IV. — Emplois du génitif particuliers au grec
136. — Génitif de lieu’. — Le génitif se rencontre assez souvent chez Homère pour marquer le lieu où l'on est (question ubi).
Ex. : Hou., 11.) XVII, 312 : νέφος où φαίνετο πάσης | γαίης οὐδ ὀρέων.
Odyss., XIV, 96 : Lu) OÙ τινι τόσση ἀνδρῶν ἡρώων, οὔτ᾽ ἠπείροιο μελαίνης | οὔτ᾽ αὑτῆς ᾿Ιθάκης. XXI, 108 : οὔτε Πύλου ἱερῆς οὔτ᾽ ΓΑργεος οὔτε Μυκήνης. 1., IX, 918:
On trouve aussi très fréquemment chez lui le génitif πεδίοιο. dans la plaine (cf. 11... 11, 801; V, 597; XIII, 820; XXII, 372; 449; Od., VIII, 122, οἷς.).
Ces diverses constructions ont passé de la langue épique dans celle des tragiques.
Ex. : Sopu., Œdipe roi, 236 : τὸν ἄνδρ᾽ ἀπαυδῷ τοῦτον, ὅστις ἐστί. γῆς | τῆσδί(ε)... μὴ εἰσδέχεσθαι. — Eur., Phénic., 451 : τόνδ᾽ εἰσεδέξω τειχέων (syn. de πολίσματος) πείσασά με. — Son. Aj., 1214 : ἐρκέων ποθ᾽ ὑμᾶς οὗτος ἐγχεχλεισμένους ἐρρύσατο.
Mais, dans la prose attique, cet emploi est borné à certaines Jlocutions toutes faites”.
Ex. : Tauc., IV, ΑἹ, 2 : ἐπετάχυνον τῆς ὁδοῦ τοὺς σχολαίτερον προσἰόντας, ils pressaient ceux qui allaient trop lentement Leur chemin. IV, 33, 3 : προελάμθανον ῥᾳδίως τῆς φυγῆς", ils prenaient facilement l'avance dans la fuite. — XEN., Anab., V, ἃ, 30 : ἐπορεύοντο τοῦ πρόσω, ils allaient en avant. Cf. chez les tragiques τῆσδε τῆς ὁδοῦ (ϑορη., Œd. R., 1418), sur ce chemin. et, chez Aristophane, τῆς αὑτῆς ὁδοῦ (Pair, 1155), sur le même chemin.
Enfin il se retrouve dans les adverbes de la question ubi (αὐτοῦ, οὐδαμοῦ, etc.)#.
1. Ce génitif doit être rattaché au génitif partitif : nnetporo « en un point du continent ». 11 ne parait pas se rencontrer en sanscrit.
2. Quand les grammairiens grecs ont à citer un texte de la manière suivante : « au livre VI, à La fin », ils disent βιθλίῳ Ζ' (cf. ci-après 8 166), τέλει ou τοῦ τέλους. Cf. Bull. de corr. hell, t. IV, pp. 452, 453, 454, 455, etc.).
3. Le génitif τῆς φυγῆς s explique par l’analogie de τῆς ὁδοῦ. En effet φυγή, r'est le chemin qu'on fait en fuyant. Il est inutile de faire remarquer que le géuitif τῆς ὁδοῦ (ὁδοῖο) est très fréquent chez Homère après les verbes de mouvement. Cf. Katosa, gr. Sprachlehre, Dialect., S 46, 1.
4. On ajoute quelquefois à cette liste certains génitifs comme ἀριστερᾶς, λαιᾶς, δεξιᾶς (cf. Ecn., Cycl., 681 : ποτέρας τῆς χερός [ἑστήκχασιν)). Mais il est douteux qu'on ait affaire, dans ces expressions, à un génitif de lieu. C'est bion plutôt un génitif-ablatif du point de départ, signifiant « du côté de... », comme en latin ἃ avec l’ablatif ou l'ablatif seul dans les expressions dextrà, sinisträ.
REMARQUE. — [1 faut encore reconnaître un génitif partitif dans celui avec lequel se construit eUÔU, tout droit sur ou vers.
Ex.: PLAT., Lys., 203 a : éropetoury ἐξ ᾿Αχαδημίας εὐθὺ: Δυκείου.
437. — Génitif de temps’. — Le génitif s'emploie en grec pour fermer des Iocutions adverblates de temps. Il signifie alors :
1° Ou bien le moment où une chose arrive, mais d'ordinaire dans des expressions toutes générales, comme ἦρος, au printemps, θέρους, en été, χειμῶνος, en hiver, VUXTOS, de nuit, ἡμέρας, de jour, ὄρθρου, au point du jour, μεσηυθρίας, à midi, δείλης, dans l'après-midi, ἑσπέρας.
au soir?, τοῦ λοιποῦ, à l'avenir®.
Ex. : Sorn.. Acr. fr., 63 : θάρσει, γύναι ᾿ τὰ πολλὰ τῶν δεινῶν, ὄναρ | πνεύσαντα νυκτός, ἡμέρας μαλάσσεται. — Escine, ΠΙ, 24 : ποίου μηνὸς χαὶ ἐν τίνι ἡμέρᾳ καὶ ἐν ποίᾳ ἐχχλησίᾳ ἐχειροτονήθη Δημοσθένης:
REMARQUE. — Employées avec l'article, ces expressions peuvent avoir, d'après le contexte, un sens distributif : τῆς μέρας, par jour, τοῦ μιηνός, par mois, τοῦ ἐνιαυτοῦ, par an, εἰς,
Ex.:Tauc., ΠῚ, 11, 2 : ὃ onAirnç δραχμὴν ÉAtubave τῆς ἡ μέρας, une drachme par jour. 1, 138, 6 : Μαγνησία προσφέρει πεντήχοντα τάλαντα τοῦ ἐνιαυτοῦ.
? θὰ bien le temps dans l'espace duquel une chose arrive ou n'arrive pas :
Ex. : PLarox, Gorgias, 448 a : οὐδείς μ. Ὡρώτηχε χαινὸν οὐδὲν πολλῶν ἐτῶν. Lois, 6428 : ᾿Επιμενίδης εἶπεν ὅτι Πέρσαι οὐχ ἥξουσι δέκα ἑτῶν (cf. en français : ils ne viendront pas de dix ans). — Turc, V, 44, 2: οἱ Λακεδαιμόνιοι Govro ὀλίγων ἑτῶν χαθαιρήσειν τὴν τῶν ᾿Αθηναίων δύναμιν. — Isocr., XVIL 18 : ὀλίγου χρόνου πειράσεται τὰ χρήματα ἀποδοῦναι.
1. CL. chez Homère et chez Hérodote ἰθύς et ἰθύ, dans le même sens ct avec le même emploi. Er. : How, Z1., VII, 254 : (θύελλα) ἰθὺς νηῶν xovinv φέρεν (cf. XVI, 584; XVII, 233). — Hanovore, VI. 95 : ἔχον τὰς νέας ἰδν τοῦ ᾿Ελλησπόντον.
2. Comme le géniüif de lieu, celui-ci se rattache fort bien au génitif partitif : νυχτός « à un moment la nait ». Le génitif de temps 56 retrouve en sauscrit, dans les langues germaniques ct dans les langues Slaves. Cf. B. Dersntcx, Vergl. Synt., p. 356 544. 3. La langue distingue ordinairement ἡμέρας « le jour, de jour », de τῆς ἡμέρας « ce jour-là, la journée », etc. Mais quelquefois aussi on trouve l'article là où on ne l’attendrait pas. Es: χες, Écon.,9, 4 : ἡ οἰκία χειμῶνος μὲν εὐήλιός ἐστι, τοῦ δὲ θέρους εὔσχιος.
. % On distingue τοῦ λοιποῦ, « une fois dans l'avenir υ de τὸ λοιπὸν (8 78), « durant lout le temps ἃ ΤΩΙ ἡ, Er.: Xex., Hell., 1, 3, 29 : ὃν ἂν προδίδοντα λαμδάνωσι, τούτω οὐδεὶς ἂν σπείσαιτο ποῦ
λοιποῦ. Anab., II, 2, 5 : τὸ λοιπὸν ὃ μὲν ἦρχεν, οἵ à ἐπείθοντο.
5 τᾶν ᾿ , SA + Ms rs LR 9 5. À ᾿ S ? e τ μ ᾿ ΠΩ ΝΣ σι τὺ 119 GRAMMAIRE COMPARÉE DU GREC ET DU LATIN.
438. — Le génitif de temps s'emploie quelquefois au lieu du datif (cf. ci-après $ 169).
Ex. : ᾿Ελαφηδολιῶνος μηνός (ἐν) ᾿Ελαφηύθολιῶνι μηνί
τοῦ αὐτοῦ θέρους ἐν τῷ αὐτῷ θέρει τῆς ἐπιούσης ἡμέρας τὴ ἐπιούσῃ ἡμέρᾳ τῆς παρελθούσης ἡμέρας τῇ παρελθούσῃ ἡμέρᾳ Etc., etc. Etc., etc.
Cf. XÉN., Hell., 1, 1,13: τῆς ἐπιούσης νυχτὸς ἀνηγάγοντο χαὶ τῇ ἄλλη ἡμέρα περὶ ἄριστου ὥραν ἦχον εἰς Προιχόννησον. REMARQUE. — Quand l'expression qui désigne le temps est accompagnée d'un nom de
nombre ordinal ou des démonstratifs ὅδε, οὗτος, ἐχεῖνος, c'est presque toujours le datif que l'on emploie. Les exceptions sont rares (cf. HÉR., 11, 47, 1; THuc., VII, 40, 2;
ς ! . ἢ "= 7 À e a 5 Ρχάτ., Crit., 44). ταύτης MPYUUN TU αὐτοῦ ἘΡ ὅλου τῇ αὐεῆ rave ee NA ae
139. — Génitif absolu. — C'est au génitif de temps qu'il faut sans doute rattacher la construction du génitif absolu dont ïl sera question plus loin au chapitre du Participe.
440. — Génitif exclamatif. — Construit dans certaines propositions exclamatives, le génitif grec marque la cause qui nous fait pousser des exclamations de surprise, de douleur, de joie, etc.!.
Ex. : Χέν., Cyr., ME, 1, 39 : φεῦ τοῦ ἀνδρός. — ARIST., Acharn., 1210 : τάλας ἐγὼ τῆς ἐν μάχῃ ξυμδολῆς βαρείας. — PLar., Euthyd.. 303 : ὦ μαχάριοι σφὼ τῆς θαυμαστῆς φύσεως. Ibid. : ὦ Πόσειδον δεινῶν λόγων. - Anisr., Acharn., 86 : τίς εἶδε πώποτε βοῦς χριδανίτας; τῶν ἀλαζονευμάτων (quelles fanfaronnades !)
REMARQUE. — Les poètes latins ont imité cette construction ; mais on n’en cite que deux exemples :
Ex. : CATULLE, IX, 5 : o mihi nuntii beati! — PROPERCE, IV, 7, 21: fœderis heu taciti !
444. — Génitif de but. — Il arrive quelquefois en grec que le génitif sert à exprimer l'intention dans laquelle une action est faite : c'est ainsi qu’il faut expliquer l'emploi de l’infinitif précédé du neutre de l’article au génitif.
Ex. : Puar., Gorg., 451e : Un μὲ ὑπολάδῃς οὐ πρὸς τὸ πράγμα φιλοvixoüvra λέγειν, τοῦ χαταφανὲς γενέσθαι, ἀλλὰ πρὸς σέ. — Tauc., 1, 4,4: τό τε λῃστιχόν, ὡς εἰχός, χαθύρει Ex τῆς θαλάσσης ἐφ᾽ ὅσον ἐδύνατο, τοῦ τὰς προσόδους μᾶλλον ἑέναι
1. On peut se demander si le génitif grec n’est pas employé à la place de l’ablatif-instrumentel dans cette acception particulière. Maïs, comme il est possible de le rattacher logiquement au génitif de relation dont il a été question ci-dessus (ξ 132) et qui parait bien être un génitif proprement dit, il a paru qu'on pouvait conserver à cette rubrique la place qu’on lui donne ordinairement dans les grammaires.
αὐτῷ.1,93,5 : διότι ὃ ἔλυσαν, τὰς αἰτίας προέγραψα πρῶτον χαὶ τὰς διαφοράς, τοῦ μή τινα ζητῆῇσαέ ποτε ἐξ ὅτου τοσοῦτος πόλεμος τοῖς “EXAnot χατέστη. Cf. II, 22, 1; 2; 32, 4: 75, 1; 93, 4, etc.
Ce génitif se rattache, selon toute vraisemblance, au génitif de relation; car il peut être rendu littéralement par relativement à ce fait que...
REMARQUE. — Tacite a emprunté ce tour à Thucydide.
Ex. : Hist., IV, 25 : tum e seditiosis unum vinciri jubet magis usurpandi juris, quam quia unius culpa foret. Ann., 11, 69 : Germanicus Ægyptum proficiscitur cognoscendæ antiquitatis.
Avant Tacite, on n’en trouve qu’un exemple, chez Térence :
Ad., 210 : ne id adsentandi magis, quam quo habeat gratum facere CHE existumes,
᾿ et cet exemple parait bien être traduit littéralement du modèle grec que l'auteur avait
sous les veux?. Ce qui a rendu tolérable en latin cet emprunt fait au grec, c’est que l'on disait oratores pacis petendæ, en employant, pour marquer la destination, le génitif de l'adjectif verbal construit avec un substantif sujet da complément de la proposition (cf. ci-dessus, 8 102, RE. I). L'originalité du tour emprunté au grec par Térence et par Tacite tient à ce que le génitif de l'adjectif verbal (remplaçant τοῦ et l’infinitif) ne s'appuie plus, comme chez César, Salluste ou T.-Live, sur un mot déterminé, sujet ou complément de la phrase*.
F. — ABLATIF PROPREMENT DIT*. — GÉNITIF GREC CORRESPONDANT A L'ABLATIF PROPREMENT DIT *,.
442. — Fonction de l’ablatif. — L'ablatif signifie proprement le point de départ, l'endroit d'où quelque chose est éloigné ou séparé.
1. 1lest ἃ remarquer qu'on le rencontre seulement dans les Æistoires et dans les trois premiers livres des Annales. Il semble donc que Tacite avait fini par lo trouver trop hardi. Ce qui est sûr, c'est que p:rsonne ne l'imita : on ne voit pas qu'aucun écrivain, après lui, ait employé le génitif pour marquer le but.