‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 49 sur 306 · Sur la nature de cet ablatif, voir ci-après, ὃ · texte numérisé non relu

Sur la nature de cet ablatif, voir ci-après, ὃ

IT. L'analogie des contraires a conduit aussi les poêtes latins et leurs imitateurs à construire avec le génitif les adjectifs signifiant disette, comme

vacuus (SALL., Jug., 90, 1; TAC., Ann., XV, 8; POÉT.), parcus (HOR., LUCAIN, SIL., Tac., SUÉT., JUSTIN), brevis, p. parcus (Vopisc., Bonos., 2), sterilis (VELL., TAc.), egenus (ViIRG., T.-LivE), indigus (Virc., PLIXE, TAC.), tenuis (SiL.), viduus (Ov.), pauper (Hon.), etc.

Cependant on trouve, même chez Cicéron, avec un complément au génitif, les adjectifs inops et inanis.

Ex. : Cic., de Orat., 11, 10, 40 : inops humanitatis (cf. de Amic., 15, 53). P. Mur., 12, 26 : inanissima prudentiæ reperta sunt!.

431. — Génitif de cause. — De même qu'avec les verbes relatifs à des actes judiciaires, le génitif s'emploie, en grec et en latin, avec des adjectifs de sens analogue, par exemple, avec ὑπόδιχος, accusé de, responsable de, ὑπεύθυνος, responsable de, αἴτιος, coupable de, ἔνοχος, exposé ἃ une accusation de, accusé de, etc., et, en latin, reus (classique), accusé de,

insons (T.-Live), innocent de; nOxius (Tac.), coupable de; innoxius (Q.-Cvacr), .

innocent de; suspectus (T.-Live), suspect de; manifestus (Sazr.), convaincu de; innocens (Tac.), innocent de, etc.°.

Ex. : Prar., Lois, 907 e : ἀσεδείας ὑπόδιχος. — Déu., XVIII, 117 : ὑπεύ-

ridert θυνος ἀρχῆς. bid., 196 : ὑπεύθυνος τῆς αὑτῆς ἀγνοίας.

10° — Lysras, XIV, 4 : τολμῶσι γάρ Tivec λέγειν, ὡς οὐδεὶς ἔνοχός

Cic., in Verr., Il, 2, 38, 94 : si quis absentem Sthenium rei capitalis reum facere vellet. — T.-Live, XXII, 49, 7 : insontem culpæ (cf. XXXIV, 32, 8). — ὅλ... Cat., 52, 36 : de manifestis rerum capitalium supplicium sumendum.

132. — Génitif de relation. — On est convenu de ranger sous ce titre certains emplois du génitif, dans lesquels ce cas, construit comme complément d'un adjectif, exprime la raison de l'idée signifiée par l'adjectif et peut se traduire par pour ce qui est de, par rapport ἃ ὃ,

1. Suc toutes ces questions, νου. l'exacte et complète dissertation de A. Havsreix, de genitivi adjectieis accommodati in lingua latina usu, Halle, 1882.

2. On peut ajouter à cette liste : argutus (PLaur.) « accusé de »; affinis (Cic., in Verr., 11, 2, 38, 94; de Inv., Il, #4, 129) « impliqué dans, complice » (mais le datif est le cas le plus ordinaire): obnoxius (T.-Live, VIII, 28, 9. Cons Jusrix.), compertus (T.-Live, VII, 4, 4; XXXII, 1, 8) « convaincu de ».

3. Le datif avec ὑπεύθυνος « responsable », ne se rencontre que dans la grécité postérieure.

Ex. : ὑπεύθυνος τυμδωρυχία (Ixscr.) « responsable d'une violation de sépulture », (Cf. ῬΑ οί, Wochenschrift, t. 11, p. 365).

Quand ὑπεύθυνος signifie « soumis à l'autorité de » ou « dépendant de », il peut se construire soit avec le géuitif (ex. : έν, p. 744, 1; 1114, 21), soit avec le datif (Déu., p. 291, 19 : 306, 4, etc.). Quand il signifie « exposé à », il s'emploie avec le datif (ef. Lrcunaur, p. 166, 17).

4. Ce géuitif existe en grec, en lalin et dans les langues germaniques ; il appartient donc à la langue primitive. Il se rattache au génitif de cause ; mais, dans quelques cas, on peut voir une extension de l'emplai du génitif après les adjectifs d'abondance, Voy. Β.-Βειπαῦοκ, vergl. Synt., p. 354 sq.

εν a Li - CRE Fe + : di 1." TA 2 one. CL # #45 a à ts # : -

En grec (et même dans la meilleure prose classique), ce génitif se joint à toutes sortes d’adjectifs.

Ex. : Piar., Phéd., 58 e : Σωχράτης εὐδαίμων μοι ἀνὴρ ἐφαίνετο xai τοῦ τρόπου χαὶ τῶν λόγων, heureux dans sa contenance et dans ses paroles (c-est-iei un véritable génitif de eause). — Χέν., Cyr., IV, 6, 9: ἔστι μοι θυγάτηρ γάμου ἤδη ὡραία. Mém., IV, 3, 1: τὸ πῦρ ἐπίχουρον μὲν ψύχους (qui protège contre le froid, lit. : qui protège pour ce qui est du froid...) ἐπίκουρον δὲ σκότους. — PLuranore, Sol., 12 : τυφλός ἐστι τοῦ μέλλοντος ἄνθρωπος (CF. XEN., Βαπᾳ., 4, 12). — MéNANDRE, fragm., 60 : φύσε! ἔστ᾽ Ἔρως τοῦ νουθετοῦντος ' κωφόν. — PLar., Rép., 380 6: σύμψηφός σοι τούτου τοῦ νόμου. Timée, 20 : Κριτίας οὐδενὸς" ἰδιώτης ἦν.

REMARQUE. — Cette construction est très fréquente avec les adjectifs composés d'& privatif.

Ex.:XÉN., Mém., 11, 1, 31 : τοῦ πάντων ἡδίστου θεάματος ἀθέατος. — DÉx., XV, 33 : χρὴ τοὺς πολιτευομένους ὀλιγαρχικῶς ἀτίμους τοῦ συμβουλεύειν ὑμῖν αὐτοῖς ποιεῖσθαι. — Isocn., XII, 126 : Κέχροψ ἄπαις ἣν ἀρρένων παίδων. — PLAT., Rép., 619 : ἁλίσχονται, ἅτε πόνων ἀγύμναστοι".

433. — £n latin, cet emploi du génitif n'existe guère que dans la langue archaïque, chez les poètes, et, par influence de la syntaxe poétique, chez les prosatears de l’époque impériale“.

Ex. : Exnits ae. Cic., de Or., 1, 45, 199 : summarum rerum incerti (cf. Puacre, Rud., 1, 3, 32; Auct. ὃ. Afr., 1). — SaLr., Hist., IV, 73 (Dietsch) : æger COnSili. Jug., 96, 1 : sollers omnium. Hist., ΠΙ, 81 : dubius consili. 11,91: lætus frugum pabulique*.

Les exemples sont particulièrement nombreux chez Virgile, qui

1. Ce génitif peut s'expliquer par l'analogie des verbes « écouter, entendre » signifiant l'idée contraire ; d'ailleurs on dit χωφὸς τῶν λεγομένων (Hippocrate) « sourd à ce qu'on dit ». 3. Ce géaitif peut s'expliquer aussi par l'analogic d'éne:pos, imperitus, dont ἰδιώτης est ici synonyme.

1. Le génilf est dû ici encore à l'analogie ἀ᾿ ἀγύμναστος avec ἄπειρος. 4. L'aualogie a fait beaucoup pour étendre en latin l'usage du génitif complément d'adjectifs. Ainsi, sur μ mdèle de gnarus alicujus rei, va ἃ construit imbrium divina avis (Hon., Carm., 1V, 6, 43), « oëeau qui sait d'avance quand il pleuvra ». De méme, dans Plaute (Trin., 454 : satin tu sanus Mentis aut animi tui ἢ). il semble bien qu'on ait uu effet de l'analogie avec COMPOS animi. Mais l'analogie ne saurait tout expliquer, ct il n'est pas douteux que l’imitation de la syntaxe grecque a été pour dans l'extension de l'emploi du génitif de relation avec les adjectifs. Rausraix (ouv. cité) a constaté que pour 73 adjectifs ainsi construits ἃ l'époque archaïque, on en trouvait 175 à l'époque d’Auguste, οἱ 169 dans les siècles suivants. La plupart de ces innovations sont dues aux poètes qui trouvaient dans La libre imitation du grec un moven de donner à leur style une couleur moins terne que celle du latin ordinaire εἰ aussi l'avantage de compenser le manque ou la rareté des mats composés. Sur cette question, ͵ voy. Bassots, Étude sur les hellénirmes dans la syntare latine (Paris, Kliacksieck, 1895), p. 121 544. | 5. Beaucoup de ces adjectifs suivent l'analogic de ceux qui signifient « sachant », « habile », expérimeuté » et le contraire (ex. : Sollers, incertus, dubius, etc.) ou de ceux qui signifient « plein de » et. : lætus). Cela prouve que la languc latine ne répugnait pas à cette construction ct que, si les poètes ont pu l'étendre et la développer comme ils l'ont fait, c'est qu'elle avait ses racines dans le fond latin.

3 ἄμα Ritz

emploie avec un complément au génitif : felix, infelix, certus (décidé à), fessus rerum, ambiguus futuri, maturus ævi, dubius viæ, veri effeta, veri vana, libera fati, læta laborum, fortunatus laborum,

trepidæ rerum. Par imitation de Virgile sans doute, T.-Live et Tacite

font un grand usage de ce tour', qui se perpétue jusqu'aux derniers temps de la langue?.

434. — On joint un génitif aux adverbes de manière construits avec ἔχειν ou avec un verbe de sens analogue, pour déterminer le sens de l'expression; c’est un cas particulier du génitif de relation : le génitif équivaut à l'expression française au point de vue de.

Ex. : Χέν., Hell, I, 4, 16: ἢ τάξις ἄριστα σωμάτων εἶχεν. IV, 5, 15 : ἐδίωξαν ὡς τάχους ἕχαστος εἶχεν. — PLaT., Gorg., 507 : ἄχολασίαν φευχτέον ὡς ἔχει ποδῶν ἔχαστος ἡμῶν. Rép., 456 : πῶς ἔχεις δόξης τοῦ τοιοῦδε πέρι. — Dé. XVIII 271 : ὡς ἂν ὑμεῖς πρὸς ἕχαστον ἔχητε εὐνοίας, οὕτως ὁ λέγων ἔδοξεν εὖ φρονεῖν. — PLaT., Phil, 62a : οὗτος ἱκανῶς ἐπιστήμης ἕξει. — Tuvc., 1, 36, 2 : τῆς TE YXP Ἰταλίας χαὶ Zixehiact χαλῶς παράπλου χεῖται, (Corcyre) est admirablement située en vue d’un (litt. relativement à un) trajet par mer vers l'Italie et la Sicile.

On trouve aussi dans Hérodote et chez les poètes des expressions comme celles-ci : πῶς ἀγῶνος ἥκομεν; (cf. Eun., Électre, 151), εὖ ἥχειν χρημάτων et d'autres semblables.

REMARQUES. — I. Ces expressions sont ordinairement employées sans article. Mais la règle n'est pas sans exception.

Ex. :Tauc., ΠῚ, 92, 3 : Ἡράχλεια τοῦ τε πρὸς ᾿Αθηναίους πολέμου χαλῶς ἐδόχει χαθίστασθαι, τῆς τε ἐπὶ Θράχης παρόδου χρησίμως ἕξειν".

IT. Le grec ἃ étendu fort loin l'emploi du génitif de relation. On le trouve même dans des phrases où il ne se rattache à aucun adjectif, à aucun adverbe.

Ex.:PLAT., Gorgias, 509 ἃ : τί δὲ δὴ τοῦ ἀδικεῖν (pour ce qui regarde le fait d'être injuste”); — XÉN., Écon., 3, 11 : ἵππος ἣν χαχουργῇ, τὸν ἱππέα χαχίζομεν᾽" τῆς δὲ γυναικὸς (quant ἃ la femme), εἰ χαχοποιεῖ, ἴσως διχχίως ἂν ἢ γυνὴ τὴν αἰτίαν ἔχοι,

1. Pour T.-Live, voy. Riemanx, Études, ete., 2° éd., p. 270 ; et pour Tacite, νου. H. Goxuzzn, éd. class, de Tac., Aist. Libri, 1 ct IL, p. 190.

2. « Les adjectifs qui se sont le plus multipliés à l'âge d’Auguste ct dans les temps qui ont suivi, sont précisément ceux qui expriment une qualité de l'âme ou du corps. : ils doivent pour une bonne part leur construction avec le génitif à l’influcuce de la langue grecque. » Brexous, ouv. cil., p, 134. Parmi les exemples qu'on cite généralement, je trouve celui-ci d'Horace, Carm., II, 6, 7 : Sit modus lasso maris et viarum | Militiæque, mais il ne me parait pas concluant ; car les génitifs maris, etr., peuvent dépeudre de modus.

. ἔχειν avec un adverbe équivaut à εἶναι avec l'adjectif correspondant. 4. Ces génilifs dépendent de παράπλον.

5. On met régulièrement l’article quand le génitif est remplacé par l'accusatif de relation.

Ex.: Prar., Rép., 407 φύσει τε καὶ διαίτη ὑγιεινῶς ἔχουσι τὰ σώματα. — Xéx. Cyr., 12, 5 : ἀεὶ ἔστι τοῖς τὰ σώματα χαὶ τὰς ψυχὰς εὖ ἔχονσιν εὐτυχῆσαι.

ll. On lit dans Tacite, Ann., XV, 53 : tum jacentem... tribuni.., ut quisque audentiæ habuisset, accurrerent trucidarentque, ec l'on voit généralement dans ce tour un hellénisme (cf. Tauc., 1, 22, 3 : ὡς ἑχατέρων τις εὐνοίας ἢ μνήμης χοῦ: mais on peut se demander si Tacite n'a pas pris ut comme synonyme de quantum.

438, — Génitif joint à des adverbes. — Parmi les construc- .

tions du génitif complément d'adverbes, il en est un certain nombre dont il a été question plus haut, parce qu’elles AND soit par Le + des substantifs (8 102, p. 110, n. 1; ὃ 110, , Reu.; 7°, do) soit par celle des adjectifs ($ 130, je Reu. ; 3°; 134). Ἢ δ reste à signaler, en grec et en latin, que l'emploi du génitif après certains adverbes de quantité pris substantivement (ἅλις, ἄδην — satis, parum, nimis, adfatim, etc.).

Ex. : Hénonorr, IX, 217 : παλαιῶν μὲν οὖν ἔργων ἅλις ἔστω (cf. XEN.. Cyr, VII, 7, 25: Anab., V, 1, 12). — Ηοκ., IL., XIX, 423 : οὐ λήξω, πρὶν Τρῶας ἄδην ἐλάσαι πολέμοιο. — PLATON, Charm., 153 d : τῶν τοιούτων ἄδην εἴχομεν.

Cés., de B. Gall., III, 23, 7 : Castris satis præsidii relinquere. — Nér., Cim., 2, 1 : habebat satis eloquentiæ. - Sais, Catil., 5, 4: satis eloquentiæ, sapientiæ parum.—Cic., Orat., 51,170: nimis insidiarum ad capiendas aures adhibere videtur, si etiam in dicendo numeri ab oratore quæruntur. — T.-Live, XXVII, 17, 1: armorum affatim erat captorum Carthagine.

Ce génitif est un génitif de l'espèce et s'explique par l’analogie des constructions dont il a été parlé ci-dessus (8 112, 2°).

REMARQUES. — I. A l'époque archaïque et dans la langue familière abunde et largiter se construisaient de même avec le génitif.

Ex.: PLAUTE, Rud., 1188 : credo. illic inesse argenti et auri largiter. — SALL., Cat., 58, 9 : commeatus abunde. — SUÉT., Cæs., 86 : ferunt (Cæsarem) dicere solitum se jam pridem potentiæ gloriæque abunde adeptum.

Il. L'adverbe partim pris substantivement (cf. p. 74, n. 3) est construit, même chez Cicéron, avec un génitif partitif.

Ex. :Cic., de Div., II, 55, 113 : nec Apollinis opertis credendum existimo, quorum partim ficta aperte, partim effutita temere sunt.

1, Le grec, qui n'emploie pas de tour correspondant au latin multum auri, ne fait pas non plus un très grand usage des adverbes ἅλις ou ἄδην avec le génitif. « Assez d'or » s'exprime en grec par ἐπιειχῶς κολὺς χρυσός plus volontiers peut-être que par ἅλις χρυσοῦ.

(a duarhos)

Page 1