpit.

3. Dans le dialecte attique, le verbe λαμδάνεσθαι (moy.) ct le verbe ἔχεσθαι (moy.) sont à peu près les seuls qui se construisent avec ce génitif. Mais les poëtes, et surtout Homère, emploient aussi les formes actives λαδεῖν et ἑλεῖν.

$. Pour le génitif τοῦ ᾿Ορόντα, τον. ci-après, S 118, 5°, p. 141.

Sn 'rigti'testcs

et dans d’autres semblables, le génitif pouvait servir à exprimer la partie par laquelle on touche quelqu'un ou quelque chose.

b) Il faut suppléer l'idée d'un accusatif qualificatif avec ὄζω et πνέω,, sentir, avoir OU exhaler l'odeur de.

Ex. : Ansropn., Acharn., 196 : αὗται μὲν ὄζουσ᾽ ἀμόροσίας καὶ νέκταρος, — Sorn., Fragm., 141: πνεῖν μύρου.

REMARQUE. — C'est sans doute par une ellipse analogue qu'on expliquerait la construction homérique :

-“΄ Od., V, 12 : λειμῶνες μαλαχοὶ lou nôt σελένου | θήλεον (entendez tou Le χαὶ σελίνου θαλλοὺς θήλεον, faisaient croître des pousses de violette οἱ d'ache).

et: {ἥνπιιι - Τη ” . . "

2e Α la construction des verbes qui se rapportent au sens du goût se rattache vraisemblablement celle des autres verbes relatifs aux opérations des sens *.

C’est ainsi qu’on trouve le génitif avec ὀσφραίνομαι, percevoir une odeur, ἀχούειν (poét. κλύειν et αἀίειν) et ἀχροᾶσθαι, percevoir par le sens de l'ouie, d'où entendre, écouter, αἰσθάνεσθα!, percevoir (en général).

Ex. : Anisropn., Gren., 654 : κρομμύων ὀσφραίνομαι (je sens une odeur d'oignons)*. — XEN., Anab., IV, 2, 8 : ἀχούσαντες τῆς σάλπιγγος (avant entendu Ze son de la trompette). --- PLaT., Profag., 314 b : ἴωμεν καὶ ἀκούσωμεν τοῦ ἀνδρός (allons l'entendre lui-même)Ÿ. — Isocr., XIV, 6 : δέομεθ᾽ οὖν ὑμῶν μετ᾽ εὐνοίας ἀχροάσασθα: τῶν λεγομένων. -- XEx., Cyr, I. 3. 10: οὐκ

4. Dans l'un et l'autre cas, le géaitif s'explique par ce fait qu’on ne touche qu'une partie de la ceinture ou de la bride. C'est du moius la raison donnée par les grammairiens. Le latio, qui, en pareil cas, emploie l’ablatif instrumental (cf. Paurr, sin., 668 : prehendere aliquem auriculis), ne considère pas le rapport de la même manière.

2. Ce qui prouve que pour expliquer ce géaitif, il faut sous-entendre un accusatif qualificatif (ὀσμὴν avec ὄζω, πνεῦμα ou ὁσμὴν avec πνέω), c'est qu'on ἰγυῦνθ, par cxemple, dans Χέν.. Cyn., 2, δ: ὅμοιον ὄζειν (ΞΞ ὁμοίαν ὀσμὴν ὄζειν), ct dans Hou., Od., 1V, 46 : ἧδυ πνεῖν (= ἡδὺ πνεῦμα πνεῖν). Voy. ci-dessus, $ 62, 3°, p. 63.

3. Celle construction existe en sanscrit ct remoulic, par conséquent, à la période procthnique. Cf. Β.-Ὠκιβκῦοκ, Grundl., p. 40.

4. Le génitif du nom de chose cest la seule construction possible avec ὁσφραίνομαι.

5. Ἐὰ règle générale, le verbe ἀχούειν se construit foujours avec le génitif de la personne que l’on écoute, quo l'on entood. Les exceptions ne sont qu'apparentes ; dans des phraseé comme celleg-ci (AnisroPn., Thesmoph., 164$: καὶ Φρύνιχος, τοῦτον γὰρ οὖν ἀχήχοας, | αὐτός τε χαλὸς ἦν χαὶ, εἰς. Pair, 603 : τἀμὰ δὴ ξυνίετε ῥήματ᾽, εἰ βούλεσθε ἀχοῦσαι τἣνδ' ὅπως ἀπώλετο), le verbe ἀχουειν est pris comme synonyme αὐ εἰδέναι ct κο construit comme lui: τοῦτον ἀχηχόας équivaut au latin hunc nostfi ; quant au second exemple, il renferme un hellénisme bien connu : a si vous voulez savoir celle-ci comment elle a péri », au lieu de : a si vuus voulez savoir comment elle a péri ».

Mais quand le complément d'&xoveiv est un nom de chose, on peut Je mettre à l'accusatif ou au géaitif. 11 semble que l'accusatif soit employé de préférence, quand il s’agit d'une chose déterminée (tab ENV τὴν χρανγὴν ἀχούειν, par exemple), et aussi quand le verbe signifie « entendre » et non « écouter, prèter l'oreille à », c'est-à-dire quand il est pris dans l’acception la plus générale (cf. How. IL, X, 354 : δοῦπον ἀχούσας. Xkx., Anab., IV, 4, 21: ἀχούσαντες τὸν θόρυθον). Au contraire,

quand ἀχούειν est synonyme d' ἀχροᾶσθαι et signifie « écouter », lo nom de la chose se met de préférence au génitif.

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